QUAND L’ANALYSTE DÉRAPE…

Roger-Luc Chayer

Qui ne connaît pas la célèbre journaliste et écrivaine québécoise Denise Bombardier? Cette formidable intellectuelle qui fait réfléchir les Québécois depuis plus de 40 ans et même les Français, depuis qu’elle participe à de nombreuses émissions sur le vieux Continent, souvent pour faire la promotion de ses livres et romans. Denise Bombardier n’est pas une novice dans le monde de l’opinion et de la réflexion, et souvent, elle publie des textes qui nécessitent une certaine dose d’intelligence pour comprendre ses analyses. Et dans tous les cas, que l’on aime ou pas, la journaliste a le droit à ses opinions et elle ne se prive pas de nous les livrer.

Par exemple, dans l’édition du Journal de Montréal du 10 janvier dernier, elle y allait d’une série de commentaires et d’analyses sur la question des tatouages et des personnes qui sont les adeptes de cet art tribal. Voici quelques exemples de ses affirmations:

«Pensons à la mode du tatouage, qui s’est répandue chez les jeunes aujourd’hui adultes en instance de vieillir. Cette altération du corps de manière quasi irréversible a transformé des êtres en monstres, en personnages de mauvaises bandes dessinées, bref en personnes déshumanisées.», «Par ignorance, ou par confusion d’esprit, ces gens sautent à pieds joints dans ce qu’ils croient être le progrès et la supériorité sur les honnêtes gens, qui respectent les règles et incarnent la vie ennuyeuse et ratée du « monde ordinaire ».», «Ces amateurs à la recherche de toutes les nouveautés parfois illicites et sexuellement déviantes et criminelles se proclament libres et s’estiment au-dessus de la mêlée. Ils se regroupent, car ils se reconnaissent dans des signes et des comportements douteux qui les remplissent de plaisirs plus ou moins pervers.» On ne peut pas dire qu’elle a la langue dans sa sacoche!

Il est clair que Madame Bombardier a droit à son opinion, nous vivons ici en démocratie, et ses lecteurs paient les journaux pour lesquels elle collabore, en partie pour lire ses textes et ses analyses. La question qui se pose toutefois, en lisant un tel texte, est quelle est la différence entre l’opinion, l’analyse et la certitude? Le texte intégral a suscité de très vives réactions sur les réseaux sociaux surtout du fait qu’elle affirme, sans la moindre retenue ou nuance, comme 1+1=2, que TOUTES les personnes tatouées sont adeptes de quelques manigances et surtout, qu’elles se font toutes tatouer des codes visant à se reconnaître entre adeptes de sexualités déviantes! Déviantes? Vraiment?

Et c’est là que je crois que la journaliste a dérapé en nous livrant, encore une fois, un amalgame entre le sujet de l’heure et la sexualité. C’est comme ces prédicateurs chrétiens qui associent continuellement homosexualité et pédophilie, ou ces imams qui considèrent toutes les femmes non voilées comme des putes! Et elle ajoute, en parlant des personnes qui portent un tatouage quel qu’il soit: «Ces abuseurs, exploiteurs et manipulateurs se croient au-dessus des lois, et dans leur omnipotence ils sous-estiment leurs victimes, qu’ils méprisent. Leur réputation leur permet, croient-ils, d’acheter les « faibles », qu’ils ont soumis à leurs vils instincts et à leurs désirs irrépressibles et insatiables. Un jour, à force de se gaver de puissance, ils commettent un impair impardonnable, celui de se prendre pour Dieu lui-même.» J’ai beaucoup de respect pour cette intellectuelle québécoise, mais là je ne comprends absolument pas son analyse et je me demande d’ailleurs s’il ne serait pas le fruit d’une quelconque fatigue. Sommée de s’expliquer, Madame Bombardier ne répond à personne. Est-ce que son patron saura trouver la logique dans son propos? Bonne chance.

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