Roger-Luc Chayer
Anto n’est pas son vrai prénom. Il a décidé de protéger son identité parce que tout le monde autour de lui, dans sa famille ou au travail ne sont pas au courant qu’il est atteint du VIH depuis 3 ans, suite à un dépistage tout à fait aléatoire à sa faculté universitaire de Montréal.
L’histoire d’Anto, 24 ans, est très intéressante, surtout du fait que c’est la première fois en 25 ans de journalisme spécialisé qu’un individu me parle de son aventure avec le VIH, mais dans une perspective tout à fait inusité et nouvelle. Son problème est qu’il ne sait pas comment remercier la société, les chercheurs, ses médecins, les militants et les médias gais pour avoir été là, avant lui, au bon moment de l’histoire pour qu’aujourd’hui, il puisse profiter relativement pleinement de la vie, grâce au fruit du travail des autres. Anto, plein de vie, me demande en entrevue «comment puis-je dire merci à tout ce monde? Je ne sais pas comment leur dire merci!», dit-il en frappant du poing sur la table!
Inusité, non? L’histoire d’Anto face au VIH n’est pas différente de la plupart des autres jeunes hommes qui contractent le virus dans le cadre d’une relation qu’ils pensaient exclusive. «Il y a trois ans on ne parlait pas trop de la PrEP et de tout ce qui tourne autour de ce traitement préventif, on n’avait pas toutes les informations sur sa sécurité et même si je lisais un peu sur le sujet, après tout ça me concernait comme gai, je ne voyais pas la pertinence pour moi puisque mon conjoint était séronégatif (c’est ce que je croyais) et que nous avions une relation exclusive (c’est ce que je croyais aussi». Après avoir fréquenté cet autre étudiant de la même université pendant près d’un an, Anto a contracté une sorte de grippe
un peu plus forte que les autres, «j’avais l’impression qu’on venait de me passer dessus avec un camion tellement j’avais mal partout, à toutes les articulations, à tous les muscles», nous raconte sans rancoeur l’étudiant en sciences sociales. «Mon médecin m’a recommandé un dépistage de routine pour toutes les maladies sexuellement transmises et je suis parti à rire quand il m’a dit qu’on ne savait jamais». Quelques jours plus tard, son médecin le contacte pour lui dire de passer à la clinique. Une fois sur place, avec beaucoup de douceur et sans ton alarmiste, son médecin lui a dit qu’il était positif au VIH, mais qu’il y avait une foule de traitements à sa disposition pour qu’il puisse continuer une vie relativement normale et le rendre indétectable.
Anto ne souhaite pas raconter comment il a géré cette nouvelle avec son conjoint d’alors, se contentant de dire qu’il lui avait pardonné et que cette annonce avait été un formidable signal qu’il avait reçu sur la valeur des engagements moraux de certaines personnes! Plutôt que de sombrer dans une dépression ou de perdre ses moyens, Anto a réalisé rapidement que si sa condition était facile à gérer, grâce à un médecin compétent, mais aussi grâce à la mobilisation générale des 30 dernières années face au VIH, il devait remercier quelqu’un pour récolter, aujourd’hui, le fruit du sacrifice des autres, dans le passé. «Beaucoup de gens sont morts pour me donner ce que j’ai aujourd’hui, cette chance de gérer la maladie avec un réel espoir de vivre une vie entière, et je ne sais pas comment les remercier, vraiment…». Anto, ton témoignage dans cette édition est un excellent moyen de le faire et merci à toi de nous avoir donné cet instant de reconnaissance. C’est pour des gens comme toi que tout a été fait. À toi de profiter de ta vie maintenant!