
Arnaud Pontin (Image : IA / Gay Globe)
Les hommes gais sont souvent nombreux à fréquenter les salles de sport, à pratiquer un sport ou à accorder une grande importance à leur condition physique. Malheureusement, certains ont aussi recours à des suppléments ou à des substances dont la légalité et l’innocuité sont parfois discutables afin d’améliorer leurs performances ou leur apparence physique.
Certains produits, comme la testostérone lorsqu’elle est utilisée sans indication médicale, peuvent donner l’impression de favoriser un gain musculaire rapide. Toutefois, leur utilisation comporte des risques importants pour la santé, particulièrement lorsque ces substances proviennent du marché noir ou que leur dosage n’est pas contrôlé.
Un nouveau type de produit gagne maintenant en popularité dans certains centres de conditionnement physique et auprès d’une partie de la communauté gaie : les peptides. Souvent vendus illégalement sur Internet ou par des réseaux parallèles, ces peptides soulèvent de sérieuses inquiétudes au sein de la communauté médicale, tant en raison de leurs effets secondaires potentiels que de l’absence de contrôle sur leur fabrication et leur composition.
Les peptides du marché noir sont des peptides fabriqués, importés ou vendus en dehors des circuits pharmaceutiques réglementés. Ils sont souvent commercialisés sur Internet, par l’intermédiaire des réseaux sociaux, dans certaines salles d’entraînement ou par des revendeurs privés, sans ordonnance et sans contrôle de qualité.
Contrairement aux médicaments approuvés, ces produits ne sont généralement pas fabriqués selon les normes exigées pour les produits pharmaceutiques. Rien ne garantit qu’ils contiennent réellement la substance annoncée, ni que leur concentration est exacte. Des analyses réalisées dans plusieurs pays ont révélé que certains produits contenaient des impuretés, des contaminants bactériens, une dose différente de celle indiquée sur l’étiquette, ou même une substance complètement différente.
Les peptides les plus fréquemment retrouvés sur le marché noir comprennent notamment :
- CJC-1295, censé stimuler la production d’hormone de croissance ;
- Ipamorelin, utilisé dans le même objectif ;
- BPC-157, présenté comme favorisant la guérison des muscles, des tendons et des ligaments, malgré l’absence de preuves solides chez l’humain ;
- TB-500 (Thymosin Beta-4), vendu pour accélérer la récupération après l’entraînement ;
- GHRP-2 et GHRP-6, qui stimulent également la sécrétion d’hormone de croissance.
Ces substances sont souvent présentées comme des produits « plus sécuritaires que les stéroïdes », mais cette affirmation n’est pas démontrée scientifiquement. Certaines peuvent entraîner des effets indésirables tels que la rétention d’eau, des douleurs articulaires, une augmentation de la glycémie, une perturbation hormonale ou encore favoriser la croissance de certains tissus de façon indésirable.
Le principal danger vient toutefois du marché noir lui-même. Lorsqu’une personne s’injecte un produit acheté auprès d’un vendeur non autorisé, elle ignore souvent :
- si le produit est stérile ;
- si le dosage est exact ;
- si le contenu correspond réellement à ce qui est indiqué sur le flacon ;
- s’il a été fabriqué dans des conditions sanitaires adéquates.
C’est pourquoi les autorités de santé recommandent de ne jamais utiliser de peptides provenant de sources non autorisées. Même lorsqu’un peptide fait l’objet de recherches ou possède une utilisation médicale reconnue dans certaines situations, cela ne signifie pas que les versions vendues illégalement sont sûres ou efficaces.
Certains peptides peuvent être obtenus légalement, mais uniquement dans des contextes médicaux précis et selon la réglementation en vigueur. Il est important de distinguer les peptides approuvés comme médicaments des peptides vendus pour le culturisme ou l’amélioration des performances.
Par exemple, certains peptides sont autorisés pour traiter des maladies spécifiques, comme certains troubles hormonaux, des maladies métaboliques ou d’autres affections. Ils sont alors prescrits par un médecin et distribués par une pharmacie. Dans ces cas, leur fabrication, leur qualité et leur dosage sont rigoureusement contrôlés.
Il faut également distinguer les agonistes du GLP-1, comme le sémaglutide, qui sont des peptides approuvés pour traiter le diabète ou l’obésité dans certaines situations. Ces médicaments sont disponibles légalement sur ordonnance et ne doivent pas être confondus avec les peptides vendus clandestinement pour le culturisme.
Les peptides ne provoquent généralement pas une dépendance physique comparable à celle des opioïdes, de la nicotine, de l’alcool ou de certaines drogues. Autrement dit, ils ne créent pas de syndrome de sevrage important lorsque leur utilisation cesse.
En revanche, les spécialistes parlent davantage d’une dépendance psychologique ou comportementale.
Chez certaines personnes, l’amélioration rapide de l’apparence physique ou des performances peut entraîner un besoin de poursuivre les injections pour conserver les résultats obtenus. La peur de perdre de la masse musculaire, de reprendre du poids ou de ne plus correspondre à un idéal esthétique peut pousser l’utilisateur à continuer malgré les risques pour sa santé.
Ce phénomène est particulièrement préoccupant dans les milieux où l’apparence occupe une place importante. Des chercheurs ont observé que certaines personnes développent une forme de dysmorphie musculaire (parfois appelée bigorexie), un trouble de l’image corporelle dans lequel elles se perçoivent comme insuffisamment musclées, même lorsqu’elles ont déjà une musculature très développée. Cette perception peut favoriser le recours répété aux stéroïdes, aux peptides ou à d’autres substances améliorant les performances.
Certaines personnes deviennent également dépendantes des résultats eux-mêmes. Après plusieurs mois d’utilisation, elles craignent de perdre les gains musculaires obtenus et reprennent les injections à intervalles réguliers. Cette utilisation répétée peut devenir un cercle difficile à interrompre.
Il existe un autre risque : les utilisateurs de peptides sont parfois plus enclins à essayer d’autres produits, comme les stéroïdes anabolisants, l’hormone de croissance ou d’autres substances dopantes. On parle alors de polyconsommation, une pratique qui augmente considérablement les risques d’effets secondaires et de complications médicales.
Même si les peptides ne provoquent généralement pas une dépendance physique comparable à celle de l’alcool ou des opioïdes, certaines personnes développent une dépendance psychologique liée à leur image corporelle, à la performance sportive ou à la peur de perdre les résultats obtenus. Heureusement, il est possible d’obtenir de l’aide.
La première démarche consiste à consulter un médecin de famille ou un médecin du sport. Ce professionnel pourra évaluer les effets des peptides sur la santé, demander des analyses de sang au besoin et orienter la personne vers les ressources appropriées.
Un pharmacien peut également répondre aux questions concernant les substances utilisées, les interactions médicamenteuses et les risques liés à l’arrêt de certains produits.
Lorsque la consommation est associée à une obsession de l’apparence physique ou à une détresse psychologique, l’accompagnement d’un psychologue ou d’un psychothérapeute peut s’avérer très bénéfique. Les thérapies cognitivo-comportementales ont notamment démontré leur efficacité pour traiter les troubles de l’image corporelle et les comportements compulsifs liés à l’entraînement ou à l’utilisation de substances améliorant les performances.
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