DES CONTINENTS DE DIFFÉRENCES

Roger-Luc Chayer

C’est en travaillant au quotidien dans la recherche et l’analyse de nouvelles internationales sur les LGBT que je peux prendre le pouls des tendances et des orientations des pays et des sociétés de la planète et de l’évolution, ou pas, de la normalisation des orientations sexuelles. Toutefois, depuis deux ans et particulièrement depuis le début de l’année 2021, je remarque que le fossé se creuse de plus en plus entre les sociétés dites « occidentales » et certains pays africains ou asiatiques. Faire le tour du fil de presse permet d’en voir les aberrations. Par exemple, en ce début juillet, voici quelques exemples de titres qui en disent long sur le travail d’enseignement qu’il nous reste à faire.

« Yoff: Un homosexuel tombe dans un piège » (Remwi.com)
Dans ce média sénégalais, on raconte l’histoire d’un groupe de jeunes qui s’est organisé pour capturer un homosexuel, le battre, l’humilier et l’attacher, pour contacter la police et le remettre aux autorités, rien que parce qu’il était gai. L’article se moque presque de la victime, car dans ce pays d’Afrique, l’homosexualité est encore considérée comme une dépravation. L’article conclut toutefois que les trois jeunes ont aussi été transportés au poste de police, avec leur victime, sans mentionner si des accusations allaient être portées contre eux.

« Parcelles: un homosexuel arrêté pour avoir harcelé et proposé de l’argent à des jeunes pour satisfaire sa libido » (Pressafrik.com)
Un prédateur a été mis aux arrêts par la Brigade de recherche du commissariat des Parcelles Assainies. Cheikh Diagne, qui a des penchants homosexuels, ciblait des jeunes pour leur proposer de l’argent en échange d’ébats sexuels. Il a été mis à la disposition de la Section mœurs du commissariat central de Dakar le 4 juin dernier alors que la population voulait le lyncher. Ce simple extrait du premier paragraphe de l’article est d’une évidence déconcertante quand on pense que ce sont là les propos d’une personne qui se présente comme journaliste!

«Les USA veulent amener le Cameroun à lever l’interdiction de l’homosexualité» (Actu Cameroun)
Lors d’une émission ce vendredi 25 juin 2021 sur ABK radio, une station privée émettant depuis Douala au Cameroun, le politologue Moussa Njoya relance le débat sur la sexualité du nouvel ambassadeur des États-Unis au Cameroun. Pour cet analyste, le pays de Joe Biden veut imposer cette pratique de sexualité à notre pays.

Encore ici, le journaliste se place en juge moralisateur exigeant que l’ambassadeur des États-Unis au Cameroun soit expulsé parce qu’il voudrait imposer une pratique sexuelle, plutôt que d’expliquer que l’orientation sexuelle est une question d’identité, pas nécessairement de sexe.

Les exemples fusent de partout quant à cette sorte d’incompréhension, voire de discours qui ressemblent étrangement aux discours des prédicateurs américains qui se font une joie d’aller civiliser l’Afrique, même en 2021. Le Président Biden a raison de lier l’aide internationale à l’évolution des droits des LGBT, car en 30 ans, il faut admettre que les choses sont loin d’avoir évolué. La Fierté gaie, c’est aussi de savoir expliquer qui nous sommes, de gré ou de force.