
Par: Carle Jasmin
Image: Pixabay
On en parle beaucoup dans les médias cette année : les emplois d’été pour les étudiants sont extrêmement rares, et de nombreux jeunes ont recours à des pratiques plus ou moins légales, comme la revente de cigarettes, de vapoteuses, de certaines drogues et, dans plusieurs cas, la location de leur corps.
Les annonces sur les réseaux sociaux spécialisés, non seulement pour hommes homosexuels mais aussi, de plus en plus, sur de grands sites d’escortes au Canada, attirent l’attention parce qu’elles mettent en scène des garcons de plus en plus jeunes. On peut parfois se demander si certains d’entre eux ne sont pas mineurs.
Dans le cadre de mes recherches pour cet article, j’ai contacté plusieurs jeunes, à visage découvert, en précisant que je souhaitais les rencontrer en personne ou par vidéoconférence pour un reportage dans Gay Globe, afin de faire connaître leur réalité. Mon choix s’est finalement arrêté sur Gab (prénom fictif pour protéger son identité), 18 ans, qui est forcé de faire de l’escorte à Montréal, car il n’a tout simplement aucun autre choix. Mais qu’est-ce que faire de l’escorte, au juste ? Faire de l’escorte, c’est vendre un peu de soi, parfois son corps, mais souvent bien plus encore. C’est offrir de la compagnie à des inconnus qui, pour une heure ou une nuit et quelques dizaines de dollars, veulent combler un vide, avoir une relation sexuelle. Pour celui qui s’y résout, c’est souvent une question de survie, un dernier recours quand tout le reste a échoué. Derrière chaque rencontre, il y a un jeune qui aurait peut-être préféré un autre chemin.
C’est le cas de Gab, qui cherche un emploi régulier depuis février. Partout où il allait, on lui promettait de le rappeler. Il a envoyé au moins 35 CV par courriel, sans jamais recevoir la moindre réponse. Beau garçon, jeune, très sportif, il a entendu par des amis que plusieurs rencontraient des hommes matures, parfois pour 80 $ ou 250 $ de l’heure, selon la beauté et l’ouverture d’esprit quant à la tolérance sexuelle. L’idée lui est alors venue d’essayer de s’annoncer sur un site gay connu, et dès la première heure, il recevait près de 60 messages.
« Au début, j’ai vraiment eu peur, j’avais des papillons à l’idée d’aller voir un bonhomme que je ne connaissais pas et c’est ce que je lui ai dit en arrivant chez lui. Heureusement, je suis tombé sur un gars très correct qui m’a dit qu’il allait faire seulement ce que j’avais envie de faire, rien de plus. Il m’a mis en confiance et, malgré mon manque d’expérience avec les hommes, je n’ai pas trouvé ça traumatisant pour 100 $, au contraire même », raconte le garçon aux yeux d’un bleu méditerranéen. Le problème, c’est que tous les clients ne sont pas aussi compréhensifs. Un autre garçon à qui j’ai parlé par vidéoconférence, dont je tairai le nom, m’a confié qu’il avait carrément été violé et frappé dès son entrée chez un client. Il pensait y laisser sa vie.
Si les jeunes en sont rendus à prendre de telles décisions, c’est à cause de l’état de l’économie, et on ne peut que comprendre leur désir de gagner un revenu. Quelques mesures élémentaires de prudence s’imposent toutefois : toujours prévenir un ami de confiance du rendez-vous et de l’endroit, même par simple texto, pour laisser une trace. Ensuite, se fier à son instinct et non à son portefeuille pour juger si un client est sécuritaire et, enfin, ne jamais accepter — quitte à rembourser le client — de poser ou de faire quelque chose qu’on ne souhaite pas, comme une relation sexuelle non protégée.