Roger-Luc Chayer
HOMOPHOBIE: Nom féminin. Rejet de l’homosexualité,
hostilité systématique à l’égard des homosexuels.
Vous ne trouvez pas que de résumer ainsi l’homophobie fait un peu dans le simpliste, dans le déni des diverses présentations de ce mal qui ronge parfois nos sociétés insidieusement, sans parler des conséquences dans la définition même du mot? Parlons-en… Chaque année, nous célébrons, dans la plupart des pays occidentaux, la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie le 17 mai. La Fondation Émergence présente ainsi l’événement sur son site Web «un événement rassembleur et un moment de convergence des actions de lutte menées contre l’homophobie et la transphobie.» Quoi, c’est tout?
Malheureusement, ce n’est pas si simple que ça. L’homophobie se présente sous une foule de formes, la plupart du temps insidieusement et celles et ceux qui en sont victimes peuvent difficilement prouver l’intention homophobe, ce qui ajoute au drame.
L’homophobie, c’est avant tout le fait de nier notre existence, donc nos droits. C’est le fait de refuser de nous voir, de nous parler ou de nous entendre. L’homophobie représente le déni de notre apport comme êtres humains à nos collectivités. Donc, forcément, dans le raisonnement homophobe, si nous n’existons pas, il n’y a pas de mal, pas de conséquences. Au contraire, il est temps d’en parler, des conséquences de l’homophobie. Tout d’abord,nier l’existence de l’affection que se portent deux personnes ne devrait jamais faire l’objet de jugements ou de critiques. Ces sentiments amoureux n’appartiennent qu’à celles et à ceux qui se les partagent.
Autrement dit, vous qui n’approuvez pas, ce n’est pas de vos affaires! Même chose avec le fait de refuser des services à des personnes issues des LGBT. Ça m’est arrivé comme éditeur de ce magazine. Une agence de publicité de la région de Québec m’avait envoyé un courriel pour me dire que jamais elle ne ferait des affaires avec des fifs. Évidemment, la Commission des droits de la personne était intervenue pour condamner l’agence à une amende assez salée.
On retrouve aussi l’homophobie dans les écrits que l’on déguise en «opinions». Prenons l’exemple d’un article d’Hilary White, publié sur le site Riposte-catholique.fr, découvert au moment de rédiger ces lignes. Plutôt que de parler d’homosexualité, elle déguise son propos homophobe en parlant «d’homosexualisme» et en ces termes: «C’est cette idéologie politique, volontiers appelée la «théorie queer» par ses partisans dans le monde universitaire, qui est promue, désormais de manière assez ouverte, par le mouvement pour les « droits gays ». Elle vise à réécrire les concepts fondateurs de notre société tout entière. Comment nous avons tout d’un coup pu en arriver au point où deux hommes peuvent être «mariés», où une femme peut être appelée «mari» et un homme, «épouse»? Peter Tatchell est un homosexuel, cela veut dire qu’il ressent une attraction sexuelle vis-à-vis d’autres hommes, une condition dont l’origine fait encore débat parmi les médecins, les psychiatres et les généticiens.» Voilà, c’est ça l’homophobie en 2018. La sempiternelle théorie du complot global visant à convertir l’humanité en homos, rien de moins! Il reste encore beaucoup de travail à faire, mais on va y arriver, ça avance, parce que nous sommes, et de loin, meilleurs que les homophobes en célébrant nos diversités et surtout notre rejet de tout jugement. Il faut continuer!