POURSUITE JUDICIAIRE Deux géants du Village attaquent la Ville de Mtl!

Journal de Montréal

Poursuivie pour près de 2M$, Montréal se retrouve coincée entre deux propriétaires immobiliers bien connus qui se crêpent le chignon depuis 10 ans à propos d’un permis de vente d’alcool pour un bar du quartier gai.

Stephen Shiller, le fils du fondateur du Marché du store, et son partenaire immobilier Danny Lavy exigent 1,85M$ de la Ville de Montréal pour compenser des erreurs de leurs fonctionnaires dans le cadre de leur bras de fer avec Peter Sergakis. Sergakis et Shiller sont parmi les plus gros investisseurs individuels à Montréal. Leur fortune immobilière est estimée entre 100 et 300 millions de millions de dollars.

La requête a été signifiée le 27 juillet dernier à la Cour supérieure. Shiller et Lavy accusent les fonctionnaires de les avoir mal informés en leur disant qu’ils pouvaient avoir un permis d’alcool au 1450 Sainte-Catherine Est. En janvier dernier, un juge concluait en effet que l’immeuble ne bénéficiait pas du droit d’usage d’un permis d’alcool. L’immeuble acquis en 2005 par Shiller a abrité les bars de nuit Klok, Apollon, puis maintenant Code. Mais cet immeuble est plus connu de la communauté gaie à cause du bar le K.O.X. qui a sévi dans les années 1980. Shiller et Lavy assurent qu’ils n’auraient jamais acheté s’ils avaient su qu’ils ne pouvaient ouvrir un bar ou une discothèque.

Des fonctionnaires avaient pourtant accordé ce permis en 2002, 2007, 2009 et 2011. Mais selon le juge ils n’auraient pas dû, estimant que l’immeuble avait perdu en 1999 son droit acquis après des années d’inoccupation.

En 1999, des problèmes de bruit dans le quartier ont incité la Ville à imposer un espace minimal de 25 mètres entre les bars. Or, celui-ci était situé à moins de 25 mètres de la discothèque Sky appartenant à Peter Sergakis, deux immeubles à côté.

Sergakis est l’un des instigateurs de cette guerre juridique, qui sévit depuis l’achat de l’immeuble par Shiller il y a 10 ans.

«Quand j’ai ouvert le Sky en 2000, je me suis assuré à la Ville que cette place ne pouvait pas avoir de discothèque. J’ai perdu énormément d’argent à cause de cette concurrence déloyale», dit-il.

On sait que Shiller et Lavy ont porté la décision du juge en appel. Selon eux, l’immeuble détient toujours un droit acquis de permis d’alcool.

Ce qui veut dire que Shiller et Lavy jouent sur deux fronts. S’ils gagnent en appel contre Sergakis, ils conserveront leur permis d’alcool. Et s’ils perdent, ils pourront exiger une compensation à la Ville pour le permis perdu à cause de la présumée incompétence de leurs fonctionnaires.