Un magazine pour homosexuels, distribué dans les présentoirs de journaux gratuits de Montréal, expose des photos pornographiques crues et explicites accessibles au grand public. Les images proviennent d’un encart publicitaire du club vidéo Wega Vidéo, agrafé à la revue Être, dans lequel on peut voir des gros plans de sexes masculins ainsi que des couples homosexuels en pleine action, sans qu’aucune précaution ne soit prise pour masquer les parties intimes des figurants. La présence de ce contenu explicite dans un magazine gratuit soulève de sérieuses questions quant à la responsabilité éditoriale et à la diffusion de matériel érotique dans des lieux publics.
Grand malaise dans la communauté gaie
Au sein de la communauté gaie, la publication de cette publicité, qui compterait une vingtaine de pages, provoque un important malaise. « Quand des images sont distribuées dans le grand public, elles doivent être convenables, ce qui n’est évidemment pas le cas ici », affirme Laurent McCutcheon, président de Gai Écoute. Il rappelle que les éditeurs ont une responsabilité claire lorsqu’ils diffusent des publications non emballées, accessibles à tous. Selon lui, la vigilance s’impose particulièrement lorsque les revues ne sont ni placées dans une enveloppe scellée, ni installées en hauteur sur les présentoirs.
La question des mineurs et le cadre légal
La possibilité que des mineurs aient accès à ce type de contenu inquiète également Bernard Plante, directeur des communications à la Société de développement commercial du Village. « Si c’est gratuit, des mineurs peuvent tomber là-dessus. C’est délicat », souligne-t-il. Le règlement municipal est pourtant explicite : tout imprimé érotique doit être placé hors de la vue de la clientèle, à au moins 1,5 mètre au-dessus du plancher, derrière un écran, ou encore dans une pièce spécialement aménagée à cet effet. La diffusion observée contreviendrait donc aux règles en vigueur.
Réaction de l’éditeur du magazine Être
L’éditeur du magazine, André Gagnon, soutient que cet encart publicitaire n’aurait jamais dû se retrouver dans la revue. Il affirme avoir averti l’annonceur, avant l’impression, qu’aucun matériel publicitaire explicite ne serait accepté. Selon lui, l’impression de l’encart et celle du magazine auraient toutefois eu lieu simultanément, expliquant la situation. M. Gagnon assure également avoir demandé au distributeur de restreindre la diffusion aux lieux fréquentés par des personnes âgées de 18 ans et plus. Malgré cela, Le Journal dit avoir trouvé plusieurs exemplaires à la sortie d’un café, exposés à la vue de tous.
L’éditeur reconnaît avoir reçu plusieurs plaintes de lecteurs et affirme que des mesures ont été prises afin que ce type d’images ne soit plus diffusé à l’avenir. Le magazine Être, qui célèbre son dixième anniversaire, est publié douze fois par année et offert dans de nombreux cafés et restaurants de Montréal, ce qui accentue la portée et la sensibilité de la controverse.