Hépatite B : des campagnes de vaccination des années 90 au traitement révolutionnaire bepirovirsen

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Arnaud Pontin (Image : IA / Gay Globe)

Qui se souvient de l’époque, dans les années 90, où les autorités de santé publique invitaient les hommes gays à se faire vacciner contre les hépatites A et B en raison de la forte propagation de ces virus au sein de cette communauté?

Pourquoi les autorités sanitaires ciblaient les hommes gays contre les hépatites A et B

Dans les années 1990, les autorités sanitaires ont fortement ciblé les hommes gays et bisexuels pour la vaccination contre les hépatites A et B principalement parce que ces infections circulaient beaucoup plus dans certains réseaux sexuels masculins et représentaient un véritable enjeu de santé publique, particulièrement après la crise du VIH/sida.

L’hépatite B était considérée comme particulièrement préoccupante parce qu’elle se transmet très efficacement par voie sexuelle et par le sang. Avant l’arrivée massive de la vaccination, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes présentaient des taux d’infection beaucoup plus élevés que la population générale.

Les pratiques sexuelles impliquant contact avec le sang, le sperme ou les sécrétions corporelles augmentaient les risques de transmission. À cette époque, les autorités de santé observaient des épidémies répétées dans les grandes communautés urbaines gays de villes comme San Francisco, New York City ou Montreal.

L’hépatite A, elle, se transmet surtout par voie fécale-orale. Certaines pratiques sexuelles impliquant contact oral-anal facilitaient la transmission. Plusieurs flambées d’hépatite A avaient été documentées dans les communautés gaies dès les années 70 et 80, et les autorités craignaient des épidémies rapides dans les bars, saunas, clubs sexuels et réseaux sociaux très interconnectés.

Le contexte du sida a énormément influencé cette stratégie. Après les années 80, les systèmes de santé publique étaient devenus beaucoup plus attentifs aux infections transmissibles dans les communautés homosexuelles masculines. Les médecins savaient aussi qu’une co-infection VIH + hépatite B pouvait entraîner des complications hépatiques beaucoup plus graves et accélérer certains problèmes de santé.

Il faut aussi comprendre qu’à l’époque, il n’existait pas encore de traitements très efficaces contre plusieurs maladies virales chroniques. Le vaccin contre l’hépatite B représentait donc un outil de prévention majeur. Beaucoup de campagnes de vaccination communautaires ont été organisées dans des cliniques LGBTQ+, des organismes communautaires et même durant certains événements communautaires.

Cette stratégie n’était pas uniquement basée sur l’orientation sexuelle en elle-même, mais surtout sur des données épidémiologiques montrant une prévalence et une transmission plus élevées dans certains groupes. Les autorités vaccinaient également d’autres populations considérées à risque élevé : travailleurs du sexe, utilisateurs de drogues injectables, personnel médical, personnes ayant de multiples partenaires sexuels ou voyageurs vers certaines régions du monde.

Le bepirovirsen de GSK pourrait-il transformer le traitement de l’hépatite B?

Voilà que la compagnie pharmaceutique GSK (GlaxoSmithKline) offre désormais le bepirovirsen, un traitement qui prétend pouvoir guérir l’hépatite B de façon définitive.

Selon la compagnie, le bepirovirsen est un médicament expérimental développé pour traiter l’hépatite B chronique. Il appartient à une nouvelle catégorie de traitements appelés « antisense oligonucleotides » (oligonucléotides antisens).

Concrètement, ce traitement agit directement sur l’ARN du virus de l’hépatite B afin d’empêcher le virus de produire certaines protéines essentielles à sa survie et à sa réplication. L’objectif est de réduire fortement la charge virale et surtout de faire disparaître l’antigène de surface de l’hépatite B (HBsAg), considéré comme un marqueur important de l’infection chronique.

Ce qui attire énormément l’attention actuellement, c’est que les essais cliniques de phase III présentés en 2026 montrent qu’environ 19 % des patients ont obtenu une « guérison fonctionnelle », et jusqu’à 26 % chez certains groupes de patients.

Dans le langage médical, une « guérison fonctionnelle » ne signifie pas nécessairement que le virus est complètement éliminé du corps, mais plutôt qu’il devient indétectable et inactif sans nécessiter de traitement continu. Les patients maintiennent alors une charge virale très basse ou indétectable après l’arrêt du médicament.

Actuellement, les traitements standards contre l’hépatite B permettent surtout de contrôler le virus à long terme, souvent à vie, mais très rarement d’obtenir cette rémission durable. C’est pourquoi le bepirovirsen est considéré comme une avancée potentiellement majeure.

Le médicament est encore en processus d’approbation réglementaire dans plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Europe, le Japon et la Chine.

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