
Salle de presse de l’Université de Montréal
Orgasme, lubrification, érection, fantasme, désir: voilà autant de fonctions sexuelles qui sont commandées par le système nerveux central. Et la neurosexualité souhaite nous le rappeler. Ce cadre conceptuel d’étude et de pratique émergent se concentre sur les relations entre le cerveau et la sexualité. Car lorsqu’on s’intéresse à la physiologie de la sexualité, force est de constater que l’organe sexuel le plus puissant ne se situe pas entre nos jambes… mais bien entre nos deux oreilles!
L’hypothalamus, à titre de centre de contrôle des hormones, commande le désir sexuel, la lubrification et l’érection. L’amygdale permet de ressentir certaines émotions comme le plaisir. Le cortex orbitofrontal participe au processus de prise de décision et donc à l’amorce de l’activité sexuelle.
Le cervelet agit sur la modulation de la réponse motrice. Les lobes pariétaux sont liés à la conscience sensorielle du corps. Pour Jhon Alexander Moreno, chercheur et professeur associé au Département de psychologie de l’Université de Montréal, la neurosexualité est un cadre global qui soutient l’inclusion de la réadaptation sexuelle dans la prise en charge des personnes atteintes de troubles neurologiques.
«Étant donné qu’il existe une corrélation entre différentes parties du cerveau et diverses dimensions de la réponse sexuelle, cela veut dire qu’une personne présentant des lésions cérébrales peut aussi vraisemblablement être aux prises avec des perturbations sexuelles», indique le neuropsychologue.
Les problèmes sexuels liés à des troubles neurologiques – comme la démence, l’épilepsie, l’accident vasculaire cérébral, la sclérose latérale amyotrophique, les lésions cérébrales causées par un traumatisme craniocérébral (TCC) – peuvent se décliner sous plusieurs formes: diminution du désir sexuel, difficulté à atteindre l’orgasme et à fantasmer, changement dans l’image corporelle, dysfonction érectile, dépression associée à une baisse de l’énergie sexuelle, apparition de comportements sexuels à risque.
Pour Jhon Alexander Moreno, il est nécessaire d’évaluer la sexualité par une démarche et un examen clinique qui la normalisent. Selon lui, les personnes ayant subi une lésion cérébrale se posent des questions au sujet de leur sexualité et demandent une approche plus proactive de la part des intervenants.
«En premier lieu, le personnel de la santé doit être au courant de ces conséquences potentielles, dit-il. Ensuite, il faut en informer les personnes cérébrolésées et leurs partenaires, en plus de leur faire sentir qu’ils sont au bon endroit pour en discuter. Il est important d’avoir une approche positive et respectueuse à l’égard de la sexualité et de déstigmatiser les problèmes sexuels.»
Une fois les questions posées et les problèmes ciblés, la prise en charge devient alors multimodale, précise le chercheur. Elle peut être pharmacologique, motrice et hormonale, mais aussi relationnelle, comportementale et communicationnelle.