
Arnaud Pontin (Image : IA / Gay Globe)
Qui l’aurait cru? Certainement pas moi. Pourtant, un ancien produit chimique utilisé pour réanimer les personnes évanouies dans les années 1950, que l’on voyait souvent au cinéma, est devenu avec le temps une substance pouvant entraîner une dépendance. Je parle ici des sels d’ammoniaque.
Les sels d’ammoniaque, aussi appelés « sels odorants » ou « smelling salts », servaient principalement à réveiller ou à ranimer une personne ayant perdu connaissance ou se sentant sur le point de s’évanouir.
Lorsqu’on approchait le produit du nez, l’ammoniac dégageait une odeur extrêmement forte et irritante qui stimulait les muqueuses nasales et déclenchait un réflexe d’inhalation. Cette réaction augmentait temporairement la vigilance et pouvait aider une personne à reprendre conscience après un malaise léger.
Très populaires au XIXe siècle et pendant une grande partie du XXe siècle, les sels d’ammoniaque faisaient partie de l’arsenal médical courant. Médecins, infirmières et secouristes les utilisaient fréquemment pour aider les personnes victimes d’un évanouissement. On les retrouvait également dans de nombreuses trousses de premiers soins et ils étaient parfois administrés aux femmes souffrant de malaises, alors qualifiés de « vapeurs » selon la terminologie de l’époque. Certains athlètes et sportifs de combat y avaient aussi recours pour obtenir un regain momentané de vigilance.
Les sels d’ammoniaque ont par ailleurs marqué l’imaginaire collectif grâce au cinéma. Dans de nombreux films des années 1940 et 1950, une scène classique montrait un personnage approchant un petit flacon sous le nez d’une personne évanouie afin de la faire reprendre connaissance.
Avec le temps, leur usage médical courant a diminué, mais ils n’ont pas disparu. Ils ont été progressivement récupérés dans certains milieux sportifs — boxe, football américain, haltérophilie — pour augmenter brièvement la vigilance avant un effort intense. C’est là que leur image a commencé à changer : ils ne sont plus seulement associés aux soins, mais aussi à la performance.
Dans certains cas, cette utilisation répétée peut donner l’impression d’un « besoin » psychologique, notamment chez des athlètes qui s’y habituent avant une compétition. Mais il ne s’agit pas d’une dépendance chimique : il n’y a pas de mécanisme de tolérance ou de sevrage comparable aux vraies drogues.
Les sels d’ammoniaque ne figurent pas sur la liste des produits dopants de l’Agence mondiale antidopage (AMA). À ce jour, aucune preuve scientifique solide ne démontre qu’ils améliorent durablement les performances physiques ou les capacités athlétiques.
Pour autant, leur utilisation n’est pas exempte de controverse. Si ces substances ne provoquent pas de dépendance chimique comparable à celle des drogues classiques, certains spécialistes évoquent l’apparition possible d’une accoutumance psychologique chez des sportifs persuadés d’en avoir besoin pour se sentir prêts à performer. Cette dépendance perçue peut influencer les rituels de préparation, sans qu’il y ait pour autant un mécanisme biologique de dépendance établi.
Les risques sanitaires, eux, sont bien réels. Une utilisation trop fréquente ou une exposition trop proche du nez ou des yeux peut entraîner des irritations sévères, voire des brûlures chimiques, ainsi que des atteintes aux voies respiratoires.
Face à ces dangers, certaines organisations sportives ont décidé d’agir. Hockey Québec, par exemple, interdit l’usage de ces produits chez les jeunes athlètes. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a également émis des mises en garde contre la commercialisation non encadrée des sels d’ammoniaque présentés comme des « boosters » d’énergie.
PUBLICITÉ

LIRE AUSSI
Chemsex : une hécatombe sans précédent à Montréal
https://gayglobe.net/chemsex-une-hecatombe-sans-precedent-a-montreal/
Qu’est-ce que le Chemsex ?
https://gayglobe.net/
Est-ce que le Propofol devient la nouvelle drogue récréative du jour ?
https://gayglobe.net/
La xylazine à Montréal
https://gayglobe.net/magazine-gay-globe-159-special-lutte-contre-lhomophobie-la-transphobie-et-la-biphobie/
Alerte : le protonitazépine tue !
https://gayglobe.net/magazine-gay-globe-158/
Drogues de synthèse et risques d’overdose (chemsex à Montréal – dossier santé publique)
https://gayglobe.net/tag/chemsex/
Naloxone : mode d’emploi
https://gayglobe.net/magazine-gay-globe-161/
Chemsex chez les Hommes Homosexuels : l’exploration d’un phénomène complexe et controversé
https://gayglobe.net/tag/chemsex/
Le chemsex à Montréal : chiffres, risques et ressources
https://gayglobe.net/chemsex-une-hecatombe-sans-precedent-a-montreal/
Overdoses et drogues de synthèse : un phénomène en hausse à Montréal
https://gayglobe.net/tag/chemsex/