LE «PINKWASHING» INVERSÉ

Roger-Luc Chayer

Dans le cadre de nos publications au Magazine Gay Globe, nous vous parlons et vous présentons régulièrement des dossiers sur le pinkwashing, ce phénomène qui consiste, pour une entreprise, à utiliser les symboles LGBTQ comme nos couleurs ou nos personnalités, pour faire croire en une réelle préoccupation pour nos droits sociaux, alors que dans les faits, il n’en est rien. Nous vous donnions récemment les exemples de Barilla et de Nike.

Or, dans la même veine, il existe aussi un phénomène purement Internet qui consiste à ouvrir une multitude de comptes sur les réseaux sociaux pour se faire passer pour des clients ou des consommateurs satisfaits d’un produit, d’un service ou pour diffuser des opinions favorables sur une politique ou quelque sujet que ce soit. Il s’agit du «similitantisme», qui est la traduction française de «astroturfing».

Selon le Journal La Presse (Mathieu Gobeil, 7 février 2020), «C’est extrêmement varié dans les formes. Ça peut être une manifestation où on paye des gens pour venir dans la rue. Ou encore la rédaction de beaucoup de fausses lettres de la part de prétendus citoyens envers des politiciens ou des journalistes». On a qu’à penser aux usines à trolls russes qui ont été très actives dans le cadre des élections américaines de 2016 menant à l’élection du président Donald Trump.

Or, ce phénomène qui n’est pas nouveau du tout est toutefois scruté de plus en plus par les législateurs, car il peut non seulement avoir des effets concrets sur les affaires et les activités d’individus ou de corporations, il peut aussi mener des politiciens à prendre des décisions qui ne reposeraient que sur des informations fictives.

Toujours selon le journaliste Mathieu Gobeil, «dans le domaine commercial, la pratique est illégale dans plusieurs pays, dont le Canada. Le Bureau de la concurrence l’assimile à de la publicité trompeuse ou à de la fausse représentation. Ainsi, en 2015, l’entreprise Bell avait reçu une pénalité de 1,25 million de dollars pour avoir encouragé ses employés à diffuser des critiques et des évaluations positives au sujet de ses applications dans les boutiques iTunes et Google Play sans préciser qu’ils étaient des employés de Bell.»

Même chose au sein des communautés LGBTQ. On peut constater des activités de similitantisme dans de nombreux domaines et particulièrement sur des sujets chauds ou délicats comme le sort réservé à des sous-groupes comme les parents gais, les aidants naturels de conjoints homos non unis ou mariés ou la question trans.

«Selon le Bureau de la concurrence, de façon générale, environ un tiers des critiques, avis ou recommandations que l’on retrouve en ligne sur des produits et des services sont faux; il appelle les consommateurs à la vigilance.» «Toutefois, quand la tactique sert à influencer les élus ou les fonctionnaires au sujet de décisions publiques, ce qui revient à des activités de lobbyisme déguisées, l’encadrement législatif manque. Les États qui ont légiféré contre le similitantisme l’ont fait uniquement dans la sphère commerciale.»

Comment détecter le similitantisme? Il faut garder un oeil critique sur tout ce qui circule et qui est publié sur les réseaux sociaux. Quand on lit des opinions qui sont toutes similaires et unanimes, sans mise en contexte ni objectivité apparente, on peut déjà se douter qu’il y a manipulation. Il reste à mettre à jour les lois pour reconnaître ces actes et les sanctionner, au bénéfice de tous.

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