
Roger-Luc Chayer (Image: IA par Gay Globe)
La naloxone (Narcan) est un puissant antidote utilisé en cas de surdose aux opioïdes, peu importe leur catégorie. Dans plusieurs pays, des trousses sont offertes gratuitement à toute personne qui en fait la demande, afin de permettre un accès rapide et facile à un médicament pouvant potentiellement sauver des vies.
Ces trousses contiennent souvent deux doseurs nasaux, deux injections avec seringues, ainsi que du matériel de stérilisation pour l’injection. Le problème, c’est que le mode d’emploi et le mécanisme d’action de la naloxone sont encore trop peu connus. Beaucoup de gens hésitent ainsi à intervenir face à une surdose évidente, par crainte de commettre une erreur qui pourrait nuire à la personne qu’ils tentent pourtant d’aider.
Quels sont les opioïdes légaux et illégaux les plus souvent en cause?
Les opioïdes, qu’ils soient légaux ou illégaux, agissent tous en se fixant sur les récepteurs du cerveau qui régulent la douleur, la respiration et le bien-être. Lorsqu’ils sont consommés en trop grande quantité, ils peuvent ralentir la respiration au point de provoquer un arrêt cardio-respiratoire. Cela vaut autant pour des médicaments prescrits, comme certains antidouleurs puissants utilisés en contexte médical, que pour des substances détournées de leur usage initial ou produites illégalement.
Dans la rue, certains opioïdes synthétiques, souvent plus puissants que ceux utilisés en médecine, sont mélangés à d’autres drogues, ce qui accroît considérablement le risque de surdose. Le danger est d’autant plus grand que l’utilisateur ignore parfois ce que contient réellement la substance consommée. Qu’elle soit obtenue sur ordonnance ou sur le marché noir, toute consommation à forte dose ou dans un contexte de tolérance réduite peut entraîner un arrêt respiratoire, puis cardiaque, en quelques minutes seulement.
Le fentanyl, à la base, c’est un médicament bien utile, conçu pour soulager des douleurs très fortes, souvent en milieu hospitalier. Mais voilà qu’il s’est invité dans le monde des drogues de rue, où il est utilisé un peu à toutes les sauces. On le retrouve mélangé à d’autres substances comme l’héroïne, la cocaïne ou même des pilules qui imitent des médicaments connus. L’idée derrière tout ça, c’est de donner un effet plus fort pour moins cher. Le hic, c’est que le fentanyl est extrêmement puissant, et qu’il en faut à peine une trace pour que ça devienne dangereux. Comme les doses ne sont ni mesurées ni annoncées, personne ne sait vraiment ce qu’il consomme, ce qui transforme chaque prise en pari risqué. C’est justement cette incertitude, combinée à sa force, qui en fait l’un des principaux responsables de la vague actuelle de surdoses.
Un exemple récent de mauvais jugement lié à l’utilisation de la naloxone
Ayant été témoin direct d’une situation d’urgence récemment, j’ai assisté à l’intervention d’une policière qui tentait tant bien que mal de sauver une personne en arrêt cardio-respiratoire, dans un établissement du Village gai de Montréal. La victime ne respirait plus, et dans ce genre de situation — en l’absence d’indices suggérant une crise cardiaque, un étouffement alimentaire ou une crise d’épilepsie — il faut immédiatement envisager la possibilité d’une surdose aux opioïdes, qui représente aujourd’hui l’une des principales causes d’arrêt cardio-respiratoire en Europe et en Amérique du Nord.
Le premier répondant arrivé sur les lieux était une jeune policière, qui, normalement, avait reçu une formation de base sur l’administration de la naloxone. Informée que la victime ne respirait plus depuis plusieurs minutes, elle a toutefois choisi d’utiliser le vaporisateur nasal pour tenter de contrer l’effet de l’agent responsable de la surdose. Pourquoi cette méthode a été privilégiée dans ce contexte critique — où une injection intramusculaire aurait peut-être été plus appropriée — demeure difficile à expliquer.
Après la première administration du vaporisateur nasal, la victime ne réagissait toujours pas à l’antidote, et la policière poursuivait ses tentatives de stimulation, sans succès. Étant moi-même secouriste d’urgence et bien informé sur l’utilisation de la naloxone, j’ai remarqué que l’agente semblait dépassée et visiblement nerveuse face à la situation. Je me suis donc approché calmement et lui ai dit : « Il ne respire pas. Le spray nasal ne servira à rien s’il ne respire pas. Il faut utiliser l’injection. Je peux vous aider si vous le souhaitez. »
Sa réaction a été un peu agacée, comme si ma présence gênait son intervention. Pourtant, la logique est simple : en l’absence de respiration, le produit ne peut pas être absorbé par voie nasale. C’est précisément pour cela que les trousses de naloxone incluent aussi une version injectable, plus adaptée dans un cas aussi critique.
J’ai réitéré mon avis en lui rappelant qu’elle devait utiliser l’injection, mais rien n’y faisait : la policière semblait nerveuse, confuse, et j’en suis même venu à me demander, un peu inquiet, si elle ne souffrait pas d’une phobie des aiguilles — ce qui pourrait expliquer son refus d’injecter la dose à la victime toujours inconsciente.
Pour la petite histoire, les ambulanciers sont arrivés quelques secondes plus tard. Ils ont immédiatement administré une injection de naloxone à la victime. Malgré 45 minutes de manœuvres de réanimation, la personne a été transportée à l’hôpital sans avoir repris connaissance. Il s’était écoulé au moins dix minutes entre l’arrivée de la policière et celle des ambulanciers.
Comment administrer la Naloxone et quand choisir entre le spray nasal ou l’injection?
Les recommandations sont simples : si la personne respire, on commence par le spray nasal ; si elle ne respire pas, on privilégie l’injection. Il n’y a même pas matière à hésiter, la consigne est claire et facile à appliquer.
Comment administrer le spray nasal? Le spray nasal de naloxone s’utilise très facilement. Il suffit de le préparer en retirant le bouchon, puis de placer doucement l’embout dans une narine de la personne qui a besoin d’aide. Ensuite, on appuie fermement pour libérer la dose dans le nez. Pas besoin d’être expert : c’est rapide, pratique, et conçu pour que même quelqu’un sans formation puisse le faire en urgence.
Comment administrer l’injection? L’injection de naloxone se fait un peu différemment, mais reste accessible. Il faut d’abord préparer la seringue fournie dans la trousse, puis choisir un endroit adapté sur le corps, souvent la cuisse ou le bras. Ensuite, on pique doucement la peau pour injecter le médicament directement dans le muscle. Ce geste, même s’il peut sembler intimidant, est simple à réaliser. Pour trouver le muscle où injecter la naloxone, il suffit de viser une zone assez large et accessible, comme le haut de la cuisse, un peu vers l’extérieur, ou bien le haut du bras, là où le muscle est ferme sous la peau. Pas besoin d’être précis au millimètre près : l’important, c’est de choisir un endroit où la seringue peut pénétrer facilement et où le muscle est suffisamment épais pour recevoir l’injection.
Y a-t-il un danger à administrer plusieurs doses de naloxone ?
L’avantage de la naloxone en cas de surdose aux opioïdes est que l’administration de doses multiples n’est pas dangereuse. On ne peut pas faire de surdose de naloxone, car il s’agit d’un antidote qui agit uniquement sur les récepteurs spécifiques des opioïdes présents dans le corps. En l’absence d’opioïdes, la naloxone n’a aucun effet.
La naloxone est un antidote sûr qui agit uniquement pour contrer les effets des opioïdes. Lors d’une surdose, il arrive parfois qu’une dose unique ne suffise pas à réveiller complètement la personne, surtout si la substance consommée est très puissante ou en grande quantité. Dans ce cas, il faut répéter l’administration selon les recommandations, sans craindre de surdosage ou d’effets indésirables graves liés à la naloxone elle-même.
Il est également important de noter que si l’injection n’est pas faite au bon endroit ou de la bonne manière, cela n’aura pas de conséquences négatives sur la personne, sauf que le médicament risque de ne pas agir comme prévu.
Que faire lorsque la naloxone fait effet et que la personne reprend connaissance ?
Lorsque la naloxone fait effet et que la personne reprend connaissance, il est essentiel de la garder sous surveillance rapprochée. En effet, cet antidote agit sur une très courte durée, ce qui signifie que la victime peut rapidement retomber en arrêt cardio-respiratoire ou perdre de nouveau connaissance si elle n’est pas prise en charge rapidement par des ambulanciers, des pompiers ou du personnel médical.
Selon le protocole d’utilisation de la naloxone, il est recommandé de ne pas laisser partir la personne avant qu’elle soit prise en charge par des professionnels de santé. Même si, contre toute attente, elle semble lucide et complètement rétablie, cela correspond souvent à un effet temporaire de l’antidote. En milieu hospitalier, la victime bénéficiera d’une prise en charge adaptée pour prévenir toute rechute liée à la présence persistante des opioïdes dans son organisme.
Quelle est la responsabilité criminelle de la personne qui vient en aide ?
En général, en Europe comme au Canada, une personne qui vient en aide à une victime de surdose ne risque pas d’engager sa responsabilité criminelle, à condition d’agir de bonne foi et de manière raisonnable. Les lois encouragent l’assistance en situation d’urgence, notamment via des dispositifs comme les lois « Good Samaritan » (Bon Samaritain), qui protègent ceux qui portent secours contre des poursuites, tant qu’ils ne commettent pas de faute grave ou d’acte délibéré nuisible.
Cela signifie qu’une personne qui administre la naloxone ou appelle les secours en cas de surdose agit dans un cadre légal et moralement protégé.
À noter qu’au Canada, La Loi sur les bons samaritains secourant les victimes de surdose offre une protection juridique aux personnes qui sont en train de faire un surdosage ou qui sont témoins d’un surdosage et qui composent le 911 ou leur numéro d’urgence local pour obtenir de l’aide.
Cette loi peut vous protéger:
- De l’interdiction de possession de substances désignées (drogues).
- Des conditions relatives à la possession simple de substances désignées (drogues) dans les situations suivantes :
- liberté provisoire,
- ordonnance de probation;
- libération conditionnelle;
- ordonnance de sursis.
La Loi sur les bons samaritains secourant les victimes de surdose s’applique à quiconque demande de l’aide d’urgence dans le cas d’un surdosage, y compris la personne en situation de surdosage. La Loi protège la personne qui demande de l’aide peu importe si elle reste ou si elle quitte la scène de surdosage avant l’arrivée de l’aide. La Loi protège également quiconque demeure sur les lieux lorsque l’aide arrive.
La Loi n’accorde pas de protection juridique dans le cas d’infractions plus graves telles que : tous les autres crimes non précisés par la Loi, des mandats non exécutés ou la production et le trafic de substances désignées;
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