ASSEZ AVEC LES «FAKE NEWS»!

Roger-Luc Chayer

Il y a quelques jours, je me suis fâché une fois de plus à propos d’une «fake news» qui était propagée sur Facebook, de bonne foi c’est clair, mais sous le coup de l’émotion que la fausse nouvelle suscitait. C’est d’ailleurs le cas pour 95% des fausses nouvelles que les gens disséminent sur le Web, Facebook, Twitter, etc. C’est souvent l’émotion que suscite la fausse nouvelle qui incite les personnes à les diffuser. Dans mon cas spécifique, la nouvelle concernait une prétendue locataire recherchée par sa propriétaire qui affirmait avoir un jugement en main, et qu’elle avait 99 ans pour l’exécuter. Tout d’abord, cette fausse nouvelle circule depuis au moins 5 ans, et elle propage la fausse affirmation à l’effet qu’au Québec, un jugement de la Régie du logement serait exécutable pendant 99 ans. FAUX!

Au Québec, tous les jugements, qu’ils proviennent des tribunaux ou de la Régie, ont une durée de vie de 10 ans. Comme je l’ai déjà expliqué par le passé, la diffusion de fausses nouvelles, sans chercher à les corroborer, est un geste actif, un geste concret qui a pour effet de nuire à l’information légitime et qui a de lourdes conséquences, car il propage facilement, parfois même par paresse, car les gens n’ont pas le goût de chercher à corroborer une nouvelle, des informations toxiques qui nuisent à la société. Une information qui est toxique est une «infox». Il faut cesser de faire cela, car l’infox ne sert qu’à nuire, elle ne contribue en rien à l’amélioration des connaissances du public.

Quel est le rôle des journalistes face à l’infox? Bien justement, c’est le rôle des professionnels de l’information de traiter la nouvelle, de la corroborer par des moyens éprouvés, de la compléter ou de la filtrer. Le problème avec les médias sociaux, et il s’agit d’un problème

qui fait justement l’objet de discussions avec le législateur qui commence à s’intéresser à l’infox, c’est qu’on donne la possibilité à des gens, à n’importe qui et tout le monde, de faire le travail des journalistes, sans en avoir les compétences. Ce qui devrait passer par le filtre du journaliste se retrouve sur Facebook et les gens commentent, s’insurgent, se brisent le coeur ou en rajoutent, sans savoir que l’infox n’a aucune existence réelle au départ, que les faits qu’ils commentent n’existent même pas.

Imaginez maintenant que grâce aux réseaux sociaux, tout le monde pourrait s’improviser chirurgien cardiaque, ou pilote d’avion. «Si c’est écrit sur Facebook c’est parce que c’est vrai?». Si Facebook vous dit d’aller vous faire opérer à coeur ouvert chez quelqu’un qui se présente comme chirurgien, simplement parce que 1000 personnes pensent qu’il est chirurgien, parce que c’est ce qui est écrit sur Facebook, vos chances de survie seront nulles. Prendriez-vous un avion piloté par un individu que personne ne connaît, qui n’a jamais touché aux commandes d’un appareil, mais qui a 23,000 «amis Facebook» qui pensent qu’il est pilote parce qu’il diffuse, dissémine et commente régulièrement des dossiers d’aviation? Je vous assure que vous ne lèverez pas d’un pouce de la piste de décollage et que vous finirez dans le décor, et en perdrez peut-être la vie.

C’est la même chose avec ceux qui s’improvisent journalistes et qui décident, forts de leur incompétence et «de leur bonne foi tout émotive», de diffuser un truc absolument faux. Il faut cesser cela et comme je vous l’ai dit souvent par le passé, ne vous étonnez pas si je deviens furieux quand je lis une infox ou pire, quand c’est quelqu’un que j’aime et respecte qui diffuse de l’infox. Laissez aux journalistes le soin de faire du journalisme!