L’ACCIDENT D’UNE VIE

Roger-Luc Chayer

On n’en parle pas assez depuis 30 ans, mais une proportion quand
même non négligeable de cas de transmission du VIH d’une personne
à une autre passe par les accidents de seringues. Je ne
vous parle pas ici de partage de seringues souillées ou potentiellement
infectées, mais bien d’une piqûre accidentelle, imprévue,
avec une seringue laissée à un endroit insoupçonné comme un
banc de parc, un siège de cinéma, un siège de bus ou de métro
ou au fond d’un sac que l’on décide de ramasser pour mettre aux
poubelles, et dont on ne connaît rien sur l’usager.
On pense naturellement tout de suite au VIH, mais il n’y a pas
que cette infection qui puisse être transmise par une seringue
fraîchement souillée. Il y a les hépatites, les herpès, les infections
cutanées, les ITSS et certains peuvent changer une vie si l’agent
contaminant parvient à entrer dans le système. C’est le genre d’accident
qui se produit à l’occasion avec le personnel de santé, les
ambulanciers, les pompiers ou encore les personnes qui doivent
manipuler des seringues dans le cadre de leur travail.
Heureusement, grâce à l’expertise de ces mêmes personnes de la
santé, il existe un protocole d’intervention rapide en cas de piqûre
accidentelle avec une seringue, peu importe qui est la personne
qui vient de s’en servir. En partant, il faut bien réaliser que toute
personne peut potentiellement être porteuse d’infections et de maladies
qui peuvent se transmettre par une seringue usagée. Il est
donc important d’éviter surtout la pensée magique en se disant que
la personne a l’air en santé, qu’elle n’est pas connue pour des problèmes
de VIH ou autres, car c’est dans la rapidité de l’application
du protocole de gestion de crise qu’il peut être efficace et surtout
qu’il peut sauver votre qualité de vie à long terme.

Sur le site Infirmiers.com, publié par le Groupe Profession Santé,
on publie un protocole très strict en cas de piqûre accidentelle qui
viendrait de se produire. Il faut nettoyer la plaie ou la peau lésée à
l’eau courante et au savon. Puis, la rincer et désinfecter de préférence
avec du Dakin® pur ou de l’eau de Javel à 0.1% pendant au
moins cinq minutes. En cas de projection sur les muqueuses ou les
yeux, rincer abondamment au sérum physiologique, ou à l’eau du
robinet (ordre de préférence) pendant cinq minutes.
Un suivi sérologique précis doit être effectué. Celui-ci comprend:
la réalisation d’une sérologie VIH, VHC et éventuellement VHB
(à noter, la vaccination contre l’hépatite B est obligatoire pour les
professionnels de la santé, sauf dans les situations de contre-indications
à la vaccination) dans les 8 jours suivant l’accident. Puis,
des contrôles sérologiques à 2 mois et 4 mois si un traitement postexposition
(TPE) est prescrit (comme c’est le cas si le patient est
séropositif au VIH). Le traitement post-exposition doit être commencé
le plus tôt possible après l’exposition au risque, dans l’idéal
dans les 4 heures qui suivent, et au plus tard dans les 48 heures.
Le risque de contamination dépend de trois facteurs principaux: la
gravité de l’accident d’exposition au sang, les caractéristiques du
patient source (comme une virémie élevée) et l’absence de traitement
post-exposition. Plus précisément, la probabilité de transmission
est directement liée à la profondeur de la blessure et au type
d’aiguille en cause. Par exemple, les piqûres par aiguille creuse de
gros calibre souillée de sang sont les plus susceptibles d’entraîner
une contamination. Seuls le sang ou les liquides biologiques contenant
du sang ont été à l’origine de cas prouvés de contamination.
La charge virale du patient est un facteur déterminant.

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