L’ultra-MAGA québécois Éric Duhaime échoue dans Arthabaska

Caricature Éric Duhaime

Opinion par : Roger-Luc Chayer (Image : Meta IA / Gay Globe)

L’ultra-MAGA québécois et chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a échoué à se faire élire dans le comté d’Arthabaska, alors qu’il était pourtant favori et donné gagnant dans les sondages à la veille de l’élection partielle. Ce revers confirme du coup la perte du comté, détenu jusqu’ici par la CAQ de François Legault.

Les Québécois ne sont donc pas prêts à élire un parti ultranationaliste de droite aux idées opposées aux valeurs d’un Québec bien plus social-démocrate que ne le prétend M. Duhaime. Celui-ci, avec sa verve incessante, répète à l’envi que le Québec est prêt pour un Donald Trump local, sans mentionner évidemment le nom du dictateur américain directement.

Qui est Éric Duhaime au juste ?

Éric Duhaime, c’est un peu le commentateur radio qui n’a jamais vraiment quitté son micro, même en se lançant en politique. Ancien animateur aux opinions tranchées, il s’est trouvé une niche parfaite : celle de l’indignation permanente. Il parle vite, fort, et souvent comme s’il était le seul à dire « la vérité » que tout le monde refuse d’entendre. Chef du Parti conservateur du Québec depuis 2021, il s’est rapidement imposé comme le champion autoproclamé de la liberté individuelle, ce qui, dans sa bouche, ressemble surtout à un rejet systématique de toute mesure contraignante, qu’il s’agisse de santé publique, d’environnement ou de fiscalité.

Son style? Mélange d’animateur populiste et de tribun improvisé. Il s’approprie des causes comme on change de sujet à la radio : avec aisance, mais sans trop s’embarrasser des nuances. Il adore comparer le Québec à des modèles étrangers — souvent américains — et rêve ouvertement d’un équivalent local de Donald Trump, tout en suggérant que ça pourrait bien être lui. Le MAGA adapté à la sauce poutine, en somme.

Politiquement, il s’est engouffré dans le vide laissé par une droite québécoise éparse et hésitante. Mais son discours, calibré pour les réseaux sociaux et les salles combles de sympathisants convaincus, peine à séduire au-delà de son cercle d’adeptes. Ses sorties spectaculaires lui valent une loyauté indéfectible de ses partisans, mais la même intensité irrite profondément ses détracteurs, qui voient en lui plus un provocateur qu’un véritable bâtisseur.

Duhaime n’a pas peur de se positionner contre le consensus québécois, quitte à paraître déconnecté de la majorité. Et c’est peut-être là que réside le paradoxe : il parle au nom du peuple, mais ce peuple, jusqu’ici, semble préférer l’écouter… plutôt que l’élire.

Un homophobe caviar, pur produit millésimé des grands crus LGBTQ+

Éric Duhaime a révélé son homosexualité lors de la parution de son livre La fin de l’homosexualité et le dernier gay en 2017. Mais, contrairement aux attentes — ou plutôt comme il était prévisible —, il a profité de son accès privilégié aux micros pour livrer un récit truffé de faussetés sur la communauté gaie, même si, sur certains points, il n’avait peut-être pas entièrement tort.

Dans son livre, Éric Duhaime se présente comme une réflexion sociopolitique, mais ressemble souvent à un long billet d’humeur radiophonique mis sous reliure. L’auteur y explique, avec un sérieux désarmant, que l’homosexualité telle qu’il l’a connue – revendicatrice, identitaire, militante – est en train de disparaître, remplacée par une génération « post-gay » intégrée, qui ne se définirait plus uniquement par son orientation sexuelle. En surface, l’idée pourrait sembler progressiste. Mais dans ses mains, elle devient une sorte d’élégie nostalgique, où il regrette presque l’époque bénie des ghettos gays et des grandes batailles collectives, tout en décochant quelques flèches aux militants actuels, jugés trop victimaires ou trop à gauche.

On y retrouve ce mélange typiquement duhaimien : un constat parfois pertinent, mais enrobé dans une rhétorique qui frôle le règlement de comptes. Duhaime se met en scène comme témoin privilégié d’une mutation sociale, mais il parle surtout de lui-même, de sa vision, et de ce qu’il estime être « la bonne façon » d’être homosexuel au XXIᵉ siècle. Résultat : un ouvrage qui prétend enterrer un concept, mais qui donne plutôt l’impression que c’est l’auteur qui aimerait choisir les invités et l’heure de la cérémonie.

Un indigné qui ne reconnaît toujours pas l’existence de la COVID

En 2020, Éric Duhaime a trouvé le moyen de pousser l’odieux à son paroxysme en mobilisant ses supporters de villages pour venir à Montréal pour un immense défilé contre les mesures gouvernementales visant à limiter la propagation de la COVID. En pleine crise sanitaire, des milliers de personnes ont défilé dans Rosemont sans masques, alors que le vaccin n’avait pas encore été conçu, suscitant la colère des montréalais.

Dès les premiers jours de la pandémie, il s’est fait le porte-voix obstiné de la contestation contre les mesures sanitaires, transformant chaque masque, chaque confinement en une croisade contre une prétendue atteinte aux « libertés individuelles ». Pour lui, la science et les experts n’étaient que des figures d’autorité à défier, un peu comme s’il jouait au rebelle de salon, toujours prêt à faire la une avec des positions provocantes.

Il a orchestré des rassemblements massifs, ignorant allègrement les risques sanitaires, exposant ses partisans à ce qu’il qualifiait de « folie collective ». La rhétorique de Duhaime était simple : toute restriction était une tyrannie, toute recommandation une manœuvre politique. Pendant que le monde tentait de naviguer dans l’inconnu avec prudence, lui jetait de l’huile sur le feu, se posant en héros des libertés perdues. Mais derrière cette façade de liberté chérie, il y avait surtout une posture politique, un opportunisme habile à capter une frange de la population frustrée et inquiète.

Éric Duhaime = Trump V.2.0

Si l’on se demande encore quel type d’élu serait Éric Duhaime à l’Assemblée nationale, il suffit de regarder le chaos engendré par l’élection de Donald Trump pour comprendre qu’élire Duhaime, c’est ouvrir la porte à n’importe quelle conspiration et à l’anarchie dans un établissement fondé sur des valeurs démocratiques.

Hier, dans Arthabaska, les électeurs ont préféré le Parti Québécois, reléguant Duhaime à une seconde place. Mais contrairement à ce qu’il beuglera sur toutes les tribunes, cette deuxième position n’est pas une victoire ni un signe d’un intérêt grandissant du peuple québécois pour son parti, mais bien un énième rappel que les Québécois ne veulent pas de lui, encore et toujours.

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Gayglobe.net

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