
Roger-Luc Chayer (Image : Méta IA / Gay Globe)
Le contraire du pinkwashing : quand les politiques DEI disparaissent
Qu’est-ce que le pinkwashing et son contraire ?
Le pinkwashing désigne une stratégie de communication par laquelle une organisation, une entreprise ou même un État met en avant un soutien apparent aux droits LGBTQ+ afin de redorer son image ou détourner l’attention d’autres pratiques controversées. Il s’agit d’un usage instrumental des symboles, discours ou actions liés à la cause queer, souvent limité à des campagnes marketing ou des gestes superficiels. Le terme souligne le décalage entre l’affichage public de tolérance et la réalité des politiques, produits ou comportements de ceux qui s’en revendiquent. Son contraire se manifeste dans l’annulation des politiques DEI.
Les politiques DEI : diversité, équité et inclusion
Les politiques DEI (Diversity, Equity, Inclusion) sont des cadres institutionnels visant à assurer que tous les individus, notamment ceux historiquement marginalisés, soient présents, traités avec justice et valorisés dans leur milieu. Elles identifient et corrigent les obstacles systémiques limitant l’accès ou la participation pleine et entière de certaines personnes, tout en cultivant un environnement où chacun se sent accueilli, respecté et capable de contribuer pleinement.
L’impact de l’annulation des politiques DEI
Sous l’influence du président Donald Trump, de nombreux gouvernements, entreprises et ministères aux États-Unis, au Canada et en Europe ont annulé les politiques DEI mises en place par le passé. Cette décision a des conséquences directes : les personnes issues de minorités sexuelles et culturelles se retrouvent confrontées à des discriminations à peine voilées dans leurs organisations. L’ambiance de travail se tend, le moral des employés diminue, et attirer ou retenir des talents diversifiés devient beaucoup plus difficile. Sans cadre clair, les vieux réflexes discriminatoires trouvent plus de place, créant un climat de méfiance. L’image de l’organisation s’en ressent également auprès du public et des partenaires.
Faut-il boycotter les entreprises qui abandonnent la DEI ?
Tout comme certains pays ont boycotté des produits américains après l’imposition de tarifs jugés illégaux par l’administration Trump, certains suggèrent de boycotter les entreprises qui abandonnent leurs politiques DEI pour les sanctionner là où elles ont failli. Aux États-Unis, des géants comme Meta, Walmart, McDonald’s, Ford, Cracker Barrel et Target ont modifié ou suspendu leurs initiatives DEI, citant rentabilité, réputation et pressions politiques.
Au niveau gouvernemental, l’administration Trump a signé deux décrets exécutifs en janvier 2025 ordonnant la suppression de toutes les politiques DEI fédérales, ce qui a entraîné la fermeture de bureaux dédiés et l’annulation de contrats liés à la DEI. À l’échelle locale, certaines institutions comme l’Arts Center of the Capital Region ont refusé des subventions fédérales en raison de ces restrictions. Même des écoles prestigieuses comme Harvard, MIT et Northeastern ont réduit ou supprimé leurs engagements DEI.
En revanche, certaines institutions européennes, comme la London Business School, l’ESSEC et Esade, ont renforcé leurs politiques DEI, les considérant comme un avantage concurrentiel et moral, avec un impact positif sur l’intérêt des étudiants.
Comment boycotter concrètement ?
Depuis environ un mois, tant pour le Groupe Gay Globe Média que dans mes affaires personnelles, je vérifie systématiquement si les entreprises et services que j’utilise disposent d’une politique DEI. Si l’entreprise n’en a jamais eu, cela m’importe peu. Mais si elle en avait une et qu’elle l’a annulée, j’évite de faire affaire avec elle. Cela inclut tout, de l’épicerie au bureau de poste, en passant par les services Internet, la téléphonie et les chaînes de télévision. Chaque matin, avec mon café, je vérifie le statut des entreprises que je vais croiser pour décider où je dépense mon argent.
Par exemple, au moment de rédiger cet article, je devais aller à Super C et passer au Canadian Tire pour acheter une buse d’arrosage. Pour vérifier leurs politiques DEI, j’ai utilisé ChatGPT : Super C, appartenant à Metro, ne possède aucune politique DEI documentée, tandis que Canadian Tire Corporation (CTC) a une politique DEI bien établie, sous l’appellation « Diversité, Inclusion et Appartenance ». CTC mène des enquêtes annuelles, organise des dialogues inclusifs et soutient des groupes de ressources pour ses employés. L’entreprise a même été reconnue comme l’un des « Meilleurs employeurs en matière de diversité au Canada » en 2025.
Enfin
Satisfait de ces recherches, je peux donc faire mes achats dans ces deux commerces en toute tranquillité, en ayant conscience de l’impact de mes choix. Vérifier la présence ou l’annulation des politiques DEI devient un geste simple mais puissant pour soutenir les entreprises responsables et envoyer un message clair à celles qui ne le sont pas.
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