VIH : ESSAI CLINIQUE « RESTART »

Chercheurs

Selon : Bruno Geoffroy / UdeMNouvelles Photo : UdeMNouvelles

Certaines personnes vivant avec le VIH ne retrouvent jamais une santé complète malgré un traitement antirétroviral. Une équipe du Centre de recherche du CHUM, menée par Madeleine Durand et Andrés Finzi, explore le rôle d’une protéine virale, la gp120, dans ce phénomène. Cette molécule, utilisée par le virus pour infecter les cellules CD4 qui activent la défense immunitaire, persiste dans le sang même lorsque la charge virale est indétectable. 

Présente chez une personne sur trois, la gp120 agit comme une toxine virale, se fixant sur des cellules saines pour les rendre vulnérables à la destruction par le système immunitaire, ce qui affaiblit la défense naturelle du corps.

Leur étude publiée en 2025 révèle que certains anticorps non neutralisants amplifient ce sabotage en attaquant les cellules CD4 non infectées, déjà fragilisées par la gp120. Toutefois, une autre catégorie d’anticorps, appelés anti-CD4BS, bloque l’attachement de la gp120 aux cellules saines, offrant ainsi une protection. Ces découvertes, rendues possibles grâce à la cohorte canadienne CHACS regroupant 850 personnes vivant avec le VIH, montrent que seuls 15 % des patients possèdent ces anticorps bénéfiques, tandis que la majorité a également des anticorps nuisibles.

Une autre avancée concerne le fostemsavir, un médicament déjà approuvé pour les patients en échec thérapeutique. Cette molécule modifie la forme de la gp120, empêchant ainsi les « mauvais » anticorps de cibler les cellules CD4 saines. Ce mécanisme a été confirmé par des analyses sur des échantillons provenant de biobanques italiennes et de ViiV Healthcare, le partenaire industriel du CRCHUM. 

En neutralisant la toxicité de la gp120, le fostemsavir pourrait restaurer la fonction des cellules CD4, essentielles au bon fonctionnement du système immunitaire, même chez les patients dont le virus est contrôlé.

Ces résultats ont conduit au lancement d’un essai clinique inédit au CHUM, baptisé RESTART, qui suivra 150 personnes vivant avec le VIH sur deux ans. L’étude vise à déterminer si l’ajout du fostemsavir à une trithérapie existante améliore la santé cardiovasculaire des patients. 

Cette question est d’autant plus importante que l’activation chronique du système immunitaire chez ces patients provoque une inflammation persistante, responsable de maladies associées telles que les affections cardiovasculaires, l’ostéoporose ou le déclin cognitif, qui apparaissent souvent une quinzaine d’années plus tôt que chez la population générale.

L’essai adopte une approche personnalisée : seuls les participants présentant des niveaux détectables de gp120 dans leur sang, identifiés grâce à un test développé par l’équipe d’Andrés Finzi, pourront y prendre part. Les volontaires subiront deux tomodensitométries cardiaques, en début et en fin d’étude, afin de mesurer l’évolution des plaques coronariennes, indicateurs clés de la maladie cardiovasculaire. Ces examens seront réalisés sous la supervision du Dr Carl Chartrand-Lefebvre, chercheur au CRCHUM et directeur du Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire de l’Université de Montréal.

Ainsi, les travaux du CRCHUM ouvrent une nouvelle voie vers une meilleure compréhension des échecs immunitaires chez les personnes vivant avec le VIH et proposent une stratégie thérapeutique novatrice pour améliorer leur qualité de vie au-delà du simple contrôle viral.

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