
Roger-Luc Chayer (Images : Facebook de Guillaume Marois / https://www.facebook.com/guillaume.marois.5)
Qui est Guillaume Marois ?
Guillaume Marois est un chercheur en démographie reconnu pour ses travaux sur les projections de population, les migrations, le vieillissement démographique et les méthodes de microsimulation. Originaire du Québec, il a étudié la démographie à l’Université de Montréal avant d’obtenir un doctorat à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) en 2014.
Après son doctorat, il a effectué un stage postdoctoral à l’Université de Montréal avant de rejoindre l’International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA), un centre de recherche international basé en Autriche consacré aux grands enjeux mondiaux. Depuis 2019, il est également professeur à l’Asian Demographic Research Institute, où il poursuit ses recherches sur les changements démographiques à l’échelle internationale.
Ses principaux domaines de recherche incluent les projections démographiques, le vieillissement de la population et ses impacts économiques et sociaux, l’immigration et ses effets sur la dynamique démographique, la mobilité résidentielle, ainsi que les méthodes statistiques et la microsimulation démographique.
Au Québec, Guillaume Marois est notamment connu pour avoir cosigné avec Benoît Dubreuil l’essai Le Remède imaginaire – Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec (2011). Les auteurs y soutiennent que l’immigration seule ne peut pas répondre durablement à certains enjeux liés au vieillissement de la population et aux besoins du marché du travail. L’ouvrage a suscité un important débat public au Québec.
Sur le plan scientifique, Guillaume Marois est l’auteur ou le coauteur de nombreux articles évalués par les pairs et publiés dans des revues internationales. Ses travaux sont largement cités dans la littérature académique et utilisés dans des recherches en démographie et politiques publiques.
Il est reconnu pour ses contributions à la démographie quantitative, notamment dans le développement de modèles de projection démographique à long terme.
Une publication Facebook et ses références historiques
La communication sur les plateformes de réseaux sociaux peut donner lieu à différentes interprétations selon le contexte et le public. Certaines publications en ligne peuvent susciter des débats en raison des références qu’elles contiennent et du cadre dans lequel elles circulent.
Dans une publication Facebook provenant d’un compte présentant un montage reprenant l’apparence d’un média d’information et faisant référence à La Presse de manière parodique, un contenu incluant une référence au chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a été partagé. Le montage contenait également des éléments textuels faisant référence à une figure historique du XXe siècle.
Cet article porte sur la diffusion de cette publication et sur les réactions qu’elle a pu susciter dans l’espace public.
Il est précisé que la personne mentionnée n’est pas l’auteur du contenu original. L’article porte sur le fait qu’elle a choisi de le partager sur Facebook.
Qui était Pol Pot ?
Pol Pot (1925–1998), de son nom de naissance Saloth Sâr, était le dirigeant des Khmers rouges et le chef du Cambodge de 1975 à 1979. Animé par une idéologie communiste radicale, il cherchait à transformer le pays en une société agraire sans classes. Pour y parvenir, son régime a évacué les villes, aboli la monnaie, fermé les écoles et les hôpitaux, et forcé des millions de personnes à travailler dans des camps.
Son régime est responsable de l’un des pires épisodes de massacres de masse et de crimes contre l’humanité du XXe siècle. Les exécutions, la famine, les maladies et le travail forcé ont causé la mort d’environ 1,5 à 2 millions de Cambodgiens, soit près d’un quart de la population du pays. Le régime des Khmers rouges a pris fin en 1979 à la suite de l’invasion du Cambodge par le Vietnam.
Les crimes contre l’humanité commis sous Pol Pot et les Khmers rouges entre 1975 et 1979 sont considérés comme l’une des plus grandes tragédies du XXe siècle. En moins de quatre ans, environ 1,5 à 2 millions de personnes ont péri, soit près de 25 % de la population cambodgienne de l’époque.
Le régime a vidé les villes, supprimé la monnaie, fermé les écoles, les hôpitaux et les lieux de culte, et aboli la propriété privée. Des millions de personnes ont été déportées vers des camps de travail où elles ont subi des travaux forcés, la famine et des conditions de vie inhumaines.
Les personnes considérées comme des « ennemis du peuple » ont été systématiquement arrêtées, torturées puis exécutées. Les intellectuels, enseignants, médecins, fonctionnaires, religieux, minorités ethniques et toute personne suspectée d’opposition figuraient parmi les cibles privilégiées. Les témoignages historiques indiquent que le simple fait de porter des lunettes ou de parler une langue étrangère pouvait être interprété comme un signe d’appartenance à une élite intellectuelle.
Les milliers de fosses communes découvertes après la chute du régime, connues sous le nom de « Killing Fields », témoignent de l’ampleur des atrocités. Les crimes commis sous Pol Pot demeurent parmi les plus meurtriers de l’histoire contemporaine.
Après la chute du régime en 1979, le Cambodge a connu l’une des plus grandes crises de réfugiés de la fin du XXe siècle. On estime qu’entre 600 000 et 700 000 Cambodgiens ont fui le pays dans les années suivantes. Au plus fort de la crise, plus de 300 000 réfugiés vivaient dans des camps à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande.
Grâce aux programmes internationaux de réinstallation, plus de 500 000 Cambodgiens ont été relogés à l’étranger. Les États-Unis ont accueilli la plus grande communauté, avec plus de 150 000 réfugiés, suivis de la France avec environ 60 000. L’Australie en a accueilli entre 30 000 et 35 000, tandis que le Canada en a reçu près de 20 000.
Au total, le régime de Pol Pot a causé la mort d’environ 1,5 à 2 millions de personnes sur une population estimée à environ 8 millions d’habitants. Des centaines de milliers de survivants ont également été contraints de fuir le Cambodge pour reconstruire leur vie à l’étranger.
Compte tenu de l’histoire du régime de Pol Pot, de telles comparaisons peuvent être perçues comme particulièrement sensibles et potentiellement choquantes, notamment pour les survivants, leurs familles et la diaspora cambodgienne. Lorsqu’elles sont relayées dans l’espace public, elles peuvent également alimenter des débats sur la responsabilité liée à la diffusion de références historiques lourdes de sens.

Des millions de cambodgiens ont été exécutés par Pol Pot
Réactions de M. Marois
Après avoir pris connaissance d’une première version de l’article, M. Marois a réagi à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux et dans ses échanges avec le journaliste. Il a notamment utilisé un terme injurieux à son endroit, affirmé qu’il était « trop vieux pour les réseaux sociaux », remis en question sa décence, et évoqué la possibilité d’entreprendre des recours juridiques.
Au cours des échanges précédant la publication, M. Marois avait demandé l’ajout d’un paragraphe à l’article. Cette demande a été acceptée. Un droit de réplique lui a également été offert, mais il a choisi de ne pas s’en prévaloir. Par la suite, sur sa page Facebook, M. Marois a publié le message suivant :
« Croyez-le ou non, y’a un Roger-Luc Chayer qui n’a pas compris mon sarcasme et qui a pris le temps d’écrire un long article diffamatoire à mon égard. Il faut vraiment un âge limite aux réseaux sociaux. »
À la suite de cette publication, certains utilisateurs ont publié des commentaires à l’endroit du journaliste. Parmi eux, Kiki Caron a écrit : « ça prendrait au moins une certification en littératie », tandis que Danielle Boudreau a ajouté : « Et un QI minimum! ». Un commentateur a demandé à deux reprises de voir le lien menant vers l’article en question, mais ce lien n’a pas été fourni.
Ces commentaires ont été publiés par des tiers en réaction à la publication de M. Marois.
Soyons clairs : M. Marois et moi-même convenons que l’image en question va trop loin, mais là où nous divergeons concerne la manière de l’aborder. Il me semble que plutôt que d’insulter un journaliste, il aurait pu profiter de l’occasion pour orienter le débat là où il aurait dû se situer, à savoir : le fait de partager une image hautement controversée contribue-t-il à la renforcer plutôt qu’à la remettre en question de manière critique ?
Comprendre les poursuites-bâillons en droit québécois
Au Québec, une poursuite-bâillon (SLAPP, Strategic Lawsuit Against Public Participation) est une action judiciaire principalement intentée pour intimider, réduire au silence ou décourager une personne ou un média de participer à un débat d’intérêt public, plutôt que pour obtenir réellement réparation d’un préjudice subi.
Le Québec fait partie des rares juridictions en Amérique du Nord à avoir adopté une législation spécifique pour lutter contre ce type de recours. Depuis 2009, le Code de procédure civile du Québec permet aux tribunaux de mettre rapidement fin aux procédures qui constituent un abus du système judiciaire.
Une poursuite peut être considérée comme une SLAPP lorsqu’elle présente plusieurs des caractéristiques suivantes :
- les fondements juridiques apparaissent faibles ou visent surtout à imposer des coûts judiciaires élevés ;
- elle cible un journaliste, un média, un citoyen, un organisme ou un militant s’exprimant sur une question d’intérêt public ;
- les dommages réclamés sont manifestement disproportionnés par rapport au préjudice allégué ;
- son objectif apparent est d’intimider ou de décourager la critique ;
- le demandeur dispose de ressources financières nettement supérieures à celles du défendeur, créant un déséquilibre.
Les tribunaux québécois évaluent si une procédure est abusive. Une poursuite peut être jugée abusive lorsqu’elle est manifestement mal fondée, frivole, dilatoire ou constitue un détournement des fins de la justice. Si l’abus est démontré, le juge peut :
- rejeter la poursuite dès les premières étapes ;
- suspendre la procédure ;
- ordonner au demandeur de verser une provision pour les frais de justice ;
- condamner au paiement des honoraires extrajudiciaires et autres dommages ;
- dans certains cas, accorder des dommages punitifs.
Pour les médias et les journalistes, la protection contre les poursuites-bâillons est essentielle, car elle vise à préserver la liberté d’expression et la liberté de la presse, protégées par la Charte des droits et libertés de la personne et la Charte canadienne des droits et libertés.
Le simple fait qu’une personne évoque un recours judiciaire ne signifie pas qu’il s’agit d’une SLAPP. Seul un tribunal peut en décider selon les faits et le droit applicable.
L’auteur de cet article n’est affilié à aucun parti politique municipal, provincial ou fédéral.
L’auteur de cet article a consulté Me Claude Chamberland avant publication.