Roger-Luc Chayer
Immédiatement après sa condamnation à plus de 40 000$ par le Tribunal des droits de la personne du Québec, dans l’affaire l’opposant au jeune Jérémy Gabriel, Mike Ward a crié à la violation de SA liberté d’expression et a immédiatement annoncé qu’il allait en appel de la décision, au mépris des conséquences que pourrait avoir pour Jérémy Gabriel la poursuite de ce débat.
Mike Ward et ses sympathisants auraient intérêt à se faire expliquer un peu, et vite, les règles légales de conduite du pays dans lequel nous vivons.
Le problème avec Ward est qu’il se croit sincèrement et totalement au-dessus des lois qui régissent la vie en société. Il pense que sa vie, son art, ses spectacles, ses opinions et son imagination le placent au-dessus des autres, au-dessus de la Charte québécoise des droits et libertés, au-dessus du Code civil et au-dessus des tribunaux. Mais c’est faux. Il n’est au-dessus de rien! Quelqu’un devrait lui expliquer que les lois s’appliquent à toutes et tous, et qu’elles sont le résultat d’un consensus que l’on nomme «État de droit».
Mike Ward a personnalisé des attaques contre un mineur atteint d’une différence physique visible. Il a traîné le nom de sa victime dans un show dégradant qu’il a présenté à des centaines de reprises malgré une opinion publique négative. Il a fait beaucoup d’argent sur le dos d’un gamin infirme, identifié par son nom en plus. En cela, il violait la Charte québécoise qui nous protège contre les discriminations basées sur le handicap. Il a aussi violé la Charte qui protège l’honneur et la dignité de TOUS les Québécois.
Jérémy avait déjà de nombreux défis à relever dans sa vie.
Il n’avait pas besoin, en plus, de la destruction de l’estime de soi occasionnée par l’humiliation de se faire traiter de la sorte.
Et voilà que Ward crie au précédent judiciaire, à une toute nouvelle jurisprudence et à la violation de SA liberté d’expression. L’erreur qu’il fait est de croire que SA liberté d’expression lui permet de dire tout ce qu’il veut. FAUX. Le concept de liberté d’expression est encadré par nos lois et par la jurisprudence. On peut dire ce qu’on veut, mais pas n’importe comment! Par exemple, est-ce qu’il pourrait invoquer SA liberté d’expression s’il demandait pendant un spectacle aux Hells d’aller tuer, le plus sérieusement du monde, une personne qu’il déteste? Absolument pas Il s’agirait d’une violation du Code criminel qui interdit les menaces et le meurtre.
Mike Ward mélange tout car il ne connaît rien. Il a été condamné par le Tribunal des droits de la personne parce qu’il viole nos lois. Sa liberté d’expression continue d’exister, il va simplement devoir apprendre à s’en servir. On ne peut invoquer la liberté d’expression d’une part et s’en servir ensuite pour exécuter moralement une personne handicapée, mineure de surcroît, en mutilant l’honneur de sa victime sur la place publique.
La Charte des droits a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale, l’ensemble de tous les élus représentant les Québécois, le 27 juin 1975. Depuis ce jour, elle fait consensus et Mike Ward est peut-être la première personne qui demande à ce qu’elle ne s’applique pas à lui, alors qu’il fait fortune en violant ses valeurs les plus fondamentales.