TRUMP: L’EFFACEMENT IDENTITAIRE LGBT

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Par: Maître Claude Chamberland, avocat et médiateur accrédité à la Cour du Québec

Image: Générée électroniquement ©Gay Globe

Aux États-Unis, depuis l’accession au pouvoir du 47e président, l’administration ne se contente pas de couper les budgets des programmes EDI, mais supprime des centaines de millions de données numériques, incluant des sites web, des bases de données et des index d’accès par mots-clés maintenant interdits. 

Pour citer Anne-Marie Mailfert dans son excellent podcast sur France Inter: « Les chercheurs qui souhaitent être financés par l’État fédéral doivent maintenant éviter des termes comme « diversité », « inclusion », « femme », « LGBTQI », « changement climatique ». Imaginez : des scientifiques contraints de parler d’ouragans sans pouvoir mentionner le climat, d’étudier les inégalités sans pouvoir dire « femme » ou « racisme ». C’est Orwell qui rencontre Kafka dans un épisode de Black Mirror. Comprenez bien que sans données, il n’y a pas de diagnostic. Sans diagnostic, il n’y a pas de remèdes. 

Sans solutions, les inégalités s’enracinent et prospèrent. Supprimer les données, c’est empêcher la société civile, les féministes, les écologistes, et les politiques de comprendre la réalité et d’agir pour l’améliorer. C’est museler la recherche, cadenasser le débat, fabriquer une réalité sur mesure pour servir une idéologie. » Cet effacement se fait déjà sentir : ne vous est-il pas arrivé, depuis deux ou trois semaines, de cliquer sur un de vos favoris et de tomber sur la fameuse mention « page not found »? Heureusement, certains chercheurs canadiens et américains ont eu le temps d’archiver numériquement une bonne partie de certains sites, mais il reste que les procédures légales requises pour leur restauration officielle n’auraient aucune portée extraterritoriale et demeureraient sans effet aux États-Unis. 

De plus, ces autodafés numériques, s’inscrivant dans une dynamique politique de démolition des séparations de pouvoirs, comme nos sociétés démocratiques les ont connues jusqu’à maintenant, il y a fort à parier que même les institutions judiciaires états-uniennes seront dorénavant inféodées au pouvoir présidentiel. Le Projet 2025, ça vous dit quelque chose ? 

Pour le moment, le Canada et le Québec sont préservés par leur souveraineté et leurs chartes des droits et libertés, mais pour combien de temps? D’une part, l’omnipotence des géants du numérique les place de facto au-dessus des lois de tous les pays, puisque même des mesures fortes prises par des gouvernements nationaux déterminés sont perçues, aux USA, comme des « barrières tarifaires » et sanctionnées par la nouvelle administration états-unienne. 

D’autre part, la virtualité de l’univers numérique le rend imperméable à des sanctions pénales rattachées à un concept de territorialité. Les outils juridiques traditionnels (injonctions, amendes, emprisonnement) se sont avérés, même au sein de l’État le plus judiciarisé du monde, inefficaces autant contre les politiques présidentielles que contre le Président lui-même. Il s’agit d’effacement et de visibilité, pour nos communautés comme pour tout ce qui contredit, ou est perçu comme contredisant, l’idéologie MAGA, qui semble maintenant viser des objectifs extra-territoriaux dans une idéologie conquérante. 

Pourrons-nous, au Canada et au Québec, résister à l’effacement de nos valeurs les plus fondamentales, mais surtout, à l’effacement des mécanismes judiciaires qui ont pour mission de les défendre? Chose certaine, il appartient à chacun de nous de poser les actes de résistance nécessaires à leur maintien et même à leur renforcement. L’enjeu n’est pas que juridique ou même politique. Il est civilisationnel…

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