
Opinion par Roger-Luc Chayer (Photo : Ville de Montréal)
Les élections au Québec sont enfin terminées, et les municipalités peuvent maintenant commencer ou poursuivre leurs objectifs avec, à leur tête, de nouvelles équipes ou des équipes renouvelées. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, tout ne va pas mal partout, contrairement à ce qui se passe à Montréal.
Montréal : une victoire célébrée à tous les niveaux
À Montréal, Soraya Martinez Ferrada célèbre une éclatante victoire en accédant à la mairie centre et à celle de l’arrondissement Ville-Marie. Dans l’arrondissement du Village, Robert Beaudry, responsable du désastre des huit dernières années dans le quartier gai, est écarté, tandis que Luc Rabouin, battu, renonce à siéger comme chef de l’opposition. La Ville de Montréal vit ainsi un moment de changement profond, à la fois attendu et plus que nécessaire.
Cependant, tout au long de la campagne électorale municipale, un parti tiers et plusieurs de ses militants ont adopté des comportements déplorables, en totale contradiction avec les règles élémentaires du savoir-vivre sur le web. Jusqu’ici, je m’étais abstenu d’en parler publiquement afin d’éviter toute accusation d’ingérence électorale. Mais en ce lendemain de scrutin, libéré de cette contrainte, je peux enfin vous révéler ce que plusieurs militants de ce parti, dirigé par chef aux idées controversées, ont tenté de faire — à répétition.
Je ne mentionnerai toutefois pas le nom du parti, non pas pour éclabousser les autres, mais pour prioriser les gestes commis et non les individus.
La tricherie, une violation flagrante de la nétiquette
S’il est une chose à laquelle la population est en droit de s’attendre de la part des partis politiques et de leurs candidats, c’est bien l’honnêteté. Dès lors qu’un parti et ses militants s’octroient des privilèges que les autres n’ont pas, cela donne une image déplorable et peut entacher durablement la crédibilité du parti.
Ce parti, dont le chef avait pourtant affirmé vouloir faire de la politique autrement, avec un programme populiste contrastant avec les positions plus mesurées des autres formations. En soi, ce n’est pas un défaut, c’est le jeu normal de la politique.
Cependant, pour donner l’illusion d’une popularité grandissante, plusieurs militants — des dizaines, peut-être même des centaines — se sont entendus pour inonder les réseaux sociaux montréalais, polluant ainsi la campagne par des comportements aux allures quasi sectaires.
Manipulation des sondages : une stratégie légale mais immorale
À chaque élection, qu’elle soit fédérale, provinciale ou municipale, Gay Globe sonde ses lecteurs pour connaître leur opinion. En général, les résultats de Gay Globe s’alignent souvent sur les résultats finaux des élections.
Cette année, comme à l’habitude, nous avons lancé un sondage en ligne pour demander à notre lectorat quel parti avait le plus de chances de remporter l’élection montréalaise. Au départ, les résultats étaient comparables à ceux des autres médias : Soraya en tête, Luc Robouin second, Gilbert Thibodeau en 3ème à égalité avec Craig Sauvé et les autres partis moins connus partageant le reste des intentions de vote.
Mais un jour, tout a basculé. Des dizaines de militants du parti en faute se sont donné le mot pour manipuler notre sondage. Du jour au lendemain, leur chef est apparu en tête avec un score inusité de 88 %, ce qui était évidemment irréaliste. Manifestement, chez ce parti, on s’était organisé pour fausser les résultats en votant massivement — et à répétition — pour leur candidat. Face à ce sondage irrémédiablement compromis, nous avons dû le retirer et publier une explication. Une première dans l’histoire de Gay Globe.
Harcèlement et chaos sur les réseaux sociaux
Chaque publication d’une nouvelle sur les élections, qu’elle paraisse sur la page Facebook de Gay Globe ou dans le groupe Village Montréal Officiel (plus de 11 000 membres), était aussitôt inondée de commentaires répétant sans relâche le nom du parti en question, quel que soit le sujet. Ce harcèlement incessant a contraint, le samedi 1er novembre, à suspendre les activités du groupe pendant 37 heures, avec le message suivant :

« Compte tenu des tentatives répétées et incessantes de dizaines de militants affiliés à un parti politique spécifique à Montréal, visant à manipuler le vote ainsi que les échanges au sein du groupe, j’ai pris la décision de suspendre temporairement le groupe, ainsi que toutes les interactions, commentaires et participations, jusqu’au lundi matin suivant, afin de laisser le temps nécessaire au déroulement serein de l’élection municipale montréalaise.
Depuis quelques jours, des centaines de personnes envahissent le groupe, m’imposant une gestion constante pour empêcher que ces militants, dont les comportements relèvent clairement du sectarisme, ne prennent le contrôle.
L’accès au groupe reste ouvert, mais toute forme de participation est strictement interdite pendant cette période.
ALLEZ VOTER !«
Un chef complaisant face au chaos orchestré
Malgré l’ensemble de la situation, leur chef n’est jamais intervenu pour calmer les ardeurs sectaires de ses militants. Les résultats électoraux reflètent l’ampleur du comportement de ses ouailles, avec un très faible score, alors que leur présence artificiellement gonflée sur les réseaux sociaux aurait dû produire des résultats supérieurs.
À force de harceler la population par des comportements excessifs, les Montréalais ne se sont pas laissés duper ni manipuler par ce parti. Plutôt que de susciter un engouement sincère pour un changement d’administration, le parti, son chef et ses sympathisants n’ont récolté que le mépris et le rejet de la population. Que cela leur serve de leçon.
Définition de secte et comportements sectaires en politique
Selon le Larousse, le CNRTL et le sociologue Jean-Marie Abgrall, une secte est un groupe rassemblé autour d’une croyance, d’une idéologie ou d’un chef, dont l’influence s’exerce souvent de manière autoritaire, fermée et exclusive. Elle se caractérise par une adhésion totale à une idée ou à une personne, un rejet du monde extérieur, et une tendance à contrôler la pensée ou le comportement de ses membres.
Les comportements habituels des membres d’une secte politique incluent une loyauté excessive et inconditionnelle envers le groupe et son leader, souvent au détriment de leur propre jugement. Ils adoptent une pensée conformiste, rejettent toute critique, manifestent un fort esprit d’appartenance exclusif, se montrent agressifs face aux opinions divergentes, participent à des actions coordonnées pour manipuler l’opinion publique, et se mobilisent de manière obsessionnelle pour défendre les intérêts du groupe, quelles que soient les conséquences éthiques ou légales.