
Roger-Luc Chayer (Photo : Anthony Perkins / Source inconnue)
La plupart des lecteurs se souviendront de l’acteur Anthony Perkins, célèbre pour avoir incarné Norman Bates dans la série de films Psycho, dont le premier, sorti en 1960, a été réalisé par Alfred Hitchcock. Cependant, peu connaissent la triste réalité d’une vie difficile, marquée par le fait de devoir cacher son homosexualité, les traitements qu’il a accepté pour « soigner » cette orientation, ainsi qu’une fin encore plus douloureuse : mourir du sida à une époque où aucun médicament n’existait pour combattre ce virus.
Une homosexualité vécue dans la discrétion
Anthony Perkins n’a jamais parlé publiquement d’un moment précis où il aurait « découvert » son homosexualité, comme beaucoup de personnes de son époque. Sa sexualité a souvent été entourée de discrétion, en partie à cause du climat social très conservateur dans lequel il a grandi et travaillé, notamment à Hollywood dans les années 1950 et 1960, où l’homosexualité pouvait ruiner une carrière.
Ce qu’on sait, c’est qu’il a vécu cette partie de lui-même dans une grande confidentialité, parfois avec beaucoup de souffrance, notamment en raison de la pression sociale et des traitements médicaux qu’il a subis, tels que des thérapies de conversion, et ça, personne ou presque ne le savait.
Mariage et vie privée
Il y a eu quelques rumeurs sur ses amours, mais pour les faire taire, il a accepté de se marier à l’âge de 41 ans avec Berry Berenson, une photographe et actrice américaine. Leur mariage a duré jusqu’à la mort d’Anthony Perkins en 1992, mais selon les observateurs de l’époque, cette relation était platonique.
Les traitements par électrochocs et la pression sociale
Ce qui m’a le plus choqué est la découverte récente d’une information que je ne connaissais absolument pas. Anthony Perkins a subi des traitements par électrochocs, connus sous le nom de thérapie électroconvulsive (TEC), dans le cadre des tentatives, courantes à l’époque, de « soigner » l’homosexualité, considérée alors à tort comme une maladie mentale. Ces traitements faisaient partie des thérapies de conversion pratiquées dans les années 1950 et 1960, souvent imposées ou fortement encouragées aux personnes homosexuelles.
Les circonstances exactes autour des électrochocs reçus par Perkins ne sont pas complètement documentées dans les sources publiques, mais il est connu qu’il a accepté, sous pression sociale et professionnelle, certains traitements psychiatriques pour tenter de cacher ou de modifier son orientation sexuelle. Ces expériences ont profondément affecté sa vie et son bien-être mental, ajoutant à la souffrance déjà causée par le secret.
Une fin douloureuse et discrète
Jusqu’au bout, il a été tourmenté par son homosexualité, au point d’en mourir : en 1990, il a contracté le VIH, qui l’a emporté rapidement en 1992, à l’âge de 60 ans, sans jamais avoir rendu publique son orientation sexuelle.
Les difficultés autour du traitement AZT
Au début de l’épidémie de VIH, beaucoup de personnes séropositives ressentaient une grande hésitation, parfois un refus, face à l’AZT, le premier traitement antiviral disponible. Bien que ce médicament représentât un espoir nouveau, il était malheureusement associé à des effets secondaires difficiles à supporter, tels que nausées, fatigue intense, anémie ou douleurs musculaires, qui rendaient son usage éprouvant au quotidien.
De plus, son efficacité, encore limitée à cette époque, ne permettait pas de contrôler pleinement la maladie, ce qui pouvait semer le doute et l’incertitude chez ceux qui l’utilisaient. Le coût élevé et l’accès restreint à ce traitement compliquaient également la situation.
Dans ce contexte, la peur, la stigmatisation et la méfiance envers la médecine nourrissaient une profonde inquiétude, amenant certains à percevoir ce traitement comme une source de souffrance supplémentaire plutôt qu’une véritable solution. Refuser l’AZT pouvait ainsi être aussi une manière de préserver un peu de contrôle face à une maladie et des traitements lourds, à une époque où les options thérapeutiques restaient rares.
Une avancée médicale arrivée trop tard
Malgré ces défis, cette période a aussi été le moteur d’une recherche acharnée, qui a conduit dans les années 1990 à l’arrivée de traitements antirétroviraux combinés, plus efficaces et mieux tolérés.
Mais cela est arrivé trop tard. Sa mort a marqué la fin d’une vie à la fois empreinte d’un immense talent et marquée par de lourds combats personnels contre la stigmatisation, la souffrance et contre lui-même.