De la compassion pour David

 

Par Le National
© Roger-Luc Chayer / Le National

Pour David, séropositif, la compassion a su faire une différence

NEW YORK (Nations Unies), 26 juin (AFP) – L’appel à la compassion et franchise face au sida lancé lundi par le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a trouvé une résonnance personnelle chez David Mukasa, un ancien instituteur ougandais de 37 ans, qui sait ce que ces mots veulent dire.

Sans fausse pudeur, il raconte aujourd’hui comment l’amour et les soins prodigués par ses parents à l’annonce de sa séropositivité il y a dix ans lui ont non seulement sauvé la vie mais aussi ont su lui donner un nouveau sens.

« Mon éducation m’a rapproché d’eux, et surtout de ma mère », explique David, qui travaille aujourd’hui comme bénévole de la Croix-Rouge ougandaise, en parlant de ses parents, de fervents catholiques.

Un parmi les 36 millions de visages anonymes touchés par ce terrible fléau, David est venu témoigner cette semaine à New York à l’occasion de la session extraordinaire de l’ONU sur le sida, qui s’est ouverte lundi à New York pour trois jours.

« J’ai été formé comme instituteur », raconte-t-il. Il fait ses premières armes en 1987 dans une école de Masaka, à environ une centaine de km au sud-ouest de Kampala.

Puis c’est la maladie. Il quitte son emploi. « Mes élèves me montraient du doigt, en se demandant: qu’est-ce qui ne va pas chez lui ? ».

David Mukasa regagne le foyer des ancêtres, un village nommé Kasawo. « Mes parents m’ont conduit à l’hôpital. Là, ils m’ont fait un test du sida ».

Il fallut attendre un mois les résultats. « Lorsqu’on m’a dit que j’étais séropositif, mon univers s’est effondré. Je pensais que j’allais mourir », confie-t-il.

Au bout de deux mois passés sur une couche d’hôpital, les infirmiers conseillent à ses parents de le laisser mourir à la maison, « plutôt que venir et d’avoir à aller chercher son cadavre à la morgue ».

« Au lieu de cela, mes parents se sont occupés de moi. Petit à petit, j’ai acquis la certitude que si l’on s’occupait de moi ainsi, je pourrais peut-être m’occuper de moi-même et aussi des autres. Je crois que ce fut un miracle qui m’a aidé à vivre ».

En 1992, un second test vient confirmer la triste réalité.

« A partir de là, à cause de l’information et de l’accompagnement psychologique que j’avais reçus, mon attitude a changé », explique-t-il.

Il rejoint un club d’éducateurs, tous séropositifs. « Une de mes soeurs disait que j’avais jeté le déshonneur sur la famille et que je ne devrais pas m’exprimer publiquement ».

« Mais j’ai tenu bon. J’ai commencé à donner des conférences et je me suis réconcilié avec ma soeur », se rappelle-t-il.

Mukasa est aujourd’hui l’un des 1,4 million d’Ougandais infectés par le virus du sida. Bien que le pays — cas unique parmi les pays africains — ait réussi à inverser la tendance de l’épidémie, avec un taux d’infection passé de 18,5% de la population adulte en 1993 à 6,2% l’an dernier, il compte néanmoins plus de 1,7 million d’orphelins du sida et plus de 300.000 bébés séropositifs y naissent chaque année.

Aujourd’hui, David Mukasa dirige une équipe de bénévoles de la Croix-Rouge. Quatre jours par semaine, il va ainsi de villes en villages, d’écoles en centres communautaires, pour aider à une prise de conscience et combattre la stigmatisation liée au sida.

L’an dernier, il a lancé lors d’une conférence panafricaine à Ouagadougou « l’Appel à l’action de la Croix-Rouge/Croissant Rouge », un réseau d’entraide humanitaire.

« Les gens me considèrent différement », pense-t-il aujourd’hui. « Je me suis trouvé. Je n’ai plus rien à cacher. Cela m’a rendu maître de moi-même. Lorsqu’on se dévoile, on peut aider les autres à faire de même ».

En 1994, David s’est marié. Son épouse aussi est séropositive.

La prévention reste pour lui l’arme ultime contre la pandémie. « Une personne séropositive peut arrêter la chaîne de transmission. La conservation de soi conduit à la prévention des autres. Nous ne voulons pas devenir un danger, exposer l’autre à un risque ».