LES VASES COMMUNICANTS

Roger-Luc Chayer

Dans tous les pays du monde, la pandémie actuelle suscite beaucoup d’impatience tant dans la recherche d’une plus grande liberté de circulation que dans la reprise normale de l’activité économique. Au Québec, comme dans le reste du Canada, le public s’est relativement bien comporté face aux mesures de confinement et au couvre-feu. C’est en se comparant avec la France, l’Italie ou le Brésil qu’on voit que les bonnes décisions ont été prises, même si parfois elles sont mal comprises et certainement mal expliquées.

J’ai décidé de partager avec les lecteurs le fruit de ma réflexion, et les raisons qui me poussent à respecter plus que jamais les consignes sanitaires. Le meilleur exemple qui me vient toujours en tête pour expliquer les mesures gouvernementales est le principe des vases communicants.

Il faut bien réaliser que depuis le début de toute cette aventure, l’objectif des gouvernements est de sauvegarder le système de santé afin qu’il ne s’écroule pas à cause des trop nombreuses infections nécessitant des soins aigus au même moment. Imaginons un peu si le Gouvernement du Québec avait décidé de laisser aller les choses, un peu à la manière du Brésil, et aussi un peu comme en France ou en Italie. Actuellement, le Québec compte environ 800 hospitalisations pour un peuple de huit millions, alors qu’en France pour 80 millions d’habitants, c’est 26,000 hospitalisations, en Italie, c’est encore pire avec presque 38,000 hospitalisations, on frôle la catastrophe. Vous voulez voir une catastrophe en temps réel? Le Brésil. On ne soigne plus les gens, il y a pénurie d’oxygène, pénurie d’anesthésiants alors on entube les patients éveillés pendant la procédure et attachés à leur lit. Certains patients sont entubés dehors, couchés sur un matelas sur les trottoirs autour des hôpitaux. C’est l’horreur!

Si notre gouvernement n’avait pas décidé d’être proactif et de chasser le virus au mieux, c’était pour éviter qu’un système de santé qui s’effondrerait ne déborde sur les fonctionnaires de l’État qui, eux, s’ils tombaient malades en trop grand nombre, pourraient mener à un défaut de gouvernance! Qui administrerait alors le réseau de la santé, l’aide sociale, les HLM, qui nettoierait les rues, ramasserait les poubelles?

Et ensuite, si les forces de l’ordre se mettaient à tomber malades en trop grand nombre, qui assurerait la sécurité de nos villes et territoires? Si les professeurs tombaient malades de façon dispro-portionnée, qui ferait l’enseignement en présentiel ou même à distance?

Tout est une question de vases com-municants. Si un pilier de l’État s’effondre, les autres suivront avec la même logique ET C’EST ÇA que les gouvernements du Canada et du Québec veulent éviter et avouons-le, on s’en tire assez bien si on se compare aux autres. Personne ne meurt de faim au Québec, personne n’est laissé pour compte au Canada, même si on trouve que le confinement est un peu long et que le couvre-feu nuit à plein d’industries, je suis encore chanceux de pouvoir m’en plaindre, car ailleurs, ce sont des centaines de milliers de morts le résultat, et eux n’ont plus le luxe de pouvoir se plaindre!