Amnesty International
Dans sa nouvelle investigation publiée le 23 mars 2020, Amnesty International dévoile que l’armée en Thaïlande soumet régulièrement les nouveaux conscrits à toute une série d’humiliations, de coups et de sévices sexuels qui s’apparentent souvent à des actes de torture. Ce nouveau rapport intitulé «We were just toys to them» expose une pratique généralisée établie de longue date qui consiste à infliger aux appelés des violences, y compris des viols.
« Les atteintes aux droits humains infligées aux nouveaux conscrits dans l’armée thaïlandaise sont un secret de Polichinelle. Ce que montrent nos recherches, c’est que ces mauvais traitements ne sont pas l’exception mais la règle, et sont délibérément étouffés au sein de l’armée, a déclaré Clare Algar, directrice générale de la recherche, du plaidoyer et des politiques à Amnesty International. « Les recrues racontent que les sergents et les formateurs les frappent violemment à coups de bâtons et de crosses de fusils, les soumettent à des violences sexuelles et les contraignent à faire des exercices jusqu’à ce qu’ils s’évanouissent.
« Toute la chaîne de commandement porte la responsabilité de cette culture de la violence et de l’humiliation. Les autorités thaïlandaises doivent prendre sans délai des mesures pour stopper ces pratiques abusives et dégradantes avant la prochaine conscription militaire annuelle et nommer une commission chargée d’enquêter sur ces crimes. » Amnesty International a réalisé 26 entretiens avec des conscrits et des commandants, anciens ou toujours en poste, dont des officiers. Outre les châtiments corporels, les appelés qui ont fait ou font leur service ont décrit tout un éventail de brimades visant à les humilier, notamment le fait d’être obligés de sauter dans des fosses septiques et de manger « comme des chiens », uniquement avec la bouche. De très nombreuses informations font état de violences sexuelles et d’humiliations. Les personnes interrogées ont raconté avoir été forcées par leurs supérieurs à se masturber et à éjaculer devant d’autres, et plusieurs ont subi des agressions sexuelles ou en ont été témoins. Les conscrits homosexuels et ceux considérés comme tels ont expliqué qu’ils étaient fréquemment choisis comme cibles d’actes de violence sexuelle, de harcèlement et de discrimination.
Les conscrits ont raconté qu’ils étaient souvent punis par des gifles, des coups de pied et d’autres types de coups, leurs supérieurs se servant de leurs mains, de bâtons, de bottes de combat, de casques et, parfois, de crosses de fusils. « Pas un seul jour ne passe sans châtiment, a déclaré l’un d’entre eux à Amnesty International. Chaque fois, les formateurs trouvent une excuse pour nous punir : vous ne chantez pas assez fort, vous êtes trop lents sous la douche, vous n’avez pas suivi les ordres scrupuleusement, vous avez fumé. » Un autre a ajouté : « Un conscrit […] s’est fait prendre en train de boire [de l’alcool]. Il a été frappé violemment et j’ai vu du sang couler de sa bouche. »
En outre, les appelés sont obligés de faire des entraînements physiques dépassant largement leur endurance, à titre de sanction. Ils sont notamment contraints de se tenir debout dans des positions et, généralement, s’évanouissent ou sont blessés. D’après un témoignage, « trois à quatre personnes s’évanouissaient chaque jour. Ils ont un centre de soins où ils les emmènent. » Un autre a déclaré : « Ceux qui perdaient généralement connaissance étaient soignés, puis revenaient, devaient recommencer l’entraînement, et perdaient de nouveau connaissance. »