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Sappho est une poétesse grecque de l’Antiquité qui a vécu aux
VIIe siècle et VIe siècle av. J.-C., à Mytilène sur l’île de Lesbos.
Elle serait née vers 630 av. J.‑C. à Mytilène ou Eresós, et morte
vers 580 av. J.‑C. Elle a été contemporaine du poète Alcée, lui aussi
originaire de Lesbos. Très célèbre durant l’Antiquité, son oeuvre
poétique ne subsiste plus qu’à l’état de fragments.
L’homosexualité, ou plutôt la pédérastie, est selon Claude Mossé
une pratique normale dans le milieu aristocratique de la Grèce
archaïque, et n’exclut pas les relations hétérosexuelles, notamment
dans le cadre du mariage. Il n’est donc pas étonnant que
Sappho, qui appartient à ce milieu, ait été homosexuelle, ni qu’elle
ait été mariée. Son amour pour les jeunes filles s’exprime clairement
dans ses poèmes, et le désir qui s’y manifeste, ainsi que
l’évocation d’Éros et d’Aphrodite, laisse peu de doute sur la nature
physique de ces relations. Si cela n’avait rien de choquant dans la
Mytilène de l’époque, en revanche le fait que ce soit une femme
qui s’exprime est exceptionnel.
Cette liberté aristocratique n’est rapidement plus comprise, et les
poètes comiques d’Athènes sont les premiers à se moquer de Sappho.
On a ensuite cherché à dissimuler l’homosexualité de la poétesse,
en faisant d’elle une sorte de Socrate au féminin (d’après
un sophiste du IIe siècle), ou en inventant deux Sappho, l’une
poétesse et l’autre courtisane. On a aussi insisté sur son hétérosexualité,
en lui inventant une passion pour un certain Phaon, ou
une relation amoureuse avec son contemporain Alcée. De fait, dès
l’Antiquité, à partir de l’époque hellénistique, un certain nombre de
sources ont entrepris de mettre en question la réalité de l’homosexualité
de Sappho (le papyrus 1800, Ovide, un scholiaste d’Horace,
la Souda). Le papyrus 1800, Ovide et la Souda mettent au
contraire en avant son hétérosexualité, alléguant son amour pour
Phaon, son mariage et le fait qu’elle ait une fille.
En revanche pour Eva Cantarella, il est exclu que les relations
homosexuelles dans les groupes féminins, appelés thiases, soient
de nature pédérastique. Contrairement aux groupes masculins, où
la pédérastie est un élément de la fonction initiatique du groupe,
destiné à préparer les adolescents à la vie adulte, et donc à leur
rôle de citoyen, dans le thiase, les relations amoureuses sont autonomes.
Elles sont en effet sans rapport avec la sexualité considérée
comme normale, c’est-à-dire hétérosexuelle, de la femme
adulte, et n’ont donc pas de valeur pédagogique. C’est la raison
pour laquelle les relations amoureuses pouvaient avoir lieu entre
jeunes filles du même âge et prendre la forme de mariages rituels,
comme l’atteste le poète Alcman.
Le personnage de Sappho et la question de sa sexualité ont fait
l’objet au cours des siècles de différentes interprétations, souvent
liées aux évolutions sociales et culturelles. Dès l’époque classique,
elle est devenue un personnage brocardé par la comédie attique
classique puis nouvelle (Ménandre), qui a contribué à en faire
un personnage aux moeurs dépravées. Sénèque nous apprend
l’existence d’un ouvrage intitulé Sappho a-t-elle été une femme
publique?, écrit par un certain Didyme, sous Auguste. À partir du
XIXe siècle, une partie des auteurs en a ainsi fait la directrice d’une
sorte de pensionnat pour jeunes filles de bonne famille, niant toute
dimension réellement homosexuelle au personnage.