Sport et homophobie : un état des lieux

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Des joueurs homosexuel il y en a dans tout les sports, simplement dans le milieu professionnel du sport on ne les « voit » pas ou peu (ou pas du tout comme pense certains « il n’y a pas d’homosexuels dans le foot » affirment certains footballeurs témoignant anonymement pour Dominique Bodin). Et dès lors qu’on ne voit pas une chose et qu’on ne l’entends pas, cette chose n’a pas d’existence. Les choses évoluent néanmoins dans un sens favorable pour la diversité car depuis quelques années des joueurs font leur coming-out. L’avancée reste lente car les actes d’homophobie sont très présent dans le sport.

Matthew Mitcham, plongeur auréolé aux Jeux Olympique en 2008, devient le premier champion olympique ouvertement homosexuel de l’histoire.

Ian Thorpe, ancien champion de natation, 5 fois champion olympique et sportif le plus titré d’Australie fait son coming out en juillet 2014.

Autre sportif d’une discipline individuelle, le boxeur Orlando Cruz s’illustre comme une exception dans un sport extrêment macho.

Dans le monde du sport, le coming-out est un suicide professionnel

Chacun est bien sur libre de dévoiler des détails de sa vie privé comme il le souhaite et cette énumération de joueurs homosexuels serait anodine si le sport institutionnel ne souffrait pas d’un malaise vis à vis de l’homosexualité. Dans son ouvrage Le sport en question Dominique Bodin interroge plusieurs sportifs de haut-niveau sous le couvert de l’anonymat et certains se sont penchés sur les conséquences du coming-out pour la carriere d’un sportif de haut-niveau :

«Aux yeux de tout le monde, je suis un sportif connu, reconnu, “normal”. Si jamais je dis que je suis homosexuel, ça ne pose pas de problème tant que je suis performant. Mais si je suis mauvais, ce ne sera pas parce que j’ai un jour de malchance ou une baisse de régime, mais simplement parce que je suis un ‘pédé’ et ce sera la faute de tous les pédés.»

Ce témoignage rappelle ce que l’on projette dans l’homosexualité : le manque de performance, la fragilité, la faiblesse…Ces stéréotypes sont contredits par les joueurs homosexuels cités ci-dessus, de véritables champions. Aux Jeux Olympique de Londres en 2012, seuls 23 athlètes sur plus de 10500 étaient ouvertement homosexuels. Un nombre très faible (0,2%) alors qu’on observe communément dans la société que 5 à 10 % de la population est homosexuelle. Les sportifs interrogés par Dominique Bodin l’affirment majoritairement, le coming-out est un « suicide professionnel » a fortiori en ce qui concerne l’homosexualité masculine pour l’image qu’elle véhicule.

Football : « Ritualisation » de l’homophobie

Dans le football il y a une ritualisation de l’homophobie à travers les chants et les banderoles de supporters notamment. « Tarlouze », « pédé », « enculé » sont des mots de supporters, de joueurs et même d’entraîneurs qui sont employés au quotidien sans que personne ne les juge homophobe. Pour Bartholomé Girard, président de SOS homophobie, dès qu’on utilise des mots connotés qui font référence aux homosexuels et que les termes employés sont utilisés pour insulter, il y a homophobie. Un rapport publié en 2013 par Anthony Mette, psychologue spécialiste du sport, et en association avec le club gay-friendly le Paris Foot Gay nous apprend que 41% des professionnels du sport et 50% des sportifs en formation se disent « hostile » envers l’homosexualité contre 8% dans le sport amateur. Il y a donc une sensible stigmatisation du joueur homosexuel du centre de formation jusqu’au terrain en tant que sportif de haut-niveau. Le joueur de foot britannique Justin Fashanu est un exemple de cette stigmatisation à la suite de son coming-out dans les années 80. L’abattage médiatique et les accusations d’attouchement sexuel l’ont mené au suicide professionnel puis au suicide réel. Ce climat d’isolement et ce réel danger d’être un homosexuel dans le sport professionnel est conforté par les institutions.

Soit ils mentent, soit ils assument

L’homophobie dans les centres de formation pousse par la suite certains joueurs à mener une double vie lorsqu’ils sont homosexuel et sportifs de haut-niveau. Le président du Paris Foot Gay Jacques Lizé pense que :

« soit les sportifs mentent au quotidien, généralement par omission. Soit ils assument et font face au risque de stigmatisation ».

En 2022 le Mondial de Foot se déroulera au Quatar (pays pénalisant l’homosexualité) et le président de la FIFA a tenté de rassurer les supporters homosexuels en leur conseillant de « s’abstenir de toute activité sexuelle. » En 2009 c’est Louis Nicollin, président d’un club de L1 montpellierain qui s’illustre en traitant de « petite tarlouze » l’auxerrois Benoît Pedretti. La banalisation de ce genre de propos et le manque de sanction par les hautes institutions du sport professionnel tendent à conserver cet atmosphère homophobe dans le sport. Des actions comme la charte contre l’homophobie dans le sport, initiative de Rama Yade (charte signée par les Gaillards) ne sont qu’au stade embryonnaire. Ironiquement le successeur de Rama Yade au poste de secrétaire d’Etat au sports était David Douillet. L’ex-judoka a déjà émis des déclarations douteuse à caractères misogyne et homophobe : «  On dit que je suis misogyne mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes! ».

Un espoir demeure pour l’acceptation, du côté des clubs amateurs. Ce constat sur l’homophobie généralisée dans le sport ainsi qu’une trompeuse absence d’homosexuel dans le sport professionnel pousse certains sportifs homosexuels à se regrouper pour pratiquer leur discipline sans craindre le rejet. Une équipe comme les Gaillards, qualifiée de « gay-friendly » est aujourd’hui une équipe qu’on ne peut pas soustraire de qualificatif pour la démarquer de la masse. C’est justement le regard symptomatique de la société qui impose ça plus que l’équipe en elle-même. Les Gaillards n’est pas une équipe « gay » car à travers ce simple terme ils se rattachent à l’identité socio-culturelle d’une partie des joueurs, les Gaillards est une équipe « ouverte à tous ». Le documentaire GAILLARD ! cherche à montrer la réalité de cette équipe regroupant homosexuels et hétérosexuels : https://www.facebook.com/Gaillard.lefilm

Chriss

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