
Roger-Luc Chayer (Photos: 6 septembre 2024 – Photographe anonyme)
Encore ce matin, comme depuis quelques années, nous te retrouvons dans un bien triste état. Des gens qui ne t’aiment pas sont passés cette nuit et ont laissé leur marque. D’autres, qui ne t’aiment plus, se promènent en belles limousines, placés au pouvoir par tes propres résidents, et détournent maintenant les yeux de toi. Ont-ils honte?

Photo: Villagemontreal.ca
Tu n’as pas toujours été comme ça. Les plus jeunes ne le savent pas, mais à une époque, tu étais l’un des plus beaux endroits au monde. Des gens venaient de partout pour te voir, te visiter, te célébrer. Tu as même eu l’honneur d’accueillir les Outgames mondiaux de Montréal en 2006. Tu étais si magnifique que tout le monde voulait être à tes côtés.
Il y avait tellement de gens dans tes rues, sécuritaires et propres, qu’il était parfois impossible de marcher en ligne droite tant la foule était dense. On faisait la file pour danser, manger, faire la fête, et célébrer ta grandeur et ta résilience.

Aujourd’hui, tout cela appartient au passé. Les visiteurs ont changé. Ils ne viennent plus pour saluer ta grandeur, mais pour te haïr. Tes protégés ont peur, marchent rapidement pour fuir la violence et la haine. On longe les murs, craignant d’être repérés. Tu vis les jours les plus sombres de ta vie.
Il reste bien quelques irréductibles qui croient encore en toi et en ta résurrection, mais tu n’es pas Dieu, tu ne peux pas faire de miracles. Le miracle ne viendra que de ceux qui t’ont abandonné, te laissant seul dans la tranchée avec l’ennemi.
Tu es malade, et l’infection qui t’afflige ne guérit pas. Il te faudrait un remède, une bonne dose d’antibiotiques pour espérer un retour à la santé. Et que restera-t-il de toi une fois la maladie et l’orage passés? Prompt rétablissement. Je t’aime.
J’ai travaillé pendant 20 ans dans le Village. J’ai connu son époque effervescente, dynamique et pleine de cette belle énergie positive…librairies, boutiques cadeaux, papeterie, disquaire, boutiques de vêtements, fleuristes et tout plein de petites entreprises et de commerces qui rendaient le Village chaleureux et accueillant sans oublier bien entendu la superbe Nightlife avec ses bars et ses restos. À mon humble avis, le moment déclencheur de ce déclin pour ne pas dire de cette longue agonie/mort du Village, a été l’implantation de la multitude de centres d’hébergements pour les gens en difficultés. Il y en avait tout simplement trop pour qu’ils soient bien intégrés dans les fibres du quartier. On ne se côtoyait plus, on était dominé par cette ‘population’. Les gens venaient dormir dans les refuges la nuit et s’installaient devant nos commerces le jour pour mendier quand ce n’était pas carrément pour s’installer avec chien et sac de couchage près de la porte d’entrée des commerces. Invitant n’est-ce pas ? Des ambulances venant chercher des overdosés j’en ai vu des dizaines. Des gens qui en mourraient aussi. Le nombre de fois que nous avons du nous confronter à ces situations quotidiennes viendra rapidement mettre notre patience à bout. La ville ? Le police ? LOL. Quand la clientèle passe en vitesse ou évite de marcher devant ton commerce parce qu’ils ont peur à 2h de l’après-midi, ça n’a rien de bien positif pour la vie économique d’un quartier. Et je n’aborderai pas ici le ridicule de certaines initiatives des diverses administrations des commerçants du Village. Ces fameuses boules roses qui venaient masquer année après année les réels problémes du quartier. On se réjouissait de toute cette couleur qui n’avait que l’avantage d’attirer le regard vers le ciel pour ne pas voir toute la laideur partout ailleurs. Malgré notre bataille nous avons finalement mis la clé dans la porte et avons quitté le quartier pour aller ouvrir nos portes ailleurs. Une grande tristesse de quitter mais il en allait de notre survie économique et de notre bien-être mental. Le Village aujourd’hui, je l’évite le plus possible. Je le traverse rapidement en auto et je ne m’y arrête jamais. Quelle tristesse !
Aviez-vous le magasin de livres par hasard proche de Papineau?
Quelle tristesse de voir un endroit aussi emblématique de la joie de vivre en communauté se détériorer de cette façon honte à l’administration de la ville de ne pas protéger un si beau fleuron de Montréal