Roger-Luc Chayer
Lors de ma visite annuelle à la journée communautaire, dans le cadre des festivités de la Fierté gaie à Montréal, j’ai fait de nombreuses découvertes, j’ai appris plein de nouvelles choses sur notre communauté, mais j’ai aussi été le témoin, à nouveau, de faux groupes prétendant lever des fonds pour lutter contre le SIDA et l’intolérance.
La présence de ces groupes à la Fierté gaie de Montréal est choquante, et il est toujours surprenant de voir à quel point les organisateurs de l’événement tolèrent à chaque année ce qui est évident, sans effectuer de vérifications sur l’existence réelle de ces entités, comme si on ne lisait jamais les journaux. Il faut dire que ces groupes paient pour leur espace, est-ce pour cette raison qu’on fermerait les yeux?
Prenons par exemple le cas de cet individu, seul à une table, avec quelques photocopies noir et blanc devant lui, qui déclare lever des fonds avec sa petite boite de plastique transparente, pour financer des services à des personnes séropositives et pour lutter contre l’intolérance. C’est déjà très vague, vous ne trouvez pas?
À qui exactement verse-t-on des fonds pour lutter contre l’intolérance? La question n’a pas à se poser pour cet individu, car en y regardant d’un peu plus près, la fraude est évidente.
D’abord, après avoir vérifié le nom de l’organisation au Registre des entreprises du Québec, il appert qu’elle n’existe tout simplement pas et qu’elle n’a jamais été enregistrée comme la loi l’y oblige. Même chose pour le nom de l’individu, rien au registre.
Une vérification a également été faite sur la liste des organismes de bienfaisance de l’Agence du revenu du Canada: même résultat.
J’ai alors demandé à l’individu de m’expliquer ces manquements légaux, pour me faire tricoter toute une histoire de circonstances et de hasards, mais que tout était légal bien sûr. Évidemment, on comprendra que l’argent se retrouvera tout simplement dans les poches de ce généreux bénévole, sa boite étant remplie de pièces, de billets et même de dollars américains. Le même jour, j’ai vu trois autres organisations dans la même situation. À chaque année c’est la même chose et, depuis 1993, date de mon premier texte journalistique, le VIH/SIDA est la cause qui génère le plus de fraude au Québec, et il en est ainsi parce que les autorités, les organisateurs et le public ferment les yeux, préférant croire qu’ils aident la communauté plutôt que d’admettre qu’ils se font savonner stupidement.
Il existe quelques moyens simples pour détecter les fraudeurs: 1- Exigez de voir leur enregistrement au Registraire des entreprises et vérifiez qu’il soit valide. 2- Exigez de connaître leur numéro d’organisme de bienfaisance fédéral. 3- Observez si on prend des dons en argent ou par chèques, ces derniers étant plus sécuritaires. 4- S’ils sont dans un centre commercial ou sur la voie publique, exigez de voir leur permis municipal, et enfin, ce n’est pas parce qu’ils vous montrent quelques imprimés bien faits avec des macarons qu’ils sont plus légitimes. Avec quel argent pensez-vous qu’ils impriment leur matériel de travail? Soyons vigilants et, si on souhaite vraiment contribuer à la lutte au VIH/SIDA, il y a Centraide ou la Fondation d’Aide directe SIDA-Montréal qui font du bon travail.