Dans la peau d’un escorte trans FTM : Léo raconte sa réalité entre liberté et fragilité

JH

Arnaud Pontin (Image : IA / Gay Globe)

Gay Globe vous proposait récemment une série d’articles sur la prostitution et la vie des escortes masculines dans les pays occidentaux. Un sujet restait toutefois à traiter, car plus délicat et franchement plus difficile à publier, vu la nature beaucoup plus secrète et confidentielle de la vie de ces personnes. Voici le récit de Léo, escorte trans FTM de Longueuil, au sud de Montréal.

Léo est une personne trans FTM de 24 ans. Que signifie FTM ? Dans le monde trans, FTM signifie « Female to Male », soit une personne assignée femme à la naissance qui s’identifie et vit comme un homme. En français, on utilise aussi les expressions « homme trans » ou « transmasculin ». En bon français, il s’agit d’une fille de naissance qui effectue une transition pour devenir un homme.

Certains hommes trans n’ont plus de seins à la suite d’une chirurgie, mais très peu vont jusqu’à une opération complète des organes génitaux, car contrairement aux femmes trans, la viabilité fonctionnelle de l’organe reconstruit est rarement pleinement atteinte.

Léo m’accordait une entrevue par vidéoconférence il y a quelques jours et, à ma plus grande stupéfaction, il m’a été très difficile d’imaginer qu’il ait pu être une femme avant sa transition. Il est très beau, avec des yeux bleus clairs, une petite barbe de mec qui s’assume et, franchement, il était parfaitement à mon goût. Mais notre rencontre ne portait pas sur son apparence, mais sur sa profession d’escorte professionnel.

Léo explique que devenir escorte ne faisait pas partie de ses plans au départ. Après sa transition, il raconte avoir vécu une période très difficile où trouver un emploi stable relevait presque de l’impossible. Malgré son apparence masculine assumée, plusieurs employeurs semblaient mal à l’aise lorsqu’ils apprenaient qu’il était trans. Les regards changeaient, les appels ne revenaient plus et, peu à peu, il s’est retrouvé isolé financièrement.

Au début, il dit avoir vu le travail du sexe comme une solution temporaire. Internet lui a permis d’entrer en contact avec une clientèle curieuse, souvent attirée par son identité trans FTM. Rapidement, il a découvert un milieu plus complexe qu’il ne l’imaginait. Certains clients étaient respectueux, attentionnés et cherchaient simplement une présence humaine sans jugement. Avec eux, Léo affirme avoir retrouvé une certaine confiance en lui, particulièrement après des années à détester son corps avant sa transition.

Il raconte aussi les bons côtés du métier : l’argent rapide, l’impression de reprendre le contrôle de son image et la possibilité d’imposer ses propres limites. Contrairement à plusieurs emplois traditionnels qu’il occupait auparavant, il pouvait choisir ses horaires et ses rencontres. Certains clients revenaient régulièrement et développaient même une forme d’attachement émotionnel avec lui. « Des fois, j’avais plus l’impression d’être psychologue qu’escorte », dit-il en riant.

Mais les bas ont été nombreux. Léo parle de la solitude immense qui accompagne souvent cette profession. Il cache encore son métier à une partie de sa famille et à plusieurs amis. Il mentionne également les clients fétichistes qui ne le voyaient pas comme un homme, mais comme une curiosité sexuelle. « Ça, c’est ce qui fait le plus mal », confie-t-il. « Quand quelqu’un paie pour te voir, mais refuse quand même de respecter qui tu es réellement. »

Il dit aussi avoir vécu des situations inquiétantes : des rencontres annulées à la dernière minute dans des endroits douteux, des clients agressifs ou des hommes incapables d’accepter ses limites. Depuis quelques années, il filtre énormément ses rendez-vous et refuse plusieurs demandes qui lui donnent un mauvais pressentiment.

Léo avoue n’avoir jamais subi de violence ni de viol, mais certains clients se révèlent être des manipulateurs qui aimeraient l’utiliser comme une bête de cirque. « Ils se proposent comme agents, mais en réalité ce ne sont que des souteneurs déguisés qui veulent faire du fric avec ce que je suis. Mais cela est très rare, et je m’enfuis très rapidement devant ces personnes. »


Entre réalité et avenir

J’ai demandé à Léo s’il avait l’intention de faire ce métier encore longtemps et, en personne très réaliste face à l’apparence et à l’âge, il est conscient qu’il ne conservera pas sa beauté de jeune homme encore bien longtemps. La nature étant ce qu’elle est, le corps d’un homme trans est souvent imprévisible, et sa principale crainte est que les attributs qui le rendent attirant le quittent. Les personnes trans FTM ne connaissent jamais leur avenir esthétique, ou presque.

Il a fallu beaucoup de courage à Léo pour m’accorder une entrevue sur un tel sujet à visage découvert. Son prénom est évidemment fictif pour protéger sa vie privée, mais nous espérons que son expérience puisse démystifier un aspect très secret de la vie d’escorte trans FTM.

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