JUSTICE: L’HOMOPHOBIE FAMILIALE

Par: Maître Claude Chamberland, avocat et médiateur accrédité à la Cour des Petites Créances

Un jugement du 12 janvier 2021 de la Cour du Québec, Chambre de la jeunesse, nous montre que hélas l’homophobie parentale demeure un problème encore aujourd’hui. Voici ce que rapportait le juge dans cette affaire :


« Les parents éprouvent des difficultés à accepter l’orientation sexuelle de leur fils. Durant son témoignage, le père ne parvient pas à reconnaître que son fils puisse être homosexuel. Il parle plutôt d’influence d’amis, d’appartenance à des gangs ou de mode. Les parents entretiennent un discours négatif à l’égard des amis de leur fils. La mère a mentionné vouloir renier son fils s’il ne change pas son orientation sexuelle.


Durant son témoignage, l’intervenant social rapporte les propos de la mère qui se disait prête à déshériter son fils dans la mesure où il ne changeait pas son orientation sexuelle. Elle souhaitait financer des organismes anti-LGBT.


Durant la matinée du 13 octobre 2020, le père et l’adolescent ont un conflit en lien avec la situation scolaire de ce dernier. Plus tard dans la journée, un second conflit survient en lien avec l’orientation sexuelle de l’adolescent. Les policiers doivent intervenir et le père est éventuellement mis en état d’arrestation pour voies de fait. Un interdit de contact entre le père et l’adolescent est alors imposé.


L’adolescent rapporte que ses parents peuvent l’insulter et le dénigrer. Il manifeste des comportements d’anxiété et demeure inquiet face à la situation de ses parents. Il souhaite les protéger malgré tout.


Face aux événements survenus le 13 octobre 2020, le père mentionne à l’intervenant social ne plus se souvenir s’il a frappé son fils. Il rapporte toutefois ne jamais avoir frappé son fils par le passé.
Durant son témoignage, le père est plus catégorique et rapporte ne pas avoir frappé son fils lors des incidents du 13 octobre 2020. Depuis le 16 octobre 2020, l’adolescent est hébergé par les parents de son ami.


Le 21 octobre 2020, le Tribunal leur confie l’adolescent. Lors de cette audition, les parents souhaitent le retour de leur fils à leur domicile, mais respectent le choix de ce dernier de demeurer à l’extérieur de la maison. Le 26 octobre 2020, l’adolescent informe l’intervenant social des difficultés vécues durant la fin de semaine. Sa mère lui a fait du chantage émotionnel par messages textes et appels téléphoniques. À de nombreuses reprises par la suite, la mère continuera à lui transmettre des messages condamnant l’homosexualité.


L’adolescent souhaiterait pouvoir éventuellement retourner vivre chez ses parents. Il considère qu’un tel retour pourrait être possible dans la mesure où les parents travaillent sur leur situation personnelle et leur communication ainsi que la compréhension et l’acceptation de son orientation sexuelle.


L’adolescent et la mère ont débuté un processus thérapeutique familial. L’adolescent est déçu quant à cette démarche puisque sa mère continue de lui transmettre ses reproches et exercer des pressions pour qu’il revienne à la maison. L’adolescent a éventuellement mis fin à ce service.

Depuis le 4 décembre 2020, l’adolescent peut compter sur le support d’un suivi thérapeutique individuel. Il mentionne apprécier ce soutien. L’adolescent a rapporté à l’intervenant social que sa mère a vidé son compte bancaire contenant presque 4000 $ d’économies. Elle lui a mentionné qu’elle lui remettrait l’argent à son retour à la maison. Lors d’une consultation avec le Docteur C, la mère a mentionné qu’elle n’avait plus de fils.


À plusieurs occasions, la mère continue de lancer des messages moralisateurs à son fils en lien avec son homosexualité et son possible retour à la maison.


Les parents demeurent méfiants face à l’intervention de la Directrice dans leur famille. Ils respectent difficilement les limites établies. Dans la mesure où il ne peut revenir à la maison, la mère croit que son fils devrait être placé en centre de réadaptation, malgré le fait que celui-ci ne manifeste aucun trouble de comportement sérieux.

La mère considère que les problèmes familiaux sont reliés à la routine de son fils et à sa cyberdépendance. À ce stade, les parents sont incapables d’identifier clairement les enjeux familiaux. Ils sont trop envahis par la situation et ne peuvent véritablement travailler à un processus de réparation avec leur fils.

Les recommandations présentées par la Directrice sont tout à fait justifiées. » S’ensuivent les mesures de protection établies par le Tribunal qui maintient le placement de l’adolescent chez les parents de son ami.


Mise en garde : La Loi sur la protection de la jeunesse interdit la publication ou la diffusion de toute information permettant d’identifier un enfant ou ses parents. Quiconque contrevient à cette disposition est passible d’une amende (art. 11.2, 11.2.1 et 135 L.P.J.).