La Place des Montréalaises : Symbole d’une Incompétence Monumentale

Place des Montréalaises

Roger-Luc Chayer (Photos : Gay Globe Média)

La toute nouvelle Place des Montréalaises, construite au coût ahurissant de 100 millions de dollars — vous avez bien lu, ce n’est pas une erreur de frappe — est une ignominie et une tare à tous les niveaux, bien au-delà de ce qu’en disent les médias depuis quelques jours.

La Place des Montréalaises avait pour ambition de rendre hommage aux femmes qui ont marqué l’histoire de la ville, en leur offrant enfin une visibilité symbolique dans l’espace public montréalais. En plus de cette reconnaissance, le projet devait revitaliser un secteur stratégique situé entre le Champ-de-Mars, l’hôtel de ville et la station de métro du même nom, en créant un espace urbain à la fois fonctionnel, esthétique et porteur de mémoire. Il s’agissait ainsi de corriger une forme d’oubli historique tout en améliorant la connectivité piétonne entre le Vieux-Montréal et le centre-ville.

Mais voilà, le résultat final est loin des attentes et représente un danger tel qu’il faudrait carrément fermer la place afin d’empêcher quiconque de la visiter, voire simplement de la traverser.

Lors de notre visite sur les lieux aujourd’hui pour Gay Globe, nous avons pu faire un constat effarant de l’état de la place. Il est légitime de s’interroger sur la compétence des fonctionnaires et des ingénieurs responsables de ce fiasco innommable. Les dangers pour la sécurité des piétons nous ont sauté au visage en moins d’une minute sur les lieux. Comment une telle réalisation — cet amas de béton mal conçu — a-t-elle pu être autorisée ? En voici quelques exemples :

Photo dénivelé

Dénivelé dangereux

Tout le long du côté nord du parc triangulaire, on retrouve une sorte d’escalier en pente douce qui commence presque à plat, puis se transforme progressivement en de larges marches. Le tout est dépourvu de toute signalisation ou protection pour les usagers. Dans notre cas, nous n’avons aperçu ces marches qu’à la toute dernière seconde.

Évidemment, comme le parc n’est éclairé d’aucune manière — aucun lampadaire n’est installé —, la situation devient encore plus risquée une fois la nuit tombée, alors même que le lieu est officiellement accessible jusqu’à 23 h. Sans rampes ni marquages visibles, il est facile d’imaginer qu’un piéton, de jour comme de soir, puisse ne pas percevoir ces marches et chuter lourdement. Un danger réel, et extrême.

Photo des cercles

Un gruyère de béton

Presque partout dans le parc, on a aménagé de grands cercles avec un peu de verdure en leur centre. Mais le hic, c’est que cette immense dalle de béton va complètement à l’encontre de la politique environnementale de la mairesse Valérie Plante, qui nous répète depuis des années qu’il faut absolument lutter contre les îlots de chaleur, coûte que coûte. Non seulement le pari est ici complètement raté, mais en plus, rien ne protège les usagers, qui peuvent à tout moment perdre pied et tomber dans l’un des nombreux trous de ce gigantesque gruyère de 100 millions de dollars.

Passage hors norme
Bancs de bois

Des passages qui ne respectent pas les normes d’accessibilité pour les fauteuils roulants ou les marchettes

Quand on parle d’un flop d’ingénierie, en voici un bel exemple. À plusieurs endroits, des bancs en bois ont été installés pour permettre aux passants de s’asseoir, mais curieusement, ils sont placés en tournant le dos au parc. Pire encore, plusieurs de ces bancs ne laissent pas assez d’espace pour que les fauteuils roulants puissent passer, et encore moins pour une personne à mobilité réduite utilisant une marchette ou une simple canne. L’espace entre le siège du banc et les trous dans cette sorte de gruyère n’est pas suffisant pour permettre le passage des personnes handicapées. Imaginez cela le soir, sans éclairage : un piège parfait qui met en danger le public en général.

Photo d'un autre dénivelé

Un autre dénivelé surprise

À un autre endroit du parc, un nouveau dénivelé apparaît sans aucun avertissement et pourrait provoquer des chutes chez les personnes qui ne regardent pas constamment où elles mettent les pieds. Imaginez encore une fois la situation le soir, sans le moindre éclairage ni la moindre signalisation. Ce dénivelé commence presque à plat pour soudainement atteindre une hauteur d’environ un pied, comme ça, sans prévenir…

Photo de la rigole

L’infâme rigole

Voici la fameuse rigole dont on parle tant dans les médias depuis l’ouverture du parc. Il est effectivement facile de s’y blesser, car comme le montre notre photo, à gauche, pour atteindre la rampe, il n’y a aucune rigole, alors qu’à droite, une rigole apparaît soudainement et oblige, surtout les personnes à mobilité réduite, à se contorsionner pour éviter de se fouler la cheville en voulant se tenir à la rampe. Inutile de vous décrire la pose ridicule, douloureuse et franchement humiliante à laquelle on est contraint pour tenter de s’appuyer à la rampe de droite — un véritable supplice pour quiconque cherche un minimum de sécurité.

Malheureusement, pour des raisons qui échappent à toute logique, des fonctionnaires, la mairesse et des ingénieurs ont approuvé l’ensemble de cette tache que l’on tente de nous vendre comme une œuvre artistique. Heureusement, les femmes montréalaises honorées par ce parc ne sont pas entachées par le ridicule de la situation, car elles méritent tout notre respect et notre admiration pour avoir contribué à faire de Montréal la ville qu’elle a été.

Il en coûtera cher de réparer cette dalle de béton, qui, elle, ne fait aucun honneur à notre métropole.

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Gayglobe.net

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