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Arnaud Pontin (Photo : Pixabay)
Une étude de Harvard au cœur d’un titre accrocheur
Dans un article publié récemment dans une revue scientifique, puis largement relayé sur la page Facebook de cette publication, il est question d’une étude au titre pour le moins accrocheur : « 21 éjaculations par mois, le nouvel objectif des hommes ? Ce que révèle vraiment l’étude de Harvard sur le cancer de la prostate en 2025 ». Un intitulé percutant qui a rapidement attiré l’attention, mais qui mérite d’être examiné à la lumière des données scientifiques réelles.
Éjaculation et santé de la prostate : ce que l’on sait déjà
Depuis longtemps, l’éjaculation est reconnue comme un mécanisme physiologique permettant l’expulsion du sperme et de divers composés liquides. Au fil des années, certaines hypothèses ont également circulé selon lesquelles ce processus pourrait aider la prostate à éliminer des cellules malsaines, voire, dans certains cas, des cellules cancéreuses. Ces affirmations, souvent relayées sans nuance, posent une question centrale : que dit réellement la science sur le lien entre fréquence d’éjaculation et cancer de la prostate ?
Un titre médiatique, mais pas une étude de 2025
Contrairement à ce que laisse entendre le titre largement diffusé, aucune étude publiée en 2025 ne porte officiellement ce nom. Plusieurs travaux scientifiques établissent bel et bien une association entre la fréquence d’éjaculation et le risque de cancer de la prostate, dont certains menés par des chercheurs affiliés à Harvard, mais l’expression « 21 éjaculations par mois » relève avant tout d’une interprétation médiatique de résultats issus de recherches antérieures.
Le Health Professionals Follow-up Study : une base scientifique solide
Les données les plus sérieuses proviennent d’une vaste étude épidémiologique menée dans le cadre du Health Professionals Follow-up Study, une cohorte de professionnels de la santé suivis sur plusieurs années. Ce programme de recherche, auquel ont contribué des chercheurs de la Harvard T.H. Chan School of Public Health, constitue l’une des bases de données les plus robustes sur les liens entre comportements de santé et maladies chroniques chez les hommes.
Les résultats publiés dans le Journal of the American Medical Association
Publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), l’étude de référence s’est penchée sur la relation entre la fréquence d’éjaculation déclarée par les participants et le risque ultérieur de développer un cancer de la prostate. Les chercheurs ont suivi pendant plusieurs années des milliers d’hommes, en tenant compte de leur fréquence d’éjaculation à différents âges de la vie adulte.
Les résultats montrent qu’une fréquence élevée, définie comme 21 éjaculations ou plus par mois, est associée à une diminution du risque global de cancer de la prostate, comparativement à une fréquence plus faible située entre 4 et 7 éjaculations mensuelles. Cette association est particulièrement notable chez les hommes âgés de 40 à 49 ans, surtout lorsque l’on considère la période la plus récente précédant l’analyse, selon les données de JAMA Network.
Association statistique, pas preuve de causalité
Les auteurs de l’étude demeurent toutefois prudents. Les résultats ne permettent pas d’établir un lien de causalité directe : éjaculer plus souvent ne signifie pas automatiquement être protégé contre le cancer de la prostate. Il s’agit plutôt d’une association statistiquement significative, observée dans certaines analyses ajustées, comme le rappelle également l’American Academy of Family Physicians (AAFP).
Pourquoi les chiffres varient dans les médias
Les pourcentages de réduction du risque évoqués dans les médias varient sensiblement, oscillant entre 20 % et 31 % selon les sources. Ces écarts ne correspondent pas à la publication d’une nouvelle étude en 2025, mais découlent d’interprétations différentes des mêmes données ou de méta-analyses comparatives, parfois simplifiées dans des médias grand public, dont Le Tribunal du Net.
La référence scientifique à retenir
Pour les lecteurs souhaitant consulter la source scientifique originale ou retrouver la référence sur PubMed, l’étude fondatrice reste celle publiée dans JAMA Network sous le titre : « Ejaculation Frequency and Subsequent Risk of Prostate Cancer ».
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