
Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
Quand un geste anodin peut mettre votre vie en danger
Quand l’un des gestes les plus anodins peut mettre votre vie en danger, il faut en parler et en être conscient.
Facebook Marketplace, un outil mortel pour certains
Marketplace, la plateforme de vente et d’achat de Facebook, comparable aux petites annonces du Journal de Montréal ou à Kijiji, est devenue ces derniers mois, pour certains, un outil mortel et, pour d’autres, un moyen de piéger et d’agresser des personnes homosexuelles. C’est ce qui est arrivé le 18 janvier dernier à un marine américain de 42 ans, Ryan Burke.
Le drame de Michael Ryan Burke sur Facebook Marketplace
Selon le magazine People, Michael Ryan Burke, 42 ans, vétéran décoré des Marines américains, a été abattu à son domicile de Columbia, dans le Missouri, alors qu’il pensait conclure une vente légitime d’un iPhone via Facebook Marketplace. Les faits se sont produits le dimanche 18 janvier vers 20 h 15. Touché par plusieurs balles, Burke a réussi à appeler le 911 pour signaler qu’un individu venu acheter son téléphone lui avait tiré dessus, fournissant au passage une description de ses agresseurs. En attendant l’arrivée des secours, il a également envoyé un message d’adieu à sa mère et à sa sœur, leur disant qu’il était en train de mourir et qu’il les aimait. Transporté à l’hôpital, il a succombé à ses blessures.
Arrestations liées au meurtre et aux vols sur Marketplace
L’enquête a conduit, deux jours plus tard, à l’arrestation de trois jeunes de 18 ans et d’un mineur, accusés de meurtre au second degré, de vol qualifié et de cambriolage. Selon la police, le groupe aurait ciblé plusieurs vendeurs d’iPhone contactés sur Facebook Marketplace dans les jours précédant le drame, utilisant parfois une arme à feu pour voler les appareils, ensuite revendus dans des bornes automatisées. Les messages retrouvés sur le téléphone de Burke montrent qu’il avait donné son adresse pour la vente d’un iPhone 15 Pro, peu avant que le suspect ne lui indique être arrivé.
Les risques de vendre un bien sur le web
Nous en sommes donc rendus là : on met un bien en vente sur le web et l’on risque de se faire tirer dessus, voire de se faire tuer, simplement pour une petite somme d’argent. Pourtant, il existe des moyens de se protéger, et donner son adresse personnelle n’est absolument plus recommandé.
Conseils pour sécuriser ses transactions en ligne
Les échanges devraient se faire dans des lieux publics très fréquentés, idéalement à l’intérieur, comme un centre commercial, un café achalandé ou, mieux encore, devant un poste de police, plusieurs services offrant désormais des zones sécurisées pour les transactions entre particuliers. Il est préférable de fixer les rencontres de jour, d’informer un proche de l’heure et du lieu du rendez-vous et, lorsque possible, de ne pas y aller seul.
Il faut aussi se méfier des profils récents, incomplets ou insistants, refuser toute pression pour conclure rapidement et privilégier les communications écrites à l’intérieur même de la plateforme, ce qui laisse des traces utiles en cas de problème. Pour les objets de valeur, comme les téléphones ou les appareils électroniques, il est recommandé de demander un paiement électronique sécurisé avant la rencontre ou d’effectuer la transaction dans un commerce qui permet de vérifier immédiatement le paiement.
Marketplace, un outil pour traquer les personnes homosexuelles
On se sert aussi de Marketplace pour traquer des personnes homosexuelles.
Les vols et les agressions sont déjà fréquents sur Marketplace, mais une réalité encore trop peu médiatisée concerne l’utilisation de cette plateforme pour cibler et agresser des personnes homosexuelles.
Les agresseurs exploitent généralement les codes mêmes des plateformes de petites annonces pour identifier et approcher des personnes homosexuelles sans attirer l’attention. Ils publient ou répondent à des annonces avec des profils crédibles, parfois soignés, et engagent une conversation apparemment banale autour d’un objet à vendre ou à acheter. Au fil des échanges, certains utilisent des sous-entendus, des formulations ambiguës ou des références culturelles connues dans la communauté LGBTQ+ pour établir une forme de connivence et confirmer l’orientation sexuelle de leur interlocuteur. Une fois la confiance installée, ils proposent une rencontre dans un lieu isolé ou privé, souvent sous prétexte de discrétion, ce qui permet ensuite l’agression, le vol ou le chantage.
Dans d’autres cas, des informations publiques issues du profil Facebook, comme les mentions « j’aime », les groupes suivis, les photos ou certains commentaires, suffisent à cibler une personne perçue comme homosexuelle. Marketplace devient alors un simple prétexte pour provoquer un rendez-vous. Ces méthodes reposent presque toujours sur la manipulation, la pression temporelle et l’illusion de normalité, ce qui rend le piège difficile à détecter.
C’est pourquoi les autorités et les organismes communautaires rappellent l’importance de limiter les informations visibles sur son profil, de privilégier des lieux publics très fréquentés pour toute rencontre et de se méfier des échanges qui dérivent rapidement du cadre strict de la transaction.
Comment éviter de se faire agresser lors d’une vente en ligne
Éviter de se faire agresser commence par adopter une posture de méfiance active, sans pour autant tomber dans la paranoïa. Lorsqu’une transaction est envisagée, il est essentiel de garder les échanges strictement centrés sur l’objet à vendre ou à acheter et de refuser toute tentative de discussion personnelle, de sous-entendus ou de glissements vers un autre registre. Donner son adresse personnelle expose inutilement : une rencontre doit toujours avoir lieu dans un endroit public, très fréquenté, bien éclairé et, si possible, sous surveillance, comme un commerce ou un poste de police.
La prudence passe également par la gestion de son profil en ligne. Limiter les informations publiques, vérifier les paramètres de confidentialité et rester attentif aux profils récents, incomplets ou incohérents permet de réduire les risques. Toute pression pour aller vite, pour changer de lieu à la dernière minute ou pour isoler la rencontre doit être perçue comme un signal d’alarme. Faire confiance à son intuition est fondamental : si quelque chose semble étrange ou inconfortable, il vaut mieux annuler, même au dernier moment. Enfin, garder en tête qu’aucune vente, aucun objet et aucune somme d’argent ne justifient de mettre sa sécurité physique en danger reste la règle la plus importante.
Mon expérience personnelle et recommandations pour sécuriser ses ventes
Dans mon cas, comme j’utilise les réseaux sociaux en toute transparence pour les publications de Gay Globe, un média ouvertement LGBT, il est évident que je m’expose en permanence à de possibles attaques, vols ou pire encore. C’est pour cette raison que je ne donne jamais rendez-vous chez moi pour vendre un bien. Lorsque l’objet est transportable, je me rends systématiquement au poste de police le plus proche ou au bureau de poste pour effectuer la transaction, une pratique d’ailleurs encouragée par les policiers. Tous les lieux publics fréquentés et surveillés par des caméras de sécurité peuvent convenir, comme un bureau gouvernemental ou une clinique médicale.
En revanche, lorsqu’il s’agit d’un meuble ou d’un bien difficile à transporter, trop lourd pour être déplacé par une seule personne, j’effectue d’abord une vérification approfondie du profil de l’acheteur. Je m’assure d’avoir son nom et son numéro de téléphone, dûment corroborés, avant de communiquer mon adresse. Je demande également à un ami d’être présent lors de la transaction.
Dans tous les cas, si le profil ne présente aucun historique ou semble uniquement destiné à masquer l’identité réelle de l’acheteur, je ne donne jamais suite.
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