
Carle Jasmin (Image : Générée artificiellement / Gay Globe)
Un des grands préjugés des sociétés modernes est de croire que durant le temps des fêtes, tout le monde se transforme spontanément en boule de joie, propageant bonheur, gratitude et esprit de Noël partout, comme si l’ambiance festive suffisait à adoucir les cœurs les plus durs. Cette idée séduisante, presque réconfortante, relève souvent de la pensée magique plutôt que de la réalité vécue par une grande partie de la population.
Le temps des fêtes, une période intime et révélatrice
Le reste de l’année, les gens avancent plus ou moins au même rythme que la société en général. Pourtant, le temps des fêtes rompt cet équilibre et devient une période plus intime, influencée par les croyances religieuses, la culture, l’histoire personnelle et les traditions de Noël. Cette personnalisation agit comme un révélateur, mettant en lumière des écarts parfois masqués le reste de l’année.
Les images traditionnelles versus la réalité
Soupers en famille, musique de Noël, décorations colorées, échanges de cadeaux, sourires et partys du jour de l’An forment l’imaginaire collectif de Noël et du Nouvel An. Pourtant, pour beaucoup, ces images idéalisées font resurgir une réalité douloureuse. La solitude, l’angoisse financière, le stress des fêtes, et le manque de moyens pour gâter les enfants ou la famille deviennent criants. Plus troublant, près de 40 % de la population peine aujourd’hui à se nourrir correctement, recourant aux banques alimentaires, même lorsqu’il s’agit de travailleurs.
Crise du logement, inflation et précarité : des fêtes loin d’être joyeuses
Dans ce contexte, parler de réjouissance est difficile. La crise du logement sévit, les loyers explosent pour des logements souvent insalubres, et les salaires stagnent face à une inflation galopante, que ce soit à l’épicerie ou à la pompe. Pour plusieurs, le temps des fêtes n’est pas une parenthèse enchantée, et leur lassitude est parfaitement compréhensible.
Le Dr Pierre Mailloux et son regard sur le blues des fêtes
Le Dr Pierre Mailloux, psychiatre et personnalité médiatique connue au Québec, a animé une émission quotidienne à CKAC de 1995 à 2007, où il expliquait avec franchise diverses réalités psychologiques. Un jour, il répondait à une auditrice qui sombrait chaque année dans une profonde dépression hivernale pendant les fêtes, malgré l’obligation ressentie d’être joyeuse. Elle subissait un blues persistant et une forte anxiété saisonnière, l’obligeant à prendre des congés maladie.
Le « Doc Mailloux » lui répondit que peu importaient les causes, elles n’étaient pas essentielles. Il expliqua que beaucoup se rendent malades en cherchant à expliquer l’inexplicable. Pourquoi s’acharner à comprendre un mal-être récurrent quand il serait plus simple d’admettre que cette période ne lui convenait pas, sans culpabilité ni faux-semblants ?
S’autoriser à vivre les fêtes à sa manière
Il lui suggéra d’accepter ce constat naturel et de ne pas lutter contre ce malaise. Plutôt que de se forcer, elle pouvait laisser les autres vivre les fêtes comme ils le voulaient et s’autoriser, elle, à faire ce qui lui faisait réellement du bien. Manger des chips au lit avec une bière en regardant un vieux film, commander un poulet barbecue accompagné d’un verre de rosé, se faire plaisir sans culpabilité : en s’accordant ces petits bonheurs, le temps des fêtes pouvait devenir un moment où elle se donnait enfin le droit d’être elle-même.
Un témoignage d’ami : se déconnecter pour mieux se retrouver
Un ami proche, lui aussi, n’aime pas les fêtes à cause de mauvais souvenirs familiaux. Plutôt que de se forcer à un faux bonheur, il annonce sur Facebook qu’il part trois semaines dans le sud, laissant son téléphone à la maison. Personne ne l’invite, ce qu’il souhaite. Il profite de ce temps pour visiter des expositions et des musées, s’offrant un vrai plaisir, à la manière du Doc Mailloux.
Le blues des fêtes, un sentiment naturel à accepter
Le blues des fêtes est plus fréquent qu’on ne le croit. Il ne sert à rien de le combattre, car c’est un sentiment naturel, comparable à la dépression saisonnière. On peut se donner le droit de l’accepter et même d’en faire un moment festif, rien que pour soi.
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Les « fêtes de fin d’année » agissent comme un instrument de contrôle social : disposez-vous de famille, d’amis, d’argent aussi? Si elles peuvent correspondre à une période heureuse, elle relèvent aussi de la mystification commerciale (promotion des « jouets de Noël » commençant dès les vacances scolaires de la Toussaint) – je n’ai rien contre la consommation ou la croissance économique -. Je parlerais presque de cruauté institutionnalisée. Que l’on soit hétéro, homo, bi, fétichiste, transgenre etc…, sachant que c’est plus difficile quand on est isolé, voire persécuté. Alors, oui, quand on peut les fuir, on se sent mieux.