
Roger-Luc Chayer (Photo: Janette Bertrand par Julien Faugère)
Jannette Bertrand vient d’avoir 100 ans. Elle a été présente dans tous les médias depuis ma naissance et, au fil de sa magnifique et prolifique carrière, elle a fait un bien énorme aux Québécois en les incitant constamment à réfléchir sur notre condition, notre évolution et notre morale. Elle avait ce don rare. Dotée d’une intelligence et d’une culture exceptionnelles, elle possédait aussi ce qui rend les gens encore plus brillants : une curiosité insatiable, notamment envers les êtres humains.
Elle a permis aux hommes de mieux comprendre les femmes, aux hommes d’accepter que leur sensibilité était normale, aux adultes de réaliser que les enfants pouvaient être troublés à vie si on ne leur offrait pas une enfance en sécurité. Elle a aidé les gouvernements à mieux comprendre comment soutenir et traiter les citoyens. Elle a aussi fait avancer la qualité de vie des personnes issues des communautés LGBTQ+ en parlant d’elles avec bienveillance, en cherchant à mieux les comprendre, et en remettant en question, avec ses invités, les préjugés et perceptions négatives de l’époque.
Si le Québec d’aujourd’hui est plus ouvert à toutes et à tous — aux minorités sexuelles, aux nouveaux arrivants, aux Premiers Peuples — et si notre culture est devenue un phare international, un exemple pour de nombreuses nations, c’est en grande partie parce que Jannette Bertrand s’y est intéressée.
Et tout au long de sa carrière, le Québec lui a rendu cet amour et ce respect qu’elle a si généreusement semés. Elle pouvait aborder des sujets très difficiles, que ce soit dans ses talk-shows, ses téléromans ou dans ses pièces de théâtre parce que les Québécois lui faisaient profondément confiance. Elle a souvent été récompensée par des médailles et des ordres, qu’elle mérite amplement. Mais voilà : Janette a 100 ans. Et elle continue de nous parler avec un siècle de sagesse, de connaissances et d’amour bien rangé dans sa sacoche. Depuis 30 ans, j’ai écrit de très nombreux éditoriaux, mais celui d’aujourd’hui est sans doute celui qui m’émeut le plus.
Pour toutes ces raisons, je vais oser demander à Madame Bertrand de, s’il vous plaît, bien vouloir rester avec nous pour un autre siècle. Il reste encore beaucoup de travail à faire, et elle peut, comme toujours, nous aider à devenir de meilleurs êtres humains. Je vous aime, Madame. Merci d’avoir fait de moi ce que je suis aujourd’hui, et merci pour tout ce que vous avez apporté à notre nation.