Roger-Luc Chayer
Un des héros de la communauté gaie, l’Abbé Jacques Guilbault, s’est éteint le 5 mai dernier à l’âge de 73 ans des suites de problèmes pulmonaires.
Pour de nombreuses personnes de la communauté gaie, Jacques a été un des premiers leaders à affronter la crise du SIDA dans les années 80. Alors qu’à une certaine époque personne ne savait vraiment d’où venait et comment se propageait cette maladie, le père Guilbault, qui était curé de la paroisse Ste-Gemma dans Rosemont, voyant les séropositifs être rejetés par leur famille et la société en général, finissant souvent leurs jours seuls et abandonnés dans des ailes interdites aux visiteurs des hôpitaux, a décidé d’accompagner ces personnes atteintes en fin de vie. Il se rendait à leur chevet, priait pour eux et voyait à leur confort parfois dans des conditions difficiles.
Exaspéré par le rejet de ces personnes et vivant seul dans un immense presbytère trop grand pour lui, il a alors tenté de convaincre l’Archevêque de Montréal d’obtenir l’autorisation et le budget servant à convertir son presbytère en maison pour sidéens en phase terminale. C’est alors que naissait la Maison Ludovic.
Il aura contribué, à une époque où les personnes séropositives et sidéennes étaient abandonnées du fait de la peur et de l’ignorance collective résultant de la méconnaissance de la maladie, à donner à notre communauté un outil formidable. La Maison Ludovic était un magnifique endroit, moderne et richement décoré, c’était son souhait le plus cher.
Mais Jacques Guilbault a aussi été un bienfaiteur pour l’auteur de ces lignes bien avant la Maison Ludovic! J’ai effectivement connu le Père Guilbault lorsque j’était jeune étudiant au Collège Vincent d’Indy. Il était le curé de la paroisse où j’habitais et, souvent, je me retrouvais à la messe avec mes voisins. Lorsque Jacques Guilbault a su que je jouais du cor et que je n’avais pas la possibilité de travailler mon instrument à mon goût par manque d’espace, il s’est empressé de me proposer de venir travailler l’instrument dans son église, les après-midi, et c’est ainsi que j’ai pu bénéficier d’un magnifique local de répétition.
Lorsque j’ai quitté pour la France et le Conservatoire de Nice, lors de mes voyages à Montréal par la suite, Jacques a toujours été présent pour me supporter et me soutenir, il adorait la musique et les musiciens.
Enfin, en 2012, lui et moi nous retrouvions devant le Lieutenant-gouverneur du Québec pour y être décorés d’une médaille royale soulignant l’excellence de nos services respectifs pour le Canada. Un grand homme s’est éteint, nous lui devions bien cet hommage.