Alerte à Montréal : le carfentanil, un opioïde d’une puissance extrême, fait plusieurs morts

Guillaume

Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)

Hier, la Direction régionale de santé publique de Montréal publiait ce communiqué d’une rare gravité :

La Direction régionale de santé publique de Montréal a émis une alerte à la suite de la confirmation de plusieurs surdoses mortelles impliquant du carfentanil, un opioïde extrêmement puissant.

La composition des drogues de rue est imprévisible et une surdose est une urgence médicale! Nos équipes interviennent régulièrement auprès de personnes en situation de surdose et une intervention rapide peut sauver une vie.

Évitez de consommer seul et composez immédiatement le 911 si la personne :

➡️ est inconsciente;

➡️ ne répond pas lorsqu’on lui parle ou qu’on tente de la réveiller;

➡️ respire difficilement, très lentement ou ne respire plus.

Même lorsqu’une personne reprend conscience après l’administration de naloxone, une évaluation demeure essentielle, puisque les effets de certains opioïdes peuvent durer plus longtemps que ceux de la naloxone.


Qu’est-ce que le carfentanil, cet opioïde qui inquiète les autorités de santé publique?

La Direction régionale de santé publique de Montréal a récemment lancé une alerte après la confirmation de plusieurs surdoses mortelles impliquant le carfentanil, un opioïde synthétique reconnu comme l’une des substances les plus puissantes jamais mises en circulation sur le marché illicite des drogues.

Initialement développé pour un usage vétérinaire, le carfentanil sert à immobiliser de très grands animaux, comme les éléphants. En raison de sa puissance exceptionnelle, il n’a jamais été approuvé pour une utilisation médicale chez l’humain.

Un opioïde d’une puissance extrême

Le carfentanil appartient à la même famille que le fentanyl, mais ses effets sont beaucoup plus puissants. Les spécialistes estiment qu’il est environ 100 fois plus puissant que le fentanyl et jusqu’à 10 000 fois plus puissant que la morphine. À de telles concentrations, une quantité infime, mesurée en microgrammes, peut suffire à provoquer une intoxication mortelle.

Cette puissance explique pourquoi les autorités de santé publique considèrent sa présence dans les drogues de rue comme particulièrement préoccupante.

Un danger souvent invisible

Le principal risque provient du fait que le carfentanil est fréquemment mélangé à d’autres substances illicites, notamment le fentanyl, l’héroïne, la cocaïne ou certaines drogues vendues sous forme de comprimés contrefaits. Les consommateurs ignorent souvent sa présence, ce qui augmente considérablement le risque de surdose.

Comme il est impossible de détecter sa présence à l’œil nu ou au goût, une personne peut consommer une dose qu’elle croit habituelle, alors qu’elle contient une concentration potentiellement mortelle de carfentanil.

Une surdose peut survenir en quelques minutes

Le carfentanil agit directement sur le système nerveux central en ralentissant progressivement la respiration jusqu’à provoquer un arrêt respiratoire.

Les principaux signes d’une surdose comprennent :

  • une perte de conscience;
  • l’impossibilité de réveiller la personne;
  • une respiration très lente, irrégulière ou absente;
  • des lèvres ou des ongles bleuâtres;
  • des pupilles extrêmement contractées.

Sans intervention rapide, le manque d’oxygène peut entraîner des lésions cérébrales irréversibles ou le décès.

La naloxone demeure efficace, mais une surveillance est essentielle

En cas de surdose, la naloxone demeure le traitement d’urgence recommandé puisqu’elle peut neutraliser temporairement les effets des opioïdes. Toutefois, dans le cas du carfentanil, plusieurs administrations peuvent être nécessaires en raison de la puissance de la substance.

Même lorsqu’une personne reprend conscience après l’administration de naloxone, une prise en charge médicale demeure indispensable. Les effets du carfentanil peuvent persister plus longtemps que ceux de l’antidote, ce qui expose la victime à une nouvelle dépression respiratoire une fois la naloxone dissipée.

Les autorités appellent à la vigilance

Face à l’augmentation des décès liés au carfentanil, les autorités de santé publique rappellent que toute personne présentant des signes de surdose doit être considérée comme une urgence médicale. Il est recommandé d’appeler immédiatement le 911, d’administrer de la naloxone si elle est disponible et de demeurer auprès de la victime jusqu’à l’arrivée des services d’urgence.

L’alerte lancée à Montréal illustre une réalité préoccupante observée ailleurs en Amérique du Nord : la présence croissante de substances opioïdes de très forte puissance dans le marché illicite continue d’alimenter une crise de santé publique dont les conséquences sont souvent fatales.


Sur une note plus personnelle

En tant qu’éditeur d’un groupe média qui s’adresse aux communautés LGBTQ+, circulant quotidiennement dans le Village gai de Montréal et étant le confident de nombreuses personnes, je ne peux pas passer sous silence le nombre effarant de jeunes que je croise et qui ressentent le besoin de me parler de leur dépendance aux drogues de rue. Je peux malheureusement affirmer que je rencontre, chaque jour, entre 5 et 15 personnes aux prises avec une dépendance à des drogues de toutes sortes. C’est une réalité qui ne peut plus être ignorée.

Pire encore, je connais aujourd’hui davantage de personnes aux prises avec la dépendance aux drogues que de personnes qui n’en consomment pas. C’est une triste réalité devant laquelle je me sens souvent très impuissant, autrement qu’en en parlant dans les articles que je publie ici.

On parle rarement des conséquences sur la santé mentale de celles et ceux qui côtoient quotidiennement ces personnes en détresse. Voir des êtres humains dépérir un peu plus chaque jour est profondément bouleversant.

Je pense notamment à Guillaume. Une semaine, il allait bien. C’était un jeune homme séduisant, souriant et plein de vie. La semaine suivante, je l’ai croisé dans le Village gai, vêtu de vêtements déchirés et visiblement sales, probablement pas lavés depuis longtemps. Il semblait en plein sevrage involontaire et mendiait simplement pour pouvoir s’acheter un sandwich.

Des histoires comme celle de Guillaume, j’en vois beaucoup trop souvent. Derrière chaque personne en situation de dépendance se cache un être humain, une histoire, une souffrance et, bien souvent, un immense sentiment d’abandon.

Et les chances de voir ces personnes s’en sortir sont malheureusement minces. La puissance de ces drogues est telle qu’elles détruisent progressivement le cerveau, le corps et, bien souvent, la dignité humaine.

Pub

LIRE AUSSI

  1. Chemsex : une hécatombe sans précédent à Montréal
    https://gayglobe.net/chemsex-une-hecatombe-sans-precedent-a-montreal/
  2. Méphédrone : effets, dangers, addiction et comparaison avec la MDMA et la cocaïne
    https://gayglobe.net/mephadrone-effets-dangers-addiction-comparaison-mdma-cocaine/
  3. Poppers : effets, risques, légalité et vérités sur cette substance controversée
    https://gayglobe.net/poppers-effets-risques-legalite-verites/
  4. Qu’est-ce que le Chemsex?
    https://gayglobe.net/quest-ce-que-le-chemsex/
  5. Est-ce que le Propofol devient la nouvelle drogue récréative du jour?
    https://gayglobe.net/est-ce-que-le-propofol-devient-la-nouvelle-drogue-recreative-du-jour/

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GROUPE GAY GLOBE MÉDIA
Privacy Overview

This website uses cookies so that we can provide you with the best user experience possible. Cookie information is stored in your browser and performs functions such as recognising you when you return to our website and helping our team to understand which sections of the website you find most interesting and useful.