SEXUALITÉ DANS LES PARCS Dans la foulée de l’affaire Joël Legendre

Roger-Luc Chayer

Il existe depuis toujours, dans la plupart des grandes villes du monde, des parcs municipaux ou nationaux réputés fréquentés par des hommes à la recherche d’une sexualité cachée. Quel est l’état de la situation à Montréal?

Cinq grands espaces à Montréal sont réputés servir à des activités sexuelles, il s’agit du Parc de l’Île Charron (devenu célèbre avec l’affaire Joël Legendre), le Parc Maisonneuve dans Rosemont, le Parc Lafontaine dans Ville-Marie, le passage ferroviaire de la rue Moreau dans Hochelaga-Maisonneuve et la piste cyclable du Canal Lachine.

Essentiellement, il faut savoir que 100% des personnes qui fréquentent ces lieux dans le but de réaliser des actes sexuels sont des hommes.

La presque totalité des gestes sexuels posés le sont en après-midi ou en soirée entre 21h30 et 23h. Même si les parc municipaux de Montréal ferment à 23h, de nombreux hommes y vont plus tard et prennent le risque de recevoir une contravention.

Été comme hiver, à 30 degrés ou à -25, des hommes vivent une sexualité cachée que je voulais mieux comprendre. Mais est-ce que ces hommes sont homosexuels à la base? Qu’est-ce qu’ils cherchent dans un parc qu’ils ne pourraient trouver dans un sauna ou à la maison?

Ce sont les questions qui ont été posées par Gay Globe Magazine lors de deux journées où nous arpentions les parcs Maisonneuve et Lafontaine à la recherche de témoignages de ces hommes mystérieux.

Fabrice a 34 ans, il est marié, père de deux enfants et est un fidèle des parcs depuis quelques années. «Je ne songe même pas à aller dans un sauna parce que je ne me considère pas gai et je ne voudrais pas y être vu. Je suis très exhibitionniste et le fait de me promener en montrant mes parties génitales me procure un kick qui me satisfait sexuellement. Ça n’a rien à voir avec des femmes ou des hommes», nous raconte l’homme découvert semi nu derrière un arbre du côté du jardin botanique.

Lou est un homme de 62 ans qui ne souhaite pas parler de sa vie privée ni m’indiquer s’il est marié ou père de famille, mais qui avoue venir au Parc Lafontaine depuis au moins 30 ans pour y trouver des prostitués qui accepteront de poser quelques gestes sexuels à peu de frais. «Ça fait 30 ans que je donne un 20$ une fois de temps en temps à un gamin pour ?%$#$%$ et c’est ma seule sexualité». Quand je lui demande s’il considère comme une nuisance morale le fait de baiser dans des parcs alors que des enfants y jouent l’après-midi et la raison pour laquelle il ne profite pas des saunas, il me dit: «Je ne suis pas homosexuel et pour moi les saunas, c’est pour les gars qui veulent se cacher et qui veulent vivre des relations intenses».

Sur une période de deux jours, de jour comme de soir, et après avoir approché 12 hommes, je n’ai pas trouvé un seul individu qui se dise homosexuel. 100% des hommes interrogés s’identifient plutôt comme hétéros ou bi-curieux. Un constat intéressant qui devrait faire taire certains préjugés sur les gais…

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