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Carle Jasmin (Image : IA / Gay Globe)
Peine de mort et persécution : l’Ouganda, l’un des pays les plus dangereux pour les personnes LGBT
L’Ouganda, selon de nombreux experts internationaux, est devenu le pays doté des lois anti-LGBT les plus sévères au monde, et dans certains cas encore plus strictes que celles de l’Arabie saoudite ou du Nigeria, où tout acte homosexuel est réprimé physiquement et socialement. Les titres de l’actualité en témoignent.
Exemples récents dans les médias :
- Ouganda : une avocate défenseure des droits humains détenue arbitrairement (Amnesty International Canada)
- Ouganda : deux jeunes femmes arrêtées après un baiser en public (LSI Africa)
- Ouganda : inquiétude et indignation après la promulgation d’une loi « anti-homosexualité » (Radio-Canada)
Et pourtant, rien ne laissait présager que ce pays sombrerait dans de telles formes de répression. L’Ouganda n’est pas un pays musulman : l’islam en Ouganda ne constitue ni la religion officielle ni la majorité absolue de la population.
La population ougandaise est majoritairement chrétienne (environ 80 à 85 %), répartie principalement entre catholiques et protestants. L’islam représente environ 10 à 15 % de la population, ce qui en fait une minorité significative. On trouve aussi de petites communautés pratiquant des religions traditionnelles africaines.
L’Ouganda est officiellement un État laïque. Sa Constitution garantit la liberté de religion et ne reconnaît aucune religion d’État.
D’où vient cette fixation contre les personnes LGBT ?
La réponse tient moins à une « nature » du pays qu’à une convergence de facteurs politiques et religieux.
En Ouganda, la question homosexuelle est devenue un puissant marqueur idéologique. Officiellement, il s’agit de défendre les valeurs traditionnelles, mais dans les faits, le sujet s’est transformé en levier politique. Lorsque l’économie ralentit, que la jeunesse gronde ou que la scène internationale critique le régime, désigner un ennemi intérieur permet de ressouder une partie de l’opinion.
La religion joue aussi un rôle central. L’Ouganda est très croyant, majoritairement chrétien. Certains courants évangéliques conservateurs — parfois soutenus par des réseaux étrangers — ont alimenté un discours alarmiste, présentant l’homosexualité comme une menace pour la famille, la nation et la morale du pays. Ce narratif a trouvé un écho dans une société attachée à ses repères religieux.
Il y a aussi une ironie historique rarement soulignée : les lois anti-homosexualité en Afrique de l’Est ne sont pas d’origine « africaine », mais héritées de la colonisation britannique. Elles sont restées dans les codes pénaux après l’indépendance et servent aujourd’hui de base à des durcissements successifs.
Des organisations courageuses défendent les droits des personnes LGBT
En Ouganda, des organisations LGBT locales militent pour la protection des personnes LGBT, même dans un climat hostile et sous pression constante.
La plus connue est Sexual Minorities Uganda (SMUG), une coalition qui documente les violations des droits humains des personnes LGBT et joue un rôle central dans le plaidoyer juridique et international.
On retrouve aussi Human Rights Awareness and Promotion Forum (HRAPF), qui offre une assistance légale aux personnes LGBT poursuivies en vertu des lois anti-homosexualité.
Pour les femmes lesbiennes, bisexuelles et queer, Freedom and Roam Uganda (FARUG) mène des actions de sensibilisation et de soutien communautaire.
Du côté des personnes trans, Tranz Network Uganda défend les droits des personnes transgenres, la santé et l’inclusion sociale.
Ces organisations font face à des arrestations, menaces et campagnes de diffamation. Certaines doivent régulièrement suspendre ou adapter leurs activités.
Les peines contre les personnes LGBT en Ouganda : parmi les plus sévères au monde
Depuis 2023, la loi dite Anti-Homosexuality Act prévoit plusieurs niveaux de sanctions.
Pour les relations homosexuelles consenties entre adultes, la peine peut aller jusqu’à la prison à vie.
La loi introduit la notion d’« homosexualité aggravée », applicable notamment en cas de récidive, de relations avec une personne mineure, ou lorsqu’une personne vivant avec le VIH est impliquée. Dans ces cas, la peine maximale prévue est la peine de mort.
La loi criminalise aussi la « promotion de l’homosexualité », ce qui signifie qu’un individu, un média, une organisation ou un militant peut être poursuivi pour défense des droits LGBT. Les peines peuvent aller jusqu’à plusieurs années d’emprisonnement et de lourdes amendes.
En plus des sanctions pénales, les personnes suspectées d’homosexualité s’exposent à des arrestations arbitraires, violences, expulsions de logement, perte d’emploi et une forte stigmatisation sociale.
La loi vise non seulement les actes mais aussi le soutien perçu. Dans la pratique, l’existence ou l’identité supposée d’une personne suffit souvent à déclencher poursuites ou harcèlement.
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LIRE AUSSI:
Droits LGBT+ : Loi anti‑homosexualité en Ouganda — La France exprime ses plus vives inquiétudes
Un communiqué du ministère français des Affaires étrangères dénonçant la loi ougandaise criminalisant les relations homosexuelles et appelant à la dépénalisation universelle de l’homosexualité.
https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/ouganda/evenements/article/droits-lgbt-loi-anti-homosexualite-en-ouganda-la-france-exprime-ses-plus-vives
Ouganda : La promulgation d’une loi contre l’homosexualité est une grave atteinte aux droits humains
Amnesty International décrit comment la loi anti‑LGBTI ougandaise constitue une grave violation des droits humains, avec des peines sévères et des atteintes aux libertés fondamentales.
https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2023/05/uganda-presidents-approval-of-anti-lgbti-bill-is-a-grave-assault-on-human-rights/
Ouganda : En n’abrogeant pas la loi anti‑LGBTI, la Cour constitutionnelle met des personnes en danger
Un autre rapport d’Amnesty International expliquant que le maintien de la loi expose encore plus les personnes LGBT à la violence et à la discrimination.
https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2024/04/uganda-court-fails-to-repeal-callous-anti-lgbti-law-puts-people-at-risk/
Ouganda – Droits LGBT+ (mise à jour)
Une fiche d’actualité du ministère français des Affaires étrangères exprimant la préoccupation de la France après la décision de la Cour constitutionnelle ougandaise et soulignant les conséquences de la loi sur les personnes LGBT.
https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/ouganda/evenements/article/ouganda-droits-lgbt-05-04-24
Ouganda : À l’occasion de la Fête des mères, l’appel de mères de personnes LGBTQ+
Un article de Human Rights Watch en français relatant comment des mères de personnes LGBT en Ouganda demandent l’égalité des droits et partagent les effets de la loi sur leurs familles.
https://www.hrw.org/fr/news/2025/05/08/ouganda-loccasion-de-la-fete-des-meres-lappel-de-meres-de-personnes-lgbtq
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