VIH : les nouvelles statistiques révèlent une réalité que peu de gens connaissent

VIH

Carle Jasmin (Image : IA / Gay Globe)

De nouvelles statistiques en Amérique du Nord et en Europe font état de chiffres alarmants concernant la propagation du VIH, mais plus particulièrement de l’augmentation du nombre de cas de sida dans nos pays. La bonne nouvelle est que, au sein de la population locale, les taux demeurent stables. En revanche, la situation est différente chez les migrants qui arrivent malheureusement au pays comme travailleurs temporaires ou comme réfugiés. Au sein de cette population, le taux de VIH est plus élevé, ce qui contribue à faire augmenter les moyennes nationales.

Dans la plupart des pays d’Amérique du Nord et d’Europe occidentale, le nombre de nouvelles infections par le VIH chez les personnes nées dans le pays ou établies depuis longtemps est généralement en baisse ou relativement stable depuis plusieurs années, grâce au dépistage, aux traitements antirétroviraux et à l’utilisation de la PrEP.

En revanche, les données de surveillance montrent que, dans plusieurs pays, une proportion croissante des nouveaux diagnostics concerne des personnes nées à l’étranger, notamment originaires de régions où la prévalence du VIH est plus élevée. Cette réalité contribue à maintenir, voire à augmenter, le nombre total de diagnostics dans certains pays, même lorsque la transmission locale diminue.

Le problème tient au fait qu’une partie de ces migrants était déjà séropositive avant son arrivée, tandis que d’autres contractent le virus en raison de leurs conditions sociales, de la peur de la stigmatisation qui les pousse à ne pas se faire dépister, ainsi que d’un accès parfois limité aux soins de santé. La situation varie également selon le pays d’origine et le contexte culturel.

Il est inutile, dans cet article, de mentionner les pays les plus touchés, car cela ne ferait qu’accentuer la stigmatisation, ce qui n’est pas le but de ce texte.

Les nouveaux cas de VIH chez les migrants, comme chez toute autre population, ont des répercussions économiques et sur les systèmes de santé. Il est toutefois important de les présenter avec nuance, car ces impacts découlent avant tout du besoin de soins et des obstacles à l’accès aux services, plutôt que du statut migratoire lui-même.

Sur le plan économique, le traitement du VIH représente un coût à long terme. Les personnes vivant avec le VIH ont besoin d’un suivi médical régulier, de traitements antirétroviraux, d’analyses de laboratoire et parfois d’une prise en charge de complications ou d’autres maladies. Ces dépenses sont généralement assumées en tout ou en partie par les systèmes publics de santé dans de nombreux pays occidentaux.

Lorsque le diagnostic est tardif, les coûts augmentent sensiblement. Une personne qui découvre son infection à un stade avancé peut nécessiter des hospitalisations, des soins intensifs et des traitements plus complexes que si le VIH avait été détecté précocement. Le dépistage précoce est donc non seulement bénéfique pour la santé, mais aussi plus économique pour les finances publiques.

Dans les systèmes de santé, une hausse du nombre de personnes vivant avec le VIH accroît la demande pour les services de dépistage, les cliniques spécialisées, les laboratoires, les médecins, les infirmières et les programmes de prévention. Si cette augmentation est importante, elle peut exercer une pression supplémentaire sur des ressources déjà limitées.

Plus largement, lorsqu’une personne n’est pas traitée rapidement, elle risque davantage de transmettre le virus. À l’inverse, une personne qui reçoit un traitement efficace et dont la charge virale devient indétectable ne transmet pas le VIH par voie sexuelle, selon le principe scientifique I = IIndétectable = Intransmissible »). Investir dans le dépistage et l’accès aux traitements permet donc de réduire à la fois les coûts futurs et les nouvelles infections.

Il ne faut pas conclure que les migrants représentent un « fardeau » économique. De nombreux migrants travaillent, paient des impôts et contribuent eux-mêmes au financement des services publics. Les coûts associés au VIH doivent être analysés sous l’angle de la santé publique : plus les personnes, qu’elles soient nées dans le pays ou non, ont accès rapidement au dépistage et aux traitements, plus les bénéfices sont importants, tant pour leur santé que pour les finances publiques.

Quels sont les avantages du dépistage précoce ?

Le dépistage précoce du VIH présente des avantages majeurs pour la personne concernée, pour la santé publique et pour les systèmes de santé.

Pour la personne, il permet de commencer rapidement un traitement antirétroviral. Aujourd’hui, ces traitements sont très efficaces : ils permettent à la plupart des personnes vivant avec le VIH de mener une vie longue et en bonne santé, avec une espérance de vie proche de celle de la population générale lorsque le diagnostic est posé suffisamment tôt.

Le dépistage précoce réduit aussi le risque de développer le sida et les infections opportunistes. Plus le traitement est instauré tôt, plus il protège le système immunitaire et diminue les risques d’hospitalisation, de complications graves et de décès.

Sur le plan de la prévention, une personne traitée efficacement peut atteindre une charge virale indétectable. Selon le principe scientifique I = IIndétectable = Intransmissible »), elle ne transmet plus le VIH par voie sexuelle. Le dépistage est donc un outil essentiel pour réduire les nouvelles infections.

Pour les systèmes de santé, un diagnostic précoce est également moins coûteux. Il permet d’éviter des hospitalisations, des traitements complexes et des soins intensifs associés aux formes avancées de la maladie. Les ressources peuvent ainsi être consacrées davantage à la prévention et au suivi ambulatoire qu’à la prise en charge des complications.

Le dépistage précoce facilite l’accompagnement des partenaires sexuels et des personnes potentiellement exposées, qui peuvent à leur tour être testées et, si nécessaire, bénéficier rapidement d’un traitement ou de la PrEP (prophylaxie pré-exposition). Cette approche contribue à freiner la transmission du VIH dans la population.

Il ne faut pas pointer du doigt les immigrants comme étant la cause de l’augmentation des cas de VIH. Il est plutôt essentiel de mieux informer les nouveaux arrivants, de favoriser l’accès au dépistage précoce et de leur permettre de recevoir les traitements auxquels toute personne a droit. Une telle approche contribue à protéger leur santé, à réduire la transmission du VIH et à renforcer l’efficacité des systèmes de santé.

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