Les femmes lesbiennes : invisibles dans les médias, absentes dans les affaires ?

Lesbiennes

Arnaud Pontin (Photo : Pixabay)

Pourquoi les femmes lesbiennes manquent-elles de visibilité ?

On nous demande à l’occasion, pas très souvent, pourquoi les femmes lesbiennes n’ont pas la même visibilité dans la société en général, dans les médias et même dans les médias gays que les hommes homosexuels. Les réponses sont complexes et méritent qu’on les explique, car de trop nombreux préjugés circulent sur cette communauté très différente des gays et qui est presque, je dirais, souveraine.

Présence dans les médias gays traditionnels

Il y a bien eu quelques tentatives de lancer des médias, magazines, radios ou sites web d’information pour les femmes homosexuelles dans le passé, mais les expériences n’ont jamais été concluantes et, généralement, ces médias ont peu perduré dans le temps. Il y a eu le magazine Gazelle, une division de Fugues, Femmes entre elles, Sapho surtout à Québec, et quelques sites internet, mais ces publications n’ont jamais été rentables financièrement. C’est là un des problèmes fondamentaux lorsqu’on veut financer une publication spécialisée pour les femmes homosexuelles.

Quelle est la place des femmes lesbiennes dans les affaires ?

Il existe très peu de statistiques sur la place des femmes lesbiennes dans le monde des affaires et, malgré de longues minutes de recherches, je n’ai rien trouvé de vraiment spécifique (sauf l’étude Lightspeed), alors que la situation est tout autre lorsqu’on s’intéresse à la place des hommes gais dans l’économie. Voici tout de même quelques études et chiffres qui montrent que la femme, lesbienne ou non, occupe une place moindre que l’homme gai dans les domaines commercial et financier.

Selon une étude citée par Lightspeed, « les femmes entrepreneures et propriétaires d’entreprise sont significativement sous-représentées parmi les entreprises LGBTQ+ » : environ 70 % des entreprises LGBTQ+ seraient majoritairement détenues par des hommes.

Dans le rapport américain “LGBTQ-Owned” du Small Business Credit Survey (SBCS), plus d’un tiers des entreprises LGBTQ sont « women-owned » (34 %) selon leur définition (personnes LGBTQ détenant 50 % ou plus de l’entreprise). Ce rapport est américain et n’est pas directement représentatif du Québec ou du Canada, mais donne une idée.

Le rapport de Nielsen (2019) pour le CGLCC (Chambre de commerce LGBTQ+ du Canada) indique des entrepreneurs LGBT+ propriétaires ou contrôlant des entreprises, mais ne détaille pas clairement la proportion de lesbiennes versus gais.

La vitrine statistique de Statistique Québec indique qu’en 2024, 1,1 % des entreprises avaient un propriétaire majoritaire « issu de la communauté LGBTQ2 ». Ce chiffre ne distingue pas les lesbiennes des hommes gais : il englobe toute la diversité LGBTQ2.

Qui dit absence de femmes entrepreneures dit absence de publicité

Selon la logique démontrée plus haut, s’il y a beaucoup moins de femmes lesbiennes en affaires au sein des communautés LGBT, la présence visuelle et publicitaire sera forcément moindre, voire nulle.

Prenons l’exemple de Gay Globe, qui existe depuis des décennies. Après vérifications, le média n’a pas souvenir d’avoir eu un seul annonceur issu de la communauté lesbienne. Le magazine a tenté, à ses débuts, d’offrir quelques pages consacrées à des sujets spécifiques aux femmes homosexuelles, mais après un an sans la moindre contribution d’annonceurs, le concept a été abandonné, sans la moindre réaction de la communauté lesbienne.

Mais où sont donc les femmes lesbiennes dans la société ?

Les femmes lesbiennes sont souvent invisibles dans nos sociétés parce qu’elles se retrouvent au croisement de plusieurs réalités discrètes. Leur histoire a rarement occupé le devant de la scène, un peu parce que l’homosexualité féminine a longtemps été perçue comme moins dérangeante ou moins “à montrer”, ce qui a fait en sorte qu’on en a simplement moins parlé. Et dans un monde où les femmes, en général, ont eu moins accès aux grands espaces de visibilité — qu’il s’agisse des médias, de la politique ou de l’économie — cette réserve se ressent encore aujourd’hui.

Beaucoup de femmes lesbiennes évoluent aussi dans des réseaux plus intimes, plus culturels, plus associatifs, où la présence est forte mais moins visible pour le grand public. Elles créent, elles organisent, elles se rassemblent, mais souvent loin des projecteurs, dans des lieux et des formats qui ne s’inscrivent pas dans la logique de la visibilité “officielle”.

Leur discrétion ne vient pas d’un manque d’importance ou d’intérêt, mais plutôt d’un ensemble de circonstances sociales et historiques qui les ont tenues un peu en retrait. Elles sont là, bien présentes, mais dans des espaces qui ne sont pas toujours ceux que la société met spontanément en lumière.

Visibilité et reconnaissance : les initiatives positives

Heureusement, dans la plupart des pays d’Amérique du Nord et d’Europe, il existe des journées de visibilité lesbienne qui nous rappellent qu’elles sont là et qu’elles partagent plusieurs des combats et des aspirations des hommes gais. Il y a aussi les jeux gais ou les Outgames, qui mettent en valeur des équipes féminines homosexuelles, et surtout les Fiertés et Prides à travers le monde, où les femmes homosexuelles peuvent s’affirmer pleinement.

Gayglobe.net

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