Internet en crise : vers une implosion mondiale sous le poids des mensonges

Sociaux

Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)

Rien ne va plus sur la planète des réseaux sociaux

Rien ne va plus sur la planète des réseaux sociaux, alors qu’une enquête récente révélait que plus de 20 % du contenu diffusé sur YouTube, une propriété de Google, aurait été généré par intelligence artificielle et ne correspondrait à aucune réalité tangible.

L’ensemble des réseaux sociaux est désormais touché par cette gangrène, en train de transformer l’écosystème de l’information en de véritables sables mouvants. Cette dérive remet en cause tout ce que l’humanité a construit jusqu’ici en matière de connaissance et de vérité, en parvenant notamment à convaincre des millions de personnes que la Terre est plate, que l’homme n’a jamais marché sur la Lune, que le VIH n’existe pas ou encore que les changements climatiques seraient une invention de militants « wokes » subventionnés pour propager de fausses informations.

Threads, champion de la désinformation

Champion de la désinformation appartenant à Meta (Facebook, Instagram), le plus récent membre de la famille publie, à coups de millions de messages — environ 100 millions par jour — absolument n’importe quoi.

Depuis 30 jours, j’ai observé de façon précise la nature et l’origine des messages diffusés sur ce réseau social et, selon mon estimation, plus de 50 % de ce qui y est publié est faux. Quant à l’autre moitié, la corroboration s’avère si complexe que, jusqu’ici, je n’ai réussi à confirmer qu’environ cinq publications sur les centaines analysées.

Selon ChatGPT, “le taux élevé de désinformation et de fausses nouvelles sur Threads s’explique d’abord par l’architecture même de la plateforme et par les choix stratégiques opérés par Meta lors de son lancement. Threads a été conçu comme un espace de conversation rapide, très fortement interconnecté avec Instagram, favorisant la viralité, la réaction instantanée et la circulation de messages courts, souvent publiés sans vérification préalable. Ce type d’environnement privilégie la vitesse et l’émotion au détriment de la contextualisation et de la rigueur informationnelle, deux éléments essentiels à la fiabilité des contenus.

À cela s’ajoute l’absence initiale de mécanismes robustes de modération proactive et de vérification des faits. Cette relative permissivité a créé un terrain favorable à la propagation de contenus trompeurs, approximatifs ou volontairement mensongers, notamment dans les domaines politiques, scientifiques et sociétaux.

L’algorithme de recommandation joue également un rôle central. Comme sur d’autres plateformes sociales, il tend à amplifier les contenus suscitant de fortes réactions, qu’il s’agisse d’indignation, de peur ou de confirmation de croyances préexistantes. Or, la désinformation est particulièrement efficace pour capter l’attention, simplifier des enjeux complexes et offrir des récits clivants. Dans ce contexte, les contenus factuellement faux mais émotionnellement puissants bénéficient d’une visibilité disproportionnée.”

YouTube, un vecteur majeur de fausses informations

Plusieurs experts en vérification factuelle révélaient récemment que la plateforme vidéo YouTube, appartenant à Google, comportait un nombre effarant de fausses informations et de vidéos créées par intelligence artificielle, à tel point qu’ils estimaient que jusqu’à 30 % du contenu diffusé était faux ou mensonger.

Le journal britannique The Guardian publiait déjà en 2022 un appel à la vigilance adressé aux autorités afin de mieux encadrer ce qui est diffusé sur YouTube. Dans une lettre ouverte signée par 80 organisations internationales, on mentionnait alors : “YouTube est un vecteur majeur de désinformation dans le monde, selon une coalition de plus de 80 organisations de vérification des faits, comme Full Fact (Royaume-Uni) et le Fact Checker du Washington Post. Dans une lettre adressée à la PDG Susan Wojcicki, ces groupes dénoncent la diffusion sur la plateforme de contenus mensongers, notamment liés au Covid-19 et à la théorie de la fraude électorale américaine. Ils estiment que YouTube permet à des acteurs malveillants de manipuler les utilisateurs, et que les mesures actuelles sont insuffisantes.

La coalition demande à YouTube de financer des recherches indépendantes sur la désinformation, d’ajouter des liens vers des réfutations dans les vidéos trompeuses, d’empêcher ses algorithmes de promouvoir les récidivistes, et de renforcer la lutte contre la désinformation dans les contenus non anglophones. Ils soulignent particulièrement le problème dans le « Sud global » (Amérique latine, Asie, Afrique), où la désinformation est très présente.

YouTube affirme avoir investi dans des politiques pour limiter la diffusion de contenus trompeurs, notamment en supprimant les vidéos violant ses règles, comme celles sur les vaccins Covid.” Toutefois, en 2025, la diffusion de vidéos faites artificiellement avait explosé.

Facebook, un géant aux fausses promesses

Facebook, appartenant à Meta comme Threads et Instagram, est le plus important réseau social au monde. Selon les dernières statistiques disponibles en 2025 :

Plus de 350 millions de publications sont créées chaque jour sur Facebook à travers le monde. Cela inclut les statuts, photos, vidéos, liens, et autres types de contenus partagés par les utilisateurs.

En termes d’interactions (likes, commentaires, partages), le total quotidien dépasse souvent les 1,5 milliard. Ces interactions traduisent l’engagement des utilisateurs avec les contenus publiés.

Facebook compte environ 2,9 milliards d’utilisateurs actifs mensuels, dont une large majorité se connecte quotidiennement, ce qui contribue à ces volumes très élevés.

Je ne sais pas si, comme moi, vous l’avez remarqué récemment, mais ce réseau social est devenu le maître de la diffusion de fausses informations politiques et médicales. Des milliers de comptes diffusent en continu des nouvelles sur toutes sortes de conditions médicales, suscitant des millions de réactions. Tout y passe : on aurait réussi à guérir le cancer, à faire repousser les cheveux, à éradiquer le VIH, à faire repousser les dents naturellement. Le pire, c’est de lire les réactions des gens qui se réjouissent et ne cessent de partager partout ces faussetés.

Facebook prétend avoir mis en place des mécanismes et des algorithmes pour filtrer les comptes diffusant de la fausse information, mais je doute très fortement de cette affirmation. Mon fil d’actualité quotidien comporte, au moment où je rédige cet article, une nouvelle sur la nouvelle tournée de Céline Dion (fausse), une annonce d’un laboratoire américain affirmant pouvoir renverser tous les dommages aux poumons causés par la cigarette (fausse), une rumeur selon laquelle Céline Dion menace Sony de poursuites judiciaires (fausse), ou encore l’idée que des orques porteraient des saumons morts sur la tête comme des chapeaux (fausse). Et cela en moins d’une minute de défilement.

Grok, un scandale mondial

Le plus récent des réseaux sociaux appartenant à Elon Musk est impliqué depuis quelques semaines dans une vaste enquête internationale alors que l’outil d’intelligence artificielle lié au réseau X est accusé de créer et de propager des vidéos faites artificiellement montrant de la pornographie infantile.

Selon The Guardian, la mère de l’un des fils d’Elon Musk a déclaré s’être sentie « horrifiée et violée » après que des fans du milliardaire ont utilisé son outil d’intelligence artificielle, Grok, pour créer de fausses images sexualisées d’elle en manipulant de vraies photos.

La scénariste et stratège politique Ashley St Clair, qui s’est éloignée de Musk après la naissance de leur enfant en 2024, a confié au Guardian que les partisans du propriétaire de X utilisaient cet outil pour créer une forme de revenge porn, allant jusqu’à déshabiller une photo d’elle lorsqu’elle était enfant.

Grok a été vivement critiqué par les législateurs et régulateurs du monde entier après qu’il a été révélé qu’il avait été utilisé pour déshabiller virtuellement des images de femmes et d’enfants, les montrant dans des positions sexualisées compromettantes. Ces abus sexuels massifs consistent en des utilisateurs de X demandant à Grok de manipuler des photos de femmes entièrement vêtues pour les représenter en bikini, à genoux, et couvertes de ce qui ressemble à du sperme.

Des solutions pour remettre le web sur le droit chemin

La Chine et la France ont bien tenté de mettre en place des mécanismes pour gérer, détecter et punir ceux qui diffusent de fausses informations, et cela marche particulièrement bien. L’exemple de la Première dame, épouse d’Emmanuel Macron, est éloquant. Faisant l’objet de rumeurs sur son genre depuis des années sur Internet, Madame Macron a obtenu l’arrestation de huit personnes conformément au code criminel français, et ces huit individus ont écopé de peines de prison.

Le hic est qu’il n’y a pas de règle universelle quant à l’usage du web. Internet a été rendu public à l’origine pour permettre un accès élargi à un réseau jusque-là réservé à des usages militaires et académiques. L’idée était de favoriser le partage d’informations, la collaboration entre chercheurs et institutions, et de stimuler l’innovation technologique en ouvrant ce réseau à un plus grand nombre d’utilisateurs. Ce passage vers une diffusion publique visait aussi à démocratiser l’accès à l’information et à créer un espace de communication universel capable de connecter diverses communautés à travers le monde, contribuant ainsi au développement économique, scientifique et social.

Mais nous n’en sommes plus du tout là. Le web est devenu un outil de propagation de faussetés et de haine.

L’un des moyens que certains groupes d’universitaires essaient de développer est de gérer le web exactement comme la route. Pour pouvoir conduire un véhicule routier, peu importe le pays, il faut un permis de conduire. La même chose pourrait être exigée pour circuler sur le web.

Si un permis de circuler sur le web devait être mis en place à l’international, son fonctionnement pourrait s’inspirer de celui des permis de conduire physiques, avec plusieurs étapes clés. Tout d’abord, il faudrait une formation standardisée à l’échelle mondiale pour sensibiliser les internautes aux bonnes pratiques numériques, comme la sécurité, la protection de la vie privée, la lutte contre la désinformation, et le respect des lois en vigueur. Après cette formation, un examen serait probablement nécessaire pour valider les connaissances acquises, permettant de délivrer un permis numérique unique, reconnu par les différents pays.

Ce permis servirait alors de preuve que la personne est apte à naviguer de manière responsable et sécurisée sur internet. Pour être contrôlé, il pourrait être lié à une identité numérique vérifiée, ce qui soulèverait des enjeux importants autour de la confidentialité et des libertés individuelles. Ce système pourrait aussi inclure des niveaux de permis, adaptés aux usages — par exemple, un permis basique pour la navigation et un permis avancé pour gérer des contenus, faire des transactions en ligne ou administrer des plateformes.

Pour garantir son efficacité, ce permis devrait être intégré aux infrastructures numériques mondiales, avec des mécanismes pour suspendre ou révoquer l’autorisation en cas de comportements nuisibles ou illégaux, tout en assurant une gouvernance transparente et respectueuse des droits fondamentaux. Ce modèle représenterait une tentative ambitieuse de régulation globale d’un espace aussi fluide et complexe que le web.

Ce concept serait relativement simple à gérer, comme pour les adresses IP. Pour mettre en place une telle technologie, il faudra convaincre les États que l’internet est sur le point d’imploser sous le poids de la désinformation et que l’outil, tel quel, n’est plus crédible. Pour le moment, cela reste à discuter.

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One comment to “Internet en crise : vers une implosion mondiale sous le poids des mensonges”
  1. Ce qu’il y a c’est que que le public s’est habitué à la désinformation et n’est plus en demande d’une information juste car il la trouve plate et sans saveur – voire anxiogène – alors que – comme le dit l’article – l’information manipulée possède une plus forte teneur en émotion, en surprise et en réaction, donc elle est plus fun pour les followers. les réseaux sociaux ont besoin de ces followers car ils vivent de la pub, plus y a de followers, plus les pubs se vendent cher, donc ils ne feront jamais rien qui pourrait faire baisser le nombre de followers. C’est d’ailleurs exactement le même problème avec la presse mainstream grand public, et ils ont commencé bien avant Internet et les réseaux sociaux, de nombreux journaux ne publient plus une information juste mais une information manipulée voire mensongère car elle possède une plus forte teneur émotive. Tant que les médias – quels qu’ils soient – vivront de la pub (et non plus des abonnements ou de la vente des numéros) ils seront enclins à manipuler le contenu et la vérité pour aller dans le sens de ce qu’attend le public, de ce qui lui plait ou de ce qui le fait réagir. Donc la terre est plate et pour longtemps !

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