Ma visite dans un centre de réinsertion

Vendredi dernier, je me suis retrouvé en visite dans une résidence hébergeant des criminels de longue durée en liberté post-détention. Des meurtriers ou des gens à l’origine de crimes très graves nécessitant entre 15 et 25 ans de prison qui ont fait leur temps y résident.

Je me suis retrouvé là pour visiter un ex-détenu que je connais et qui y habite en dépannage, c’est-à-dire qu’il n’est pas un criminel de longue durée à l’origine d’un crime violent mais qu’il avait besoin d’un hébergement à sa sortie de prison le 1er avril dernier le temps de se remettre sur pieds.

Une fois entré dans l’établissement, où les pensionnaires circulaient tout à fait librement, sans surveillance et qui sont totalement libres, je remarque que contrairement à de nombreuses résidences communautaires dans le milieu gai/sida, l’endroit est superbe, propre, moderne, rénové et on procure aux locataires des conditions de vie très agréables.

Lors de mon court passage de 30 minutes et après avoir visité toutes les pièces, je me suis demandé pourquoi ce type d’établissement devait se cacher et ne pas afficher ouvertement qu’il sert de réinsertion pour des meurtriers. On peut répondre par la logique en se disant qu’après tout, il est normal d’être nerveux quand on y entre ou quand on sait que nous avons de tels voisins car les crimes commis sont graves et violents. Mais voilà, moi je ne ressentais pas cette nervosité, rien, au contraire, je me sentais bien mieux que quand je vais visiter un malade du sida qui est hébergé dans un des taudis communautaires qui prétendent procurer un agréable hébergement de fin de vie pour les notres.

Et après réflexion, j’ai peut-être trouvé le pourquoi du fait que je ne me sentais absolument pas terrorisé dans cette maison. Ceux qui y sont hébergés sont des meurtriers ok, soit… Mais entre le meurtrier qui a tué une fois, à coup de révolver ou autre et un chasseur qui, à chaque année astique son fusil en anticipant la jouissance que lui procure le fait de tuer un orignal, un caribou ou un ours et qui n’attend que la saison de la chasse pour aller tuer à coup de carabine des animaux 8 fois plus gros que lui, j’ai moins peur du meurtrier que du chasseur. Le chasseur lui n’a aucun contrôle, canalise ses pulsions meurtrières en les validant sous le prétexte d’une chasse légale, d’un sport, alors que l’ex-meurtrier lui, qui a tué il y a 25 ans, qui n’a pas ressenti de plaisir et qui n’a aucune pulsion à recommencer est certainement plus sécuritaire, du moins dans mon esprit.

Il y a des ces contradictions dans la société parfois… J’étais bien en visitant mon ami et j’y retournerai. Pensez-y!