Détransition : pourquoi certaines personnes choisissent de revenir sur leur transition de genre

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Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)

Avec l’augmentation, ces dernières années, du nombre de chirurgies de réassignation de genre, le transitionnisme s’accompagne d’une conséquence inattendue : le détransitionnisme.

Les chirurgies d’affirmation de genre, également connues sous les appellations de chirurgies de confirmation de genre ou, plus traditionnellement, de chirurgies de réassignation de genre, regroupent un ensemble d’interventions médicales destinées à harmoniser les caractéristiques physiques d’une personne avec son identité de genre. Ces interventions sont réalisées à la suite d’une évaluation médicale et psychosociale et s’inscrivent dans un parcours de transition qui varie d’une personne à l’autre.

Selon les besoins et les objectifs de chaque patient, ces chirurgies peuvent comprendre une mastectomie, une augmentation mammaire, une vaginoplastie, une phalloplastie, une métaïdoïoplastie, une hystérectomie, une ovariectomie, une orchidectomie, ainsi que diverses interventions de féminisation ou de masculinisation du visage. Dans certains cas, une chirurgie visant à modifier la voix peut également être envisagée.

Il convient toutefois de distinguer ces interventions chirurgicales des traitements hormonaux, qui constituent une approche médicale distincte, ainsi que des aspects sociaux de la transition, comme le changement de prénom, de documents d’identité, de présentation ou de rôle social. Toutes les personnes transgenres ne souhaitent d’ailleurs pas recourir à une chirurgie ou à un traitement hormonal, et chaque parcours de transition demeure unique.

Au cours des dernières années, l’expression « chirurgie d’affirmation de genre » s’est progressivement imposée dans les milieux médicaux et scientifiques. Elle est aujourd’hui privilégiée par de nombreux organismes de santé, puisqu’elle reflète davantage l’objectif d’affirmer l’identité de genre de la personne plutôt que de suggérer une « réassignation ». Le terme « chirurgie de réassignation de genre » demeure néanmoins largement utilisé dans le langage courant ainsi que dans certains textes juridiques, historiques et médiatiques.

Malheureusement, il arrive de plus en plus souvent que certaines personnes, une fois leur transition complétée et ses effets physiques devenus visibles, réalisent qu’elles ont peut-être fait une erreur. Elles souhaitent alors interrompre, inverser ou annuler, en tout ou en partie, leur transition : un processus appelé détransition.

Les personnes qui choisissent de détransitionner le font pour des raisons très diverses, et les spécialistes s’entendent pour dire qu’il n’existe pas un profil unique ni une explication universelle. La détransition peut être temporaire ou permanente, partielle ou complète, et son parcours diffère d’une personne à l’autre.

Pour certains, la décision découle d’une évolution de leur perception de leur identité de genre. Avec le temps, ils en viennent à considérer que la transition entreprise ne correspond plus à ce qu’ils ressentent ou à ce qu’ils souhaitent pour leur avenir. D’autres évoquent une insatisfaction à l’égard des résultats obtenus, des complications médicales, des effets secondaires liés aux traitements hormonaux ou aux interventions chirurgicales, ou encore la persistance de difficultés psychologiques qui n’ont pas été résolues par la transition.

Dans d’autres situations, la détransition est motivée par des facteurs extérieurs plutôt que par un changement d’identité. Le rejet familial, la discrimination, les difficultés d’accès à l’emploi, les contraintes financières ou les menaces à la sécurité peuvent conduire certaines personnes à interrompre leur transition, tout en continuant à s’identifier comme transgenres.

Les chercheurs soulignent également que certaines personnes en viennent, après un suivi médical ou psychologique, à réévaluer les raisons qui les avaient conduites à entreprendre une transition. Elles estiment alors que d’autres facteurs, notamment des traumatismes, des troubles anxieux, une dépression ou d’autres enjeux de santé mentale, ont pu influencer leur décision initiale.

Les études scientifiques publiées jusqu’à présent indiquent toutefois que la détransition demeure un phénomène relativement peu fréquent comparativement au nombre de personnes qui entreprennent une transition médicale. La majorité des patients rapportent une amélioration de leur qualité de vie et ne manifestent pas de regrets quant à leur démarche. Les experts rappellent néanmoins que les données disponibles demeurent limitées et que les taux de détransition varient selon les définitions retenues, les populations étudiées et la durée des suivis cliniques.

Pour les professionnels de la santé, la reconnaissance de la détransition ne remet pas en question les bénéfices des soins d’affirmation de genre pour la majorité des personnes transgenres. Elle souligne plutôt l’importance d’une évaluation approfondie avant toute intervention, d’un consentement pleinement éclairé et d’un accompagnement médical et psychologique adapté tout au long du parcours, qu’il mène à une transition, à une détransition ou à toute autre évolution de l’identité de la personne.

Le défi réside dans le fait que les motivations qui poussent une personne à entreprendre une transition sont profondément personnelles et propres à chaque individu. Bien que des équipes multidisciplinaires, composées notamment de médecins, d’endocrinologues, de psychologues et de psychiatres, procèdent à des évaluations avant d’amorcer une transition médicale, il n’existe pas de méthode infaillible permettant de prédire avec certitude si cette démarche répondra durablement aux besoins de la personne.

Les professionnels doivent composer avec une réalité complexe, où la dysphorie de genre peut parfois coexister avec d’autres enjeux, qu’ils soient psychologiques, psychiatriques ou médicaux. L’objectif de l’évaluation clinique est précisément de déterminer si la transition constitue la réponse la plus appropriée à la souffrance exprimée par le patient, tout en tenant compte de l’ensemble de son état de santé et de son parcours de vie. Malgré ces précautions, il demeure impossible d’éliminer complètement le risque que certaines personnes constatent, après leur transition, que celle-ci n’a pas apporté l’amélioration espérée de leur qualité de vie ou de la perception qu’elles ont d’elles-mêmes.

Pour une personne qui souhaite entreprendre une détransition, les spécialistes recommandent de ne pas agir seule ni de mettre fin brusquement à un traitement hormonal sans supervision médicale. La première étape consiste généralement à consulter le professionnel de la santé qui assure le suivi de la transition ou, à défaut, un médecin de famille ou un endocrinologue. Une évaluation médicale permettra de déterminer les conséquences possibles d’un arrêt ou d’une modification des traitements et d’établir un plan adapté à la situation de la personne.

En parallèle, un accompagnement psychologique ou psychiatrique est souvent recommandé afin d’explorer les motivations qui sous-tendent la décision de détransitionner, de faire le point sur les attentes, les regrets éventuels et les difficultés rencontrées. Cette démarche n’a pas pour objectif de convaincre la personne de poursuivre ou d’abandonner sa transition, mais plutôt de l’aider à prendre une décision éclairée en tenant compte de sa réalité, de son état de santé et de son bien-être.

Lorsque des interventions chirurgicales ont déjà été réalisées, la détransition peut également nécessiter des consultations auprès de chirurgiens spécialisés afin d’évaluer les possibilités de reconstruction ou de traitements complémentaires. Certaines modifications corporelles induites par les hormones ou la chirurgie sont réversibles, tandis que d’autres sont permanentes ou ne peuvent être corrigées qu’en partie.

Les experts insistent enfin sur l’importance d’offrir aux personnes en détransition le même niveau de respect, d’écoute et de soutien que celui accordé aux personnes qui entreprennent une transition. La détransition constitue un parcours de soins à part entière, qui requiert une approche individualisée, fondée sur les meilleures données scientifiques disponibles et sur le respect de l’autonomie du patient.

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