Roger-Luc Chayer
Nous ne parviendrons jamais à vivre notre plein potentiel démocratique si nous ne sommes pas représentés dans les sphères décisionnelles!
Selon l’organisme éthique québécois des médias, qui se présente comme un tribunal d’honneur qui rend des décisions morales sur des plaintes soulevées par le public contre des médias, les médias, membres ou pas du CPQ, auraient l’obligation de suivre leurs règles, leur code de déontologie et même de publier les décisions les concernant.
Bien qu’il soit clair que les décisions du Conseil de presse n’ont aucune portée exécutoire ou ne peuvent faire l’objet de condamnations à des dommages financiers ou autres comme en diffamation, on impose aux journalistes et aux médias des obligations alors que ces mêmes médias et groupes ne sont jamais représentés au sein du Conseil d’administration, au Comité des plaintes ou au Comité d’appel des décisions.
Par exemple, prenons spécifiquement le cas des journalistes et des médias s’adressant principalement à un lectorat homosexuel. Il en existe quand même quelques-uns au Québec, en papier, mais essentiellement sur le Web ou à la radio, bref, toutes les plaintes qui pourraient être déposées contre ces médias ne seront jamais examinées dans une perspective gaie, puisqu’à ce jour, aucun média gai ou membre individuel ouvertement homosexuel ne siège sur quelque comité ou conseil que ce soit au CPQ.
La question a pourtant été soulevée auparavant, depuis de nombreuses années en fait, mais le Conseil persiste, aucun média gai ou journaliste ouvertement homosexuel ne peut siéger ou décider de quoi que ce soit, et il faut en comprendre la gravité.
Quand un individu se plaint d’un traitement irrégulier d’un média du fait de son homosexualité et que ses arguments moraux concernent l’impact dans sa vie de la mention de son homosexualité dans un article sans que cela ne soit pertinent par exemple, il est fort probable que le Comité des plaintes ne retienne pas sa plainte en arguant que le dommage est insignifiant ou a un très faible impact éthique alors que dans les faits, un représentant ou deux de médias gais pourraient faire comprendre à leurs collègues, que dans la société en général, le geste peut être considéré comme anodin, mais chez les gais et leurs familles, cela peut prendre une ampleur bien plus grave. Et c’est le rôle des représentants communautaires d’expliquer cela à un comité composé généralement de gens qui n’ont pas la science infuse, avouons-le.
Voilà pourquoi il a été décidé ici à Gay Globe Média de ne considérer aucune demande de ce Conseil ou d’en publier des décisions puisque notre représentativité nous est niée. Nous ne pouvons d’aucune façon être complice d’un système qui ne reconnaît pas notre simple existence et, pire, notre droit élémentaire à la représentativité. Voilà qui est notre position officielle sur le CPQ!