SANG GAY: FIN DE L’INTERDICTION

Roger-Luc Chayer

Depuis 1992, les homosexuels étaient interdits de faire quelque don de sang que ce soit sous prétexte qu’ils pouvaient potentiellement être porteurs du VIH, comme si seulement les hommes gays pouvaient être atteints de cette maladie. En 1992, le Canada assouplissait ses conditions d’admissibilité en permettant le don de sang des gays à condition qu’ils n’aient eu aucune relation sexuelle pendant 5 ans, ensuite pendant 3 ans et, depuis 2019, pendant 3 mois.

Ces critères plutôt ridicules excluaient les homosexuels sur la base de leur orientation sexuelle, un motif de discrimination pourtant interdit par la Charte québécoise des droits et libertés. Pire, alors qu’on refusait le sang des gays, on acceptait allègrement le sang des prostituées ou de n’importe quel hétérosexuel.

Voilà que le gouvernement de Justin Trudeau, qui en avait fait une promesse électorale, demandera sous peu à Santé Canada de retirer cette discrimination de la liste des conditions pour pouvoir donner du sang. La décision est logique puisqu’avec la survenue des nouveaux traitements contre le VIH et surtout avec le traitement du sang, qui est chauffé pour détruire toute bactérie ou virus, l’exclusion en question n’avait plus sa place. Mais est-ce qu’il y a vraiment de quoi se réjouir au sein des communautés LGBT? Pas vraiment!

L’ancienne règle sera remplacée par de nouveaux critères concernant le nombre de partenaires, de leur fréquence ou la nature des actes sexuels, et cela ne fera pas l’affaire de nombreuses personnes qui pourraient y voir une intrusion injustifiée dans leur vie privée.

Par exemple, sur le questionnaire papier qu’on vous remettra, on voudra savoir combien de partenaires sexuels vous avez eu depuis 3 mois ou 1 an sinon plus, on voudra aussi savoir la fréquence de vos relations et la nature de ces rencontres, comme à savoir si la relation était anale ou impliquait des jouets sexuels. Une personne que vous ne con-naissez pas lira vos réponses et décidera, selon ce que vous direz, si vous êtes un candidat acceptable au don de sang.

Évidemment, ces questions, très envahissantes non seulement pour les gays, mais aussi pour la population en général, pourraient nuire plutôt que d’aider à trouver de nouvelles sources de sang, car il faut le dire, depuis des années au Canada, il y a une importante pénurie de sang, donc de produits dérivés du sang, qui complique les soins médicaux.

Tout le monde ne sera probablement pas très à l’aise de répondre à de telles questions, surtout si des personnes mariées ont des aventures extraconjugales, si des hommes hétérosexuels ont des aventures bisexuelles ou si une personne du clergé doit divulguer des activités sexuelles interdites…

Il doit pourtant y avoir des solutions moins envahissantes pour pallier le manque de sang au Canada? Et pourquoi ne pas rem-placer le critère basé sur l’activité sexuelle par celui de couple stable, ou de personne seule sous PrEP ou sur une absence d’ITS depuis au moins 3 mois, puisque l’objectif de cette modification est d’avoir un sang en santé, non pas de savoir ce que vous faites au lit, ce qui, d’ailleurs, est un acte protégé au Canada, depuis Trudeau père… Un des critères qui devrait subsister est celui de l’interdiction du don de sang par des personnes ayant séjourné en France dans les années ‘80. Mais comme pour les autres critères, il est sujet à confirmation, ce que je ferai une fois les conditions établies pour de bon.