LE CÔTÉ SOMBRE DE LA PrEP

Selon: Philippe de Montigny et Valérie Ouellet / Radio-Canada

On l’appelle le médicament « miracle » : une petite pilule bleue, prise une fois par jour, qui permet de prévenir le VIH, même lors de relations sexuelles sans préservatif. Mais un an après l’approbation du médicament par Santé Canada, le coût élevé du Truvada et une hausse du nombre de cas d’infections transmises sexuellement soulèvent de nombreuses questions.

Mais récemment, des médecins ont aussi commencé à le prescrire de façon préventive à certains patients séronégatifs plus à risque de contracter le virus. On appelle ce traitement la prophylaxie pré-exposition (PrEP) et il permettrait d’éviter une infection au VIH dans plus de 99 % des cas. Parmi les milliers d’utilisateurs, deux individus ont été infectés au VIH malgré le fait qu’ils prenaient la PrEP quotidiennement : le premier cas est survenu à Toronto, l’autre à New York. Dans les deux cas, ils ont été touchés par des souches résistantes au Truvada.

L’usage préventif du Truvada a aussi un côté plus sombre. Les applications mobiles de rencontre destinées aux hommes comme Grindr et Scruff voient bon nombre d’internautes dire prendre de la PrEP et chercher des relations « bareback » ou « raw ». En d’autres termes, ils ne portent plus de préservatif, malgré le fait qu’ils risquent encore de transmettre ou de contracter d’autres infections sexuelles. « Le bareback, c’est certainement ce qui motive bien des gens à prendre de la PrEP », avoue Brian Greco. « Oui, je peux dire que je me sentais un peu plus libre », raconte Matthew Young, qui a participé à une étude clinique sur la PrEP l’an dernier. Selon lui, les relations sexuelles sans condom ne sont plus aussi effrayantes lorsqu’il prend le médicament.

Des chiffres obtenus par Radio-Canada auprès de Santé publique Toronto donnent froid dans le dos. Entre 2012 et 2016, le nombre de cas rapportés de gonorrhée (entre mars et novembre) a bondi de 52 %, de 34 % pour la syphilis et de 20 % pour la chlamydia. Nous comparons les neuf mois suivant l’approbation de la PrEP par Santé Canada à la période équivalente des années précédentes.

Dans un rapport de Santé publique Toronto publié l’an dernier, des données récentes révélaient que 9 cas de syphilis sur 10 étaient détectés chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. C’est pourquoi l’agence a lancé une campagne de sensibilisation sur Grindr et Scruff pour encourager l’utilisation des préservatifs. Ils ne sont pas les seuls à s’inquiéter : en 2015, une étude du Centers for Disease Control and Prevention (CDC) voyait aussi un lien entre l’usage préventif du Truvada et la hausse «alarmante» des infections parmi les hommes homosexuels et bisexuels.

Des augmentations semblables ont aussi été rapportées dans d’autres grandes villes nord-américaines, incluant Montréal, Vancouver, San Francisco et New York.

Après des décennies à vivre avec la peur constante de contracter le sida, prendre une pilule par jour et se savoir protégé « est une vraie libération », estime Stephen Low, un professeur d’université de 34 ans. Une liberté qui coûte cependant très cher : environ 1000 $ par mois. Une fortune pour ceux qui n’ont pas d’assurance privée. « Mes amis et moi qui prenons la PrEP avons tous de bons emplois avec des avantages sociaux. C’est certainement un privilège que nous avons », avoue Stephen Low.

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