
Loup Folie – – Lançon (Image : Wikimédia)
Un débat prend de l’ampleur dans la communauté LGBT ces derniers temps, et concerne son appellation-même. En effet, plusieurs acteurs et membres de la communauté réfléchissent à dissocier le T du sigle initial LGBT afin de clarifier les différentes identités et orientations possibles. Mais est-ce qu’ostraciser une communauté entière de sa bannière constitue pour autant une solution ?
Ce clivage semble se confirmer depuis plusieurs années. Par exemple, l’association LGB International (https://www.lgballiance.fr), fondée il y a plus de cinq ans, rejette tout lien avec la lutte transsexuelle, en opposition à l’association historique Stonewall (https://www.stonewall.org.uk). Elle met en avant que l’orientation sexuelle n’engage aucune médicalisation et est un combat d’acceptation purement cisgenre, à dissocier donc des transidentités. Ses membres rejettent également la terminologie queer, qu’ils trouvent trop floue pour se rapporter à leur cause. En somme, ils pensent que la communauté trans s’est greffée aux revendications des causes LGB, a posteriori.
Selon Stonewall, historiquement, il est vrai que la reconnaissance des droits LGB a été d’abord mise en avant, alors que les droits des personnes trans n’ont été abordés qu’à partir des années 2010 environ par la communauté internationale. Par exemple, l’association britannique lancée en 1989 est dédiée aux personnes lesbiennes, gais et bisexuelles avant de défendre officiellement l’inclusion de la transidentité à partir de 2015.
Néanmoins, bâtir une frontière entre ces deux mouvements risque moins de profiter que de nuire à ces communautés. En effet, ne plus faire front commun avec un groupe qui est depuis plusieurs années au centre des débats de société, comme la prise en charge des frais de médicalisation ou leur catégorisation dans le domaine du sport par exemple, tend à le décrédibiliser encore plus. Ainsi, le faire sortir d’une mouvance LGB, désormais établie dans les mœurs, ne l’aiderait pas à obtenir bien de cause. D’autant plus que plusieurs personnalités ont contribué à changer les mentalités sur ces deux fronts: je pense notamment à Sylvia Rivera, militante trans, hispanique et « queer » des années 1970, qui co-fonda l’organisation S.T.A.R. (voir Wikipédia) chargée d’héberger les jeunes « queer » en situation de précarité.
De plus, les pratiques d’exclusion sociale et de violence subies par ces deux communautés sont très semblables, ce qui devrait davantage motiver leur union que leur séparation. Une solution à faire maturer consisterait à développer un débat sur les différences fondamentales entre ces luttes, tout en développant leur objectif final : la remise en cause de normes de genre et de sexualité imposées. Car au-delà de la médicalisation, ces deux causes sont unies par ce même but et gagnent en visibilité à être ensemble.
Peu importe l’issue qui va découler de ce débat, ces deux communautés ne doivent pas oublier qu’elles ciblent l’inclusion collective et non une segmentation des causes qui, bien que différentes, doivent permettre au plus grand nombre de se sentir représenté, que ce soit sous une seule bannière ou plusieurs.